Bruno Masure se souvient de ses années JT

Ce jeudi 17 mars, la salle Courteline à Mougins est pleine à craquer. La moyenne d’âge du public est plutôt élevée. Sur la scène, Bruno Masure, ancienne star des 20 heures de TF1 et de France 2.

Bruno Masure est un personnage charismatique du 20h de TF1, qu’il présente en semaine de 1984 à 1987 et le weekend de 1987 à 1990. Cette année-là il quitte la Une pour le JT de France 2 qu’il présentera jusqu’en 1997. Ce ne sont pas moins de treize ans que Bruno Masure a passé à la présentation des journaux télévisés les plus regardés de France. Homme de télé, journaliste à succès et présentateur populaire, Bruno Masure incarnait un renouveau à la télé. Après un premier succès en librairie La télé rend fou mais je me soigne en 1987, il revient aujourd’hui à la charge avec La télé rend définitivement fou. Un ouvrage léger et drôle dans lequel Bruno Masure s’attarde sur la télé d’aujourd’hui, celle qu’il ne connaît plus, celle qu’il ne fait plus mais qu’il critique avec humour.

En 1989, Bruno Masure présente le journal de 20h sur TF1. (Crédit : TF1.fr)

En 1989, Bruno Masure présente le journal de 20h sur TF1. (Crédit : TF1.fr)

Treize ans sous les feux des projecteurs
Bruno Masure se rappelle de ce jour de 1989, qui marque l’histoire, un jour où l’Allemagne est unifiée. « Le mur de Berlin, c’était un week-end, donc il y avait moins de techniciens. C’est en catastrophe que nous avons envoyé des journalistes sur place et j’aurais tellement aimé être parmi eux, plutôt que cloué sur mon siège en plateau. ».

Bruno Masure se souvient également du jour de la mort de la princesse Diana. « J’ai un souvenir très mitigé de la mort de Lady Di. J’étais de service ce week-end-là, une correspondante m’a appelé et m’a dit : ‘’Bruno, Lady Di est morte sous le pont de l’Alma’’ et moi encore dans mon sommeil j’ai répondu ‘’Surement un simple accident de la route’’ et j’ai raccroché ». C’est seulement en se rendant à France 2 dans la journée qu’il a pris conscience de l’ampleur de l’évènement. « J’ai d’abord vu Arlette Chabot, au bout du couloir, je pensais croiser une femme qui apprenait que ses parents étaient décédés dans un accident d’avion, ou qui venait d’apprendre qu’elle avait un cancer ». Le traitement de cette actualité sur France 2 n’a pas été parfait, et Bruno Masure n’en est pas fier. « Ce jour là, on a fait du mauvais Paris Match. On a fait moins bien sur le fond que TF1 mais on a fait plus long ». A la télévision, c’est le lendemain le jour crucial, le jour des audiences et ce jour là, l’emblématique présentateur du 20h doit se rendre à l’évidence, l’audience était moins bonne que sur la concurrence. « On a fait la pute mais on a pas eu de clients… »

Bruno Masure, un critique assumé de la télé
« Pour moi c’était un vrai problème de voir mes confrères en janvier 2015, s’agiter autour de Charlie Hebdo ».  Il se souvient que les journalistes de BFM avaient annoncé qu’un otage des frères Kouachi était caché sous un évier dans une entreprise lors d’une prise d’otage, c’était à Dammartin en Goëlle. « C’est incroyable que l’on ait pu diffuser une information pareille, c’est selon moi, une mise en danger de la vie d’autrui ».

