[Interview] Youcef Seddik #2/2 : « On ne parle que de Daech »

Etudiant à Damas au début de la révolution syrienne, Youcef Seddik est devenu journaliste citoyen. Il dirige aujourd’hui l’Aleppo Media Center. Venu aux Assises du journalisme le vendredi 11 mars 2016, il a accepté de nous parler du traitement médiatique du conflit syrien dans la deuxième partie de cette interview.

Vous êtes en France dans le cadre d’un déplacement organisé par le Collectif des Amis d’Alep. Quel est le but de ce voyage ?

C’est l’occasion de visiter des écoles de journalisme et des médias pour leur expliquer la réalité, politique comme du quotidien, et ce que vit la presse en Syrie.

Pensez-vous que le reste du monde est correctement informé de ce qui se passe en Syrie ?

Cela ne dépend pas que de nous, mais surtout de grandes agences de presse. Ils ne jouent pas sur la même échelle. Il y a des initiatives pour que l’AMC soit dans les grands médias. Nous faisons aussi passer l’information en nous déplaçant, en faisant des conférences.

Qu’est-ce que vous pensez du traitement de l’actualité syrienne par les médias occidentaux ?

Il y a de fausses informations, des informations partielles, inexistantes, voire superficielles. Et des fixations sur certains éléments au détriment d’autres.

Comme l’Etat islamique ?

Oui. On ne parle que d’eux et les médias occidentaux relaient leur propagande. Daech a tué des milliers de Syriens, mais cela n’équivaut pas au régime syrien. Pendant qu’on se concentre sur Daech, le régime continue à tuer. Ce n’est pas la bonne priorité. On oublie que la révolution syrienne était au départ pacifique. La révolution a débuté il y a cinq ans, avec des manifestations pacifiques dans tout le pays. La réponse du régime a été la violence, la destruction et les tueries. Les Syriens ont voulu s’émanciper et le régime veut continuer à les contrôler malgré eux. Entre autres, il a créé Daech pour causer plus de destruction. Aujourd’hui il vient parler de paix, mais c’est terrible pour le peuple syrien : le drame continue et crée des millions de réfugiés. Ce qui se passe en Syrie est un drame. Un grand drame.

Avec l’AMC, vous avez accueilli des journalistes étrangers en Syrie. Qu’est-ce qui les a le plus surpris à leur arrivée ?

Ils étaient surpris car ce qu’ils voyaient ne correspondait pas à ce qu’ils avaient entendu. Une fois sur place, c’était l’incompréhension de l’impassibilité du monde face à autant d’horreurs.

Propos recueillis par Delphine Toujas et Armand Majde

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