[Interview] Youcef Seddik #1/2 : « Être la voix que les Syriens ont perdue »

Youcef Seddik est un journaliste syrien à Alep. Il a fondé en 2012 l’Aleppo Media Center, pour créer un réseau de journalistes-citoyens sur l’ensemble de la Syrie. Présent vendredi 11 mars aux Assises du journalisme pour débattre autour de l’importance des journalistes citoyens à l’étranger, il nous a accordé une interview.

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer l’Aleppo Media Center (AMC) en 2012 ?

C’est la nécessité d’informer sur la situation actuelle de la Syrie. Mais les journalistes citoyens étaient totalement isolés, rendant le travail difficile. L’AMC est né de la volonté de fédérer les journalistes pour gagner en efficacité. Ce projet a requis deux mois de négociations et de longues recherches pour trouver des volontaires. Aujourd’hui, 35 journalistes y travaillent.

Quels sont les objectifs ?

Notre essayons d’être la voix des Syriens qui ont perdu la leur. Notre objectif est à la fois de confectionner des outils pour trouver l’information et la diffuser dans la foulée ainsi que la création d’un outil national d’information totalement indépendant. La diffusion est très importante car avec ce qui se passe à l’heure actuelle en Syrie, certains journalistes étrangers ne peuvent plus venir en Syrie, principalement pour des raisons sécuritaires.

Quels sont les principaux obstacles à l’exercice des journalistes citoyens ?

Il y a toujours des dangers. Au début, ces dangers étaient directs, c’est-à-dire principalement sécuritaires, aujourd’hui ce sont davantage les raids aériens, enlèvements et assassinats qui constituent les principaux risques. Cependant, si les dangers sont omniprésents, ils demeurent gérables.

Comment s’effectue concrètement le travail des journalistes de l’AMC ?

Les journalistes vivent normalement parmi les gens. Ils sortent d’une formation de trois ans à l’AMC, à la fois pratique et théorique, pour inculquer l’éthique. La moitié de leurs productions ne sont pas liées à la guerre mais plutôt à la vie quotidienne. Il a fallu rassurer et habituer la population à leur présence. Il n’y avait jamais auparavant une presse libre de tout contrôle du régime. Petit à petit, à force de reportages dans tous les lieux publics, les Syriens s’habituent à ce que des journalistes viennent parler de leur quotidien.

En tant que pionniers d’une presse libre en Syrie, comment voyez-vous l’avenir lorsque la guerre sera finie ?

La réalité de la presse ne peut pas être dissociée de la vie des Syriens. Le but est de prendre tout ce qu’il y a de positif à travers les valeurs que l’AMC s’efforce de transmettre et d’ancrer durablement à travers le Centre comme les réseaux sociaux. Nous désirons créer une presse qui se veut le reflet de la société.

Propos recueillis par Delphine Toujas et Armand Majde

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