Ces jeunes qui partent en retraite

L’abbaye de Saint-Honorat propose aux jeunes de faire des retraites. Loin du stress quotidien, à 20 ans, ils partagent la vie de la communauté monastique.

À vingt minutes de la Croisette, nichée au cœur des îles de Lérins, l’abbaye de Saint-Honorat domine les vignes. Un domaine de huit hectares entretenu et exploité par les frères cisterciens. On pourrait imaginer que la communauté vit isolée, pourtant « le retrait ne signifie pas que nous n’avons pas de lien avec le monde extérieur » explique frère Marie, l’un des 23 moines du monastère. « On accueille beaucoup de gens qui souhaitent se couper du monde, se retrouver, y compris des jeunes ».

Justement, un partenariat uni l’abbaye et l’association religieuse Fondacio. Ce collectif national propose des retraites et envoie près de 600 jeunes sur l’île chaque année. Certains de ces courts séjours permettent à des étudiants de réviser leurs examens, quand d’autres sont axés sur une quête spirituelle. « Ces jeunes viennent pour faire le point, chercher des outils pour répondre aux questions existentielles qu’ils se posent » explique Jean Philipe Dépernet, responsable au sein de Fondacio. Les retraitants profitent d’un accompagnement structuré, au rythme de la vie monastique.

Croisée sur le chemin de l’abbaye, Chloé juge pertinente la parole des moines : « des gens cultivés, humains avant d’être chrétiens ». Issue d’une famille non religieuse, sa foi, la jeune femme de 21 ans a dû la construire seule. Etudiante en lettres à Paris, elle avait déjà séjourné sur l’île il y a deux ans, pour réviser ses examens. Mais alors qu’en est-t-il de l’ambiance ? « Certes ce n’est pas St Tropez, mais les rencontres ne sont pas superficielles ».  Cette année, elle a décidé de renouveler l’expérience pendant la semaine sainte pour une retraite plus spirituelle. Outre les temps de silence et de prières, sont prévus des moments de discussion entre les pensionnaires et les moines.

Buzzles a rencontré Frère Marie et Chloé, qui nous expliquent leur ressenti quant aux retraites des jeunes :

La confiance en soi ou encore la quête du bonheur sont des thèmes régulièrement abordés. « Il y a des moines qui font de véritables conférences, alors que d’autres partent en totale impro’ » se souvient Eva. Non croyante, cette étudiante a quitté la Guadeloupe pour intégrer une prépa commerce parisienne. En février dernier, pour la deuxième année consécutive, elle était sur l’île pour réviser ses concours. Avec des footings matinaux, une nourriture saine, un accès au téléphone limité et un temps de travail mesuré, Eva a appris à gérer son stress : « j’ai beaucoup réfléchi sur moi-même, j’ai trouvé un équilibre ». À la fin de l’année scolaire, elle passera une dizaine de concours et ne pense pas repartir en retraite. Toutefois elle envisage sérieusement d’y retourner en tant qu’animatrice. En effet, les animateurs sont de la même génération que le groupe qu’ils encadrent, ce qui permet un rapport d’égal à égal. Avec en moyenne une vingtaine de personnes par groupe, les sessions se font en petit comité. C’est ce qu’apprécie François, 21 ans et étudiant alsacien en BTS comptabilité. Le travail, ponctué par les messes, l’a aidé à trouver « une paix intérieure ». Catholique pratiquant et en contact avec des religieux dès son enfance, il « apprécie beaucoup la sagesse de ces personnes ». Pour frère Marie, les moines ont une certaine légitimité à donner des conseils : « de par la mise en œuvre d’une sagesse et de certaines valeurs, je pense qu’on a un recul qui permet de discerner et poser les choses ». Les rôles des clercs et des laïcs sont complémentaires dans l’accompagnement des jeunes retraitants. J. P. Dépernet pense « aider les jeunes à affiner leur manière de se situer ».

Le cadre influence également l’enthousiasme des pensionnaires. Depuis les ruines médiévales, la vue sur le célèbre monastère fortifié est imprenable. Bercés par le ressac apaisant des vagues sur les rochers, on comprend mieux la ferveur religieuse de ces 23 frères qui perpétuent les rituels monastiques avec un premier office à 4h du matin. Paradoxalement, il s’avère que seul un cinquième des jeunes retraitants se considèrent comme croyants et pratiquants. L’expérience est ouverte à tous et J. P. Dépernet souhaite rétablir une certaine vérité : « On n’est pas des vieux cons, ni des cathos coincés ! ».

Gaspard Poirieux

Maxime Bonnet

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