Sans transition, le sujet sensible des salaires est traité. Ils ont beaucoup évolué dans le microcosme du petit écran.  « Avant que la télé n’explose, il y avait uniquement une dimension narcissique, on était très mal payé, mais on était reconnu dans la rue, vous savez ça flatte l’égo, mais avec l’explosion de la concurrence le paradoxe veut que plus on est connu, plus on fait de l’antenne, plus on gagne d’argent. A TF1, quand on est passé du public au privé j’avais dit que j’étais contre la privatisation de la chaîne, je pensais donc que j’allais être remercié, et finalement à ma plus grande surprise, non. Mon salaire a même triplé, passant de 20 000 francs à 60 000. »

Au-delà des salaires à la télé, on ne peut pas passer à côté de l’audience, chiffre capital qui tombe tous les matins. « On ne se concentre que sur l’audience, notamment pour le 20h, les publicités vendues avant et surtout après le journal sont les plus chères. C’est malheureux mais c’est bien connu, on a plus de chances de faire de l’audience avec un fait divers ou un scandale ».

Bruno Masure a un avis très tranché sur les journalistes d’aujourd’hui, comme d’habitude il n’a pas peur de dire ce qu’il pense. Il ne les porte pas tous dans son cœur et le fait savoir. « J’ai un problème avec Pujadas, je pense qu’il est victime de ‘’peoplisation’’ de l’information, dans sa tête il y a  les chiffres d’audiences qui tournent, alors qu’il est censé privilégier l’information sérieuse. Paradoxalement, je trouve que la Une, chaîne privée, fait souvent des journaux plus sérieux. Il y a chez lui un arrière fond idéologique bien caché, il me semble même être le porte parole du Medef ».

Et lorsqu’il parle de ses années d’antennes et de ces animateurs qui restent cramponnés à leur siège malgré leur âge avançant, il reste plutôt philosophe. « J’ai fait mon tour de manège, et je trouve ça bien que ça se renouvelle, il ne faut pas infliger les mêmes têtes aux gens tout le temps. »

Bruno Masure signe des autographes pour son public, toujours au rendez-vous. (Crédit : Antoine Wernert)

Bruno Masure signe des autographes pour son public, toujours au rendez-vous. (Crédit : Antoine Wernert)

Nous sommes allés à sa rencontre en fin de conférence

Buzzles : Vous qui avez connu le journal de France 2 et celui de TF1 de l’intérieur, quelles sont les différences notoires entre les deux chaînes ?

Bruno Masure : A TF1 le présentateur du JT a une importance capitale, c’est lui qui pilote. Pernault à 13h, il fait ce qu’il veut, on ne lui impose aucun sujet. Sur France 2, la décision est collective, on se réunit à 4 ou 5 dans un bureau, c’est plus démocratique.

Buzzles : L’omniprésence des réseaux sociaux à la télé est-elle une bonne chose ?

B.M. : Je pense que la campagne électorale de 2017 sera bien différente avec la démocratisation des réseaux sociaux. Selon moi, c’est une avancée démocratique, ce pouvoir de critique est très important.

Buzzles : L’infotainment (mélange entre l’information et le divertissement) est–il l’avenir de l’information à la télé ?

B.M. : Vous savez les jeunes regardent de moins en moins l’info à la télé, il faut leur proposer autre chose. Le Petit Journal est une émission qui donne la tonalité. Yann Barthès est un peu l’homme qui est le faiseur de roi et détermine les hommes politiques à ranger des voitures. Je ne regarde pas tout le temps mais pour moi Le Petit Journal, c’est un peu le pire et le meilleur. En politique étrangère par contre ils sont très forts, ils ont beaucoup d’argent donc ils peuvent se permettre beaucoup de choses, notamment de traiter l’actu qui n’est pas traitée par les JT. C’est Martin Weill qui s’en charge, ce jeune homme est un très bon journaliste.

Buzzles : Vous parliez des attentats lors de la conférence, dans ces moments là, comment la profession doit-elle réagir ?

B.M. : Je me rappelle par exemple que France Inter a maintenu ses programmes habituels en janvier 2015. Ils ont décidé que la vie ne s’arrêtait pas et je trouve ça formidable. Quand on bloque une antenne 24h/24 parce que plus rien n’existe, ça ne va pas, on fait tout ce que les terroristes attendent de nous, on parle d’eux toute la journée et ils sont les rois du monde. La vie ne s’arrête pas et je trouve que c’est un symbole de programmer les émissions normales.

Antoine Wernert

 

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