Les Ogres, la force de vivre

L’association Ciné-Croisette a diffusé vendredi 26 février l’avant-première du film de Léa Fehner, Les Ogres. En présence de la réalisatrice et du monteur Julien Chigot, les spectateurs ont pris part à l’histoire émouvante d’une troupe de théâtre itinérante.

« Les ogres ont de l’appétit. Leur vie est tonitruante. Ils frappent fort et prennent beaucoup de place ». Voilà de quelle manière Léa Fehner décrit son film, vendredi 26 février à l’espace Miramar. Réalisé en 2014, le chef d’oeuvre de cette réalisatrice sort en salle aujourd’hui mercredi 16 mars. Les Ogres raconte la vie, haute en couleur d’une troupe de théâtre itinérante, le « Davaï Théâtre ». Voguant de ville en ville pour présenter la version musicale du fameux « Ours » de Tchekov, ce microcosme nous invite en son sein, avec ses joies et ses tourments.

Le film Les Ogres raconte le parcours du Dalaï Théâtre, sur la route, à la rencontre du public urbain.

Le film Les Ogres raconte le parcours du Dalaï Théâtre, sur la route, à la rencontre d’un public urbain.

Tout semble bien se passer pour ces nomades qui nous bercent de leur rire dès les premières minutes. La troupe dirigée par François compte de nombreux personnages dont sa femme, sa fille, ses petits enfants, et ses amis. Le « Davaï Théâtre » est le symbole même de la vie, animant la scène et la rue de danses et de chants. Jusqu’à l’accident qui porte le coup fatal à cette belle ambiance. Une saltimbanque tombée du chapiteau doit être remplacée par Lola (jouée par Lola Dueñas). Dès lors, des souvenirs refont surface, la noirceur des « ogres » se dévoile. Une succession de drames conduit chaque personnage à lutter pour trouver sa place. Débauche, toxicomanie, égoïsme, indignité, immoralité se confondent avec l’amour, le partage, la vivacité. « C’est aussi ça Les Ogres, une démesure de caractère entre la tendresse et la brutalité, entre l’amoral et l’aimant » décrit Léa Fehner.

Une réalisation intime 

Léa Fehner est née dans le milieu de la dramaturgie. Dans les années 90, ses parents se lancent dans l’aventure du théâtre itinérant. Face aux difficultés de cette vie ambulante, elle entreprend des études dans le cinéma. Après son premier long métrage Qu’un seul tienne et les autres suivront réalisé en 2009, l’envie lui prend de renouer avec son passé et de réaliser un film sur le théâtre nomade. Le scénario joué par la troupe de ses parents pour « un simple test » est une révélation. Les Ogres devient alors un mélange entre « l’imaginaire » et le « personnel ». Léa Fehner attribue à son père François, sa mère Marion et sa soeur Inès les rôles éponymes. D’autres personnages comme M. Déloyal, interprété par Marc Barbé, sont inspirés de la réalité. Tout comme dans la vie de la réalisatrice, ce personnage a perdu son fils. « Il me fallait des hommes et des femmes flamboyants et grande gueule pour donner vie à ce film ». Le casting d’acteurs reconnus comme Adèle Haenel et Lola Dueñas n’a causé aucun déséquilibre d’interprétation mais plutôt « une hybridation naturelle où chacun avait à transmettre à l’autre ». Le film est tourné en majeure partie à Port-la-Nouvelle où les acteurs logeaient dans le camping municipal, confie Léa Fehner. « Il n’y avait pas de place pour les différences sociales ». Une proximité et une modestie qui se font sentir tout le long du film.

Léa Fehner

Léa Fehner, la réalisatrice du film. (Crédit photo : Rozenn Quéré)

Un naturel qui transparait 

Les Ogres est avant tout une histoire personnelle. Le monteur, Julien Chigot, est le mari de la réalisatrice, et la musique est produite par le musicien de la compagnie de ses parents. Pour Julien Chigot, il s’agissait d’ «aider Léa à prendre du recul sur le récit de sa vie ». Il confie que, parfois, elle « ne coupait plus la caméra », « les acteurs s’appropriaient tellement le scénario qu’on filmait au delà des séquences pour capter des moments d’improvisation». Des moments que Léa Fehner tenait à garder, malgré le temps « bouffé » par les ogres. Le film dure plus de 2h30, montrant combien il est riche de scènes insolites. « Je voulais retrouver de mon enfance dans Les Ogres » : des caprices, des batailles de couscous et des invasions de vaches, tant de séquences qui entrainent le spectateur dans un monde abracadabrantesque et hasardeux, mais avant tout, touchant et sincère.

Découvrez la bande annonce…

Maïlys Belliot

Virginie Ziliani

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