Réfugié à Nice : l’espoir d’une vie meilleure

Ils ont traversé les épreuves pour arriver en France. Guidés par l’espoir, ces jeunes réfugiés attendent beaucoup de leur terre d’accueil. Joie ou déception ? Buzzles en a rencontré au sein de l’association niçoise Habitat et Citoyenneté.

« Il n’y a pas quelqu’un qui parle albanais ici ? ». Dans le brouhaha général, les questions fusent. Il est 9 heures et déjà de nombreux réfugiés se pressent vers le local de l’association Habitat et Citoyenneté  à Nice, où les bénévoles viennent apporter leur aide aux réfugiés. Tous issus de pays différents leur objectif est pourtant le même. Sierra-Léonais, Afghans, Syriens, Russes, autant de nationalités qui viennent chercher asile en France. Agés d’une vingtaine d’années seulement, ces jeunes se retrouvent face à des situations difficiles. Entre conflits politiques et persécutions ils ont, pour la plupart, tout quitté avec l’espoir d’un avenir meilleur dans « le pays des droits de l’Homme ».

Dans la seule année de 2015, entre 350 000 et 430 000 réfugiés sont entrés illégalement en Europe : « Il y a beaucoup de jeunes, c’est impressionnant » constate Hubert Jourdan, coordinateur d’Habitat et Citoyenneté. L’année dernière la vague migratoire a pris un nouveau tournant avec l’arrivée de nouveaux réfugiés, notamment Syriens. Leur destination ? L’Allemagne, l’Angleterre ou encore la France – des pays qui pourraient leur offrir une stabilité. Que ce soit par la route des Balkans ou par la Méditerranée, pour certains, le camp de Vintimille est le dernier arrêt avant la France.

C’est le cas d’Haider Ali Khan, jeune réfugié afghan d’à peine 18 ans. L’année dernière il a quitté Lôgar, sa province natale, théâtre d’affrontement entre talibans et forces armées. En l’espace de deux mois, il a effectué à pieds, en bus et en train la route des Balkans, et traversé pas moins de neuf pays. Son dixième pays, c’est la France. Caché dans la soute à bagage d’un train, il est entré par l’Italie, grâce à deux passeurs Pakistanais. Un trajet d’un peu moins d’une heure qui lui aura coûté 30 dollars : « Je suis venu seul, car ma famille n’avait pas suffisamment d’argent pour voyager avec moi ». Installé depuis six mois dans la région niçoise, il espérait un autre accueil : « Ici il n’y a pas de conflits contrairement à l’Afghanistan, mais je ne peux pas reprendre mes études, ni me loger ou travailler car je n’ai toujours pas obtenu de réponse pour ma demande d’asile ».

Haider Ali, jeune afghan, a fui son pays. (Crédit photo : Julie dos Santos)

Haider Ali, jeune afghan, a fui son pays. (Crédit photo : Julie dos Santos)

Une désillusion partagée par d’autres réfugiés. Shedi et Pach deux Sierra-Léonais sont arrivés en France à l’âge de 23 et 25 ans. Pleins d’espoir, ils s’attendaient à trouver une stabilité économique et sociale qu’ils n’ont pas dans leur pays. Aujourd’hui cela fait 5 ans qu’ils sont toujours sans emploi et sans abri. « La France est la nation mère des droits de l’Homme, c’est ce qui m’a poussé à venir ici… je me suis dit : une fois arrivé les choses vont changer pour moi, mais aujourd’hui la France m’a déçu » explique Pach. Persécuté dans son pays par la secte Poro society, il s’est d’abord enfui en Guinée où il a changé d’identité et trouvé un métier stable. Mais une nouvelle fois il a été forcé de quitté un pays en guerre. Désormais en France il peine à trouver la même situation : « En Afrique, j’embauchais et je payais des salariés, alors qu’ici j’en suis réduit à demander à manger. Ce n’est pas une vie pour un jeune comme moi ».

Plus que jamais ils sont tous déterminés à reconstruire leur avenir. Malgré une situation incertaine en France, leur motivation reste la même : pouvoir retrouver un semblant de vie et rejoindre leur famille. Haider Ali Khan apprend le français avec l’association, et désire reprendre ses études. Shedi et Pach, eux, ne pensent qu’à rentrer en Sierra Leone, mais les conditions de vie ne le permettent pas. En attendant que leurs situations évoluent, ils continuent de donner de l’espoir aux nouveaux réfugiés en offrant leur aide à l’association. « De toute façon, il vaut mieux être sans abri en France que revenir dans notre pays d’origine » déplore Shedi.

C’est à la vingtaine que se construit l’avenir social et professionnel d’un individu, mais tous n’ont pas le droit au même destin. Ces jeunes réfugiés considèrent leur jeunesse comme perdue. Christian Masson, président de MRAP 06 (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples) et bénévole à Habitat et Citoyenneté le constate avec regret : «  Ils espèrent trouver une situation de paix et de tranquillité et surtout pouvoir participer au développement d’un pays. C’est avoir un espoir de jeune quoi… Ce n’est pas normal qu’à leur âge ils n’aient pas d’avenir ».

Habitat et Citoyenneté, une main tendue aux réfugiés

Crée en 2009, l’association niçoise Habitat et Citoyenneté tente de faciliter l’accès aux droits aux réfugiés. Les trois salariés et les nombreux bénévoles accompagnent les demandeurs d’asiles dans leurs démarches administratives. Pour Hubert Jourdan, coordinateur de l’association, il faut « suppléer aux manquements de l’Administration et de la Préfecture, on doit respecter la dignité des réfugiés, afin qu’ils soient capables de défendre leur situation auprès de l’OFPRA ». L’association tente de subvenir à tous leurs besoins : administration, domiciliation, épicerie, brocante, service internet,… « On met tout en œuvre pour régler les problèmes qui peuvent freiner leur autonomie », explique Hubert Jourdan. Mais la plus grande difficulté à laquelle se heurte l’association est l’absence de ressources financières : « Je refuse les aides de l’état. On a du mal à joindre les deux bouts, mais c’est le prix à payer pour gérer l’association de manière indépendante. Et je pense que l’Etat est content qu’on soit là ».

Virginie Ziliani

Julie dos Santos

Mariette Guinet

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