Hugo Grenier fonce vers son rêve

Rencontre avec un jeune tennisman de 20 ans. Si sa passion le mène de Montbrison aux quatre coins de l’Europe en passant par Sophia-Antipolis, elle ne met pas de côté ses galères. Il raconte.

Sa passion pour le tennis :

C’est une passion depuis tout petit. Mon père y jouait. J’ai attaqué avec lui à l’âge de 5/6 ans et puis derrière ça m’a plu.

Ses entraînements :

J’ai toujours été à Montbrison (Loire). Même si j’avais des propositions pour aller dans des pôles France, j’ai préféré rester m’entrainer chez moi, aller à l’école normalement et m’entraîner avec mon père et mes deux entraineurs de Montbrison. Je n’ai pas voulu aller au pôle France parce j’avais envie de garder un équilibre avec les potes et la famille. J’ai préféré rester comme ça plutôt que de partir de la maison jeune, seul et de me couper de mes amis, etc.  J’ai un coach perso à Montbrison mais il bosse à côté. Du coup, il faut se caler au niveau des horaires. Je m’entraine de 18h à 20h parce qu’il bosse avant, c’est plus compliqué.

Ses semaines à Sophia :

Je fais des semaines à Sophia Antipolis à l’académie de Patrick Mouratoglou [ancien tennisman professionnel, NDLR]. Il y a plus de joueurs, les coachs me transmettent une autre expérience. Au niveau des infrastructures, il y a tout ce qu’il faut : cours en terre battue, cours en indoor, cours extérieurs en dur. C’est pratique et surtout moins prise de tête. Chez moi, il faut que je réserve les terrains, c’est plus compliqué. A Sophia, ils s’occupent de tout.

Sa progression au classement :

J’ai été surclassé en tournois adulte assez rapidement. A l’âge de 10/11 ans, j’étais classé 30-4,

30-3. Je n’ai jamais fait de qualifications de Grand Chelem car il faut être classé dans les 250 premiers mondiaux et je ne suis que 575ème. Le tournoi le plus important que j’ai fait, c’est un Challenger (NDLR : Hugo Grenier a récemment participé au tournoi de Cherbourg).

HugoGrenier

Hugo Grenier est le 86ème tennisman français (Crédit : http://www.hugogrenier.com)

Une journée type :

Le matin, je fais trois heures de physique. J’en refais un peu l’après-midi et le soir, je retourne m’entraîner de 18h à 20h au niveau tennis. Quand je rentre chez moi, c’est de la récupération avec le stretching et le vélo. Je fais aussi de la préparation mentale.

L’apport de la préparation mentale : 

Mon père avait un coach avec qui je suis en contact. On échange beaucoup sur la tactique, le physique, sur comment je me sens, comment s’est passée ma journée. Ça me fait du bien de discuter. Il me donne des conseils. Ça m’aide à être bien dans ma tête, ce qui est très important dans le tennis.

Son parcours scolaire :

Au collège, j’ai fait la Maîtrise de la Loire. Ce sont des jeunes qui, l’après-midi, font de la musique. Ils ne vont en cours que les matins. Moi, à la place d’aller à la musique, j’allais faire du tennis. C’était nécessaire sinon c’était injouable d’aller au collège, de finir à 18h et d’aller s’entraîner deux heures après. Là, je finissais à midi, je faisais mon physique en début d’après-midi et après j’allais m’entraîner. Donc c’était pratique.

Ensuite, j’ai eu mon Bac STMG. C’était assez cool, je ne bossais pas trop. Maintenant, ça fait un an et demi que je ne fais que du tennis.

L’après-tennis :

Je n’y pense pas encore. Je suis assez jeune. Je me laisse 3/4 ans pour réussir. Ça ne fait qu’un an et demi donc je me laisse encore le temps. Si ça ne marche pas, je pense que je reprendrais les études. Après, je peux toujours passer le diplôme d’entraîneur.

Les finances :

Pour l’instant, je n’arrive pas à vivre du tennis. C’est beaucoup de dépenses. Si tu n’es pas dans les 100 premiers mondiaux, tu ne gagnes pas ta vie dans le tennis. Tous les déplacements, c’est moi qui paye (transports, logement, nourriture, salaire du coach…). Tout est à mes frais. J’ai quelques sponsors qui m’aident aussi mais c’est compliqué de s’en sortir. Quand je vais faire un tournoi en Turquie par exemple (un 10 000$*), je ne gagne que 1400€. Donc tu couvres à peine tes frais. Mais j’ai mes parents qui m’aident et je dispute les matchs par équipe en France. Ça me rapporte un bon billet.

Au début tu es obligé de passer par des petits tournois, des 10000$ où tu perds de l’argent. Donc soit t’arrives pas à passer le cap et tu restes pendant 3/4 ans dans ces tournois et tu n’arrives pas à devenir pro et tu perds ton argent. Soit tu restes un ou deux ans et après tu vas faire des Challengers  et après des 250, Grand Chelems,… Là tu as réussi et la dotation dans les tournois est plus grande et tu peux  en vivre.

*Les 10 000$ sont des tournois de la catégorie « Futures ».

Hiérarchie des tournois sur le circuit mondial de tennis. (Crédit photo : Wikipédia)

Hiérarchie des tournois sur le circuit mondial de tennis. (Crédit photo : Wikipédia)

Son plus gros match :

Récemment j’ai joué contre Jan Hernych qui est 275ème. Il a été 5 ans dans le top 100. C’est ma plus belle victoire.

Sa rencontre avec Novak Djokovic : 

Je m’entraînais à l’académie chez Patrick Mouratoglou et il y avait Novak Djokovic. Je n’ai pas eu la chance de jouer avec lui. J’étais juste au bord du terrain. C’était de superbes sensations de pouvoir être à côté. C’était impressionnant.

« Il y a vraiment deux facettes du tennis. »

Une jeunesse différente :

Tu ne peux pas sortir tous les soirs. Tu ne vois pas beaucoup tes potes. Tu es souvent en déplacement, tu loupes quelques soirées, tu ne fêtes pas tes anniversaires. C’est vrai que ce n’est pas une jeunesse comme tous les jeunes mais ça ne me dérange pas. Il y a quand même pas mal de sacrifices mais je sais ce que je veux. Après, j’ai une vie qui est sympa je trouve. Jouer au tennis, les voyages, c’est des sacrifices mais ça me plait. Franchement, je n’ai pas de regrets.

La concurrence ?

Quand tu regardes les tournois à la télé, les mecs s’entendent bien, il y a un bon esprit. Par contre, dans les petits tournois, c’est plus la guerre. Les mecs sont moins cools, c’est tous des cons (sic). Ils sont surs d’eux, ce n’est pas une très bonne ambiance. Chacun est de son côté. Si ça peut te voler une balle, ça te vole une balle. C’est pas très bon esprit. Alors que les mecs qui sont dans les 100 premiers sont plus bon esprit parce qu’ils gagnent leur vie. Ils sont dans de bonnes conditions de jeu, de beaux hôtels,… Il y a vraiment deux facettes du tennis : ceux qui gagnent leur vie et ceux qui gagnent pas leur vie.

Propos recueillis par Antoine Medeiros et Maxime Gil

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