Nadine Morano, une certaine idée de la droite

Venue lancer sa campagne à Châteaurenard, Nadine Morano a présenté un programme au volet identitaire particulièrement développé – et apprécié par les sympathisants locaux.

Nadine Morano a donné le coup d’envoi de sa campagne pour la primaire de la droite et du centre le lundi 4 avril 2016. Pour ce premier rassemblement, elle a choisi la petite ville de Châteaurenard, au nord des Bouches-du-Rhône et non loin d’Avignon. La commune provençale et ses voisines sont depuis quelques années le théâtre d’un duel entre Les Républicains et le Front national. La candidate était invitée par le député-maire Bernard Reynès, qui précise qu’il ne soutient personne dans la primaire. Elle a été accueillie par une salle comble, pleine de militants et de simples curieux, peu habitués à voir les micros bariolés des médias parisiens venus avec l’ex-ministre.

Elle a présenté un programme en quatre piliers : économie, international, gouvernance et identité française. Entre de nombreuses références au gaullisme, c’est sur ce dernier pilier qu’elle a le plus disserté, sous les applaudissements fréquents et enthousiastes de son public.

« Ce n’est pas ma France ! »

L’identité française, l’islam et l’immigration sont au coeur de ce premier discours. La politique européenne est dénoncée comme une « incitation » aux migrations, il est question de quotas d’immigration ciblés selon les besoins économiques et la zone d’origine. Elle ajoute que les pays musulmans seraient ciblés par le dispositif. Le voile, éternel sujet de controverse, n’est pas oublié :

La députée européenne rappelle son intention d’inscrire la laïcité dans la Constitution, avec les racines chrétiennes de la France. Deux principes apparemment contradictoires, mais pas pour elle :

Les autres sujets, comme l’économie, n’ont pas le même succès auprès de la salle. De ce côté-là, Nadine Morano est partisane d’un libéralisme très classique : « l’État prend trop de place, l’administration prend trop de place, il faut libérer tout ça ». Elle propose, entre autres, la définition du temps de travail au sein de l’entreprise, la dégressivité des aides chômage, et « zéro charges » pour les embauches de jeunes. Elle détaille longuement les questions de la formation et de l’éducation, sous des applaudissements beaucoup moins fréquents et plus mesurés. De toute évidence, le sujet tient à coeur à l’ex-ministre de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle, mais pas aux sympathisants.

Peu importe : le public sort du meeting avec une impression positive. « Elle a le franc-parler », commente Méroueh, membre de l’Union de la France forte : « Elle parle comme le peuple. Elle ne sort pas de l’ENA. » Eric, adhérent Les Républicains de 56 ans, glisse avec un sourire : « Elle n’est pas dans la mouvance centriste, ça c’est clair et net. » Ce n’est visiblement pas pour lui déplaire. Laure, 46 ans, partagée entre gauche et droite, est l’une des seules à s’inquiéter : elle dit reconnaître « le discours du Front national ».

Une candidature incertaine

Nadine Morano a beau avoir lancé sa campagne, pour valider sa candidature à la primaire de la droite et du centre, il lui faut les parrainages de 2 500 adhérents, 250 élus locaux et surtout 20 parlementaires. Or elle refuse de parler de sa progression vers ce dernier critère. Elle s’agace des questions répétées sur ce sujet, une « maladie journalistique », dès le début de son discours. Elle s’entête quand BFMTV lui demande quand même là où elle en est. « Quelle épreuve ! », lâche-t-elle une fois le direct terminé. Cela veut-il dire qu’elle craint de ne pas récolter vingt parrainages de parlementaires ? Réponse le 9 septembre, date limite de dépôt des signatures.

Armand Majde

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