Les citoyens indignés des Nuits Debout

Toutes les nuits depuis le 31 mars, les places des grandes villes françaises sont occupées par des citoyens déçus. Buzzles vous explique « Nuit Debout », le mouvement qui mobilise des milliers d’indignés.

Jeudi 31 mars, à Paris, alors que la manifestation contre la loi travail se termine, la foule ne se dissipe pas. Au contraire, elle est décidée à s’approprier la place de la République pour la nuit. Le rassemblement, qui semble spontané, a pourtant été planifié. A l’origine du mouvement, le collectif « convergence des luttes ». Créé le 23 février après une réunion publique organisée autour du film « Merci patron », ce dernier poste, le 21 mars, une vidéo de quelques secondes. Dans celle-ci, une voix off « je suis sans papier, intermittente, goodyear, (…) retraité, le 31 mars je participe à la Nuit Debout, on ne rentre pas chez nous. » En amont, une demande d’occupation de la place avait été formulée à la préfecture par l’organisation altermondialiste ATTAC, l’association Droit au Logement (DAL) et le syndicat SUD PTT bien que le mouvement ne revendique aucune affiliation politique.

Débats de société

A Paris, des groupes de manifestants se forment pour échanger sur la société. (Crédit photo : Manifestants Nuit Debout / © Maxppp - Thomas Padilla)

A Paris, des groupes de manifestants se forment pour échanger sur la société. (Crédit photo : Manifestants Nuit Debout / © Maxppp – Thomas Padilla)

L’objectif premier de Nuits Debout est d’organiser des débats dans un public fidèle à la société de par sa diversité. Nico Sanka, photographe et co-organisateur du mouvement à Nice le certifie, « il y a des jeunes, des plus âgés, toute la population est représentée ». Chacun propose des solutions alternatives sur différents sujets, « ça peut être la précarité, les intermittents, etc… En plus de la loi travail évidemment » raconte Nico avant de poursuivre : « Il y a un ras-le-bol général, les gens ont des choses à dire, il y a énormément de déçus que ce soit du gouvernement actuel comme des précédents ». Par la suite, les discussions sont rapportées lors des Assemblées générales qui se tiennent quotidiennement. Dans celles-ci chacun est libre de s’exprimer avant de voter les décisions, à mains levées. La démocratie directe est omniprésente dans la bouche des manifestants qui souhaitent changer le système. A l’échelle nationale, le mouvement place en modèle plusieurs personnalités qui appellent à une organisation nouvelle de la société. Parmi eux, François Ruffin, réalisateur du film « Merci Patron ! », l’économiste Frédéric Lordon, ou encore le philosophe Edgar Morin. A Nice pourtant, Nico Sanka ne suit les discours d’aucune figure médiatique : « Avec mon ami musicien, l’autre organisateur, nous avons simplement voulu se réapproprier l’espace public et créer une « Nuit debout » sur le modèle des autres villes françaises, pour permettre aux citoyens niçois de s’exprimer ».

A Nice aussi, dans le sillage du mouvement national, les Nuits Debout réunissent les citoyens, place Garibaldi (Crédit photo : Nico Sanka)

A Nice aussi, dans le sillage du mouvement national, les Nuits Debout réunissent les citoyens, place Garibaldi (Crédit photo : Nico Sanka)

Un « Podemos » français ?

Entre Nuit Debout et Podemos, nombreux sont ceux qui font le parallèle. Ce dernier est un parti politique issu du mouvement des « Indignés ». Le 15 mai 2011, des milliers d’Espagnols investissent la Puerta del Sol, l’une des places madrilènes les plus connues, pour protester contre le système. Aujourd’hui, Podemos est une force politique incontestable, qui possède, entre autres, les mairies de Madrid et Barcelone. En France, le pas entre contestation et proposition politique semble difficile à franchir, sans doute en raison de l’organisation horizontale du mouvement.

L'occupation des places françaises rappelle les "indignés" espagnols. (Crédit photo : Nuit Debout Capitole / © Côté Toulouse)

L’occupation des places françaises rappelle les « indignés » espagnols. (Crédit photo : Nuit Debout Capitole / © Côté Toulouse)

A l’instar d’Occupy Wall Street,  un mouvement ayant débuté en septembre 2011 et dénonçant les abus du capitalisme financier, les Nuits Debouts n’ont pas de représentant ou porte-parole. Pour l’instant, les manifestants de République se défendent d’une totale ressemblance avec le mouvement qui a émergé en Espagne. « On est parents par le principe d’occupation d’un lieu. Mais on a décidé que l’on ne créerait pas de parti politique » affirment des participants aux Nuits Debout. Pourtant, selon Nico Sanka, « les places seront occupées tant qu’il n’y aura pas de répercussion politique au mouvement ». Les manifestants veulent être écoutés par le Gouvernement, qui semble encore minimiser leurs actions. Peut-être, alors, qu’un parti politique sera créé. « Ce serait la meilleure des choses, je pense, mais il est trop tôt pour évoquer l’avenir du mouvement », conclut l’organisateur de la Nuit Debout niçoise.

Manon Gaziello

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