Quels sont les gouvernements les plus paritaires ?

A l’approche des élections présidentielles françaises et américaines, il est intéressant de se pencher sur la parité au sein des gouvernements. Combien de sièges les femmes occupent-elles dans les parlements nationaux ? Qui sont les bons et les mauvais élèves ? Au-delà des chiffres, quel est le réel pouvoir de ces femmes ? Buzzles a tenté de répondre à ces questions.

Carte interactive représentant le pourcentage de femmes dans les parlements nationaux en 2016. Cliquez sur l’image pour y accéder. (Crédit : LS)

Carte interactive représentant le pourcentage de femmes dans les parlements nationaux en 2016. Cliquez sur l’image pour y accéder. (Crédit : Lauriane Sandrini)

Des siècles durant, la politique a été un domaine réservé aux hommes. Aujourd’hui, la deuxième personne la plus puissante du monde est une femme politique. Angela Merkel, chancelière de l’Allemagne, trône sur la seconde marche, derrière Vladimir Poutine, du classement 2015 des personnalités les plus puissantes et influentes selon le magazine Forbes.

Les femmes qui se démarquent se comptent sur les doigts d’une main. La politique reste un milieu majoritairement masculin. Au sein des parlements nationaux, les sièges sont principalement occupés par des hommes. Toutes chambres confondues, la moyenne mondiale tourne autour de 22% de femmes, d’après l’Union Interparlementaire (IPU).

Rwanda premier, Yémen dernier

En 2016, seuls deux gouvernements cumulent plus de 50% de femmes dans leur parlement, selon l’IPU. Le Rwanda, avec 63,8% et la Bolivie, avec 53,1%. La suite du classement est occupée par Cuba, les Seychelles et la Suède.

Top 5 des gouvernements les plus paritaires. (Crédit : LS)

Il y a les pays qui reconnaissent que les femmes ont leur place en politique et il y a ceux qui semblent oublier leur existence. Haïti, le Qatar et le Yémen ont attribué la totalité des sièges de leur parlement à des hommes. Parmi les cancres, on cite aussi le Koweït, le Liban, l’Iran et le Nigéria qui ne dépassent pas les 5% de femmes.

Au niveau des régions du monde, les pays nordiques frôlent la parité à hauteur de 41,1%. L’Asie, les Etats Arabes et le Pacifique réunissent respectivement 19, 17 et 16% de sièges féminins et occupent les dernières places du classement.

La France, sur le chemin de la parité

L’Hexagone se place 58ème sur 191 pays au 1er février 2016, selon la dernière mise à jour des données de l’IPU. Il y a 151 femmes sur 577 députés et 87 sénatrices sur un total de 348. Le pays côtoie les 25% de sièges occupés par des femmes.

La France progresse dans la parité de son gouvernement. Source : IPU (Crédit : LS)

La France progresse dans la parité de son gouvernement. Source : IPU (Crédit : Lauriane Sandrini)

La France accroît le nombre de femmes dans son parlement depuis 1995. D’autres pays choisissent de faire machine arrière, comme la Suède, l’Afrique du Sud ou l’Islande qui ont perdu chacun pratiquement 2% entre 2011 et 2016.

Une parité superficielle

Au-delà des statistiques, analyser le pouvoir dont bénéficient réellement les femmes siégeant aux parlements est une tâche ardue. Au Brésil, où Dilma Rousseff est présidente depuis 2011, on peut penser que les femmes possèdent plus de pouvoir politique. Le Brésil, malgré sa présidente, se situe bien bas dans le classement: le 154e rang sur 191 avec moins de 10% de femmes au sein de son parlement.

Le Brésil est un pays très conservateur où la présence féminine en politique reste limitée. « L’élection de Dilma Rousseff en 2010 a déjà été un signal positif mais il reste encore beaucoup à faire. Malgré son élection à la présidence, la représentation politique des femmes par exemple au parlement brésilien a peu progressé ces dernières années. Des femmes émergent au Brésil. Mais il n’y a pas encore eu un changement quantitatif important », décrypte Gaspard Estrada, analyste politique à l’Observatoire de l’Amérique latine et des Caraïbes à Sciences Po Paris.

La présidente du Brésil, Dilma Rousseff. (Crédit photo : reuters)

L’encore présidente du Brésil, Dilma Rousseff. (Crédit photo : Reuters)

La Bolivie est deuxième du classement. La parité est respectée, même dépassée, avec 53,1% de femmes au sein du parlement. Evo Morales, actuel président, a nommé pour la première fois une femme ministre de l’Intérieur. En théorie, les parlementaires devraient bénéficier d’un pouvoir politique. Dans la pratique, ce n’est pas vraiment le cas.

« L’arrivée d’Evo Morales, en 2006, s’est concrétisée par l’introduction dans la constitution de 30 articles qui évoquent la question du genre. Notre texte fondamental impose désormais la parité au conseil des ministres, la non-discrimination, l’égalité salariale. Des lois reconnaissent les droits sexuels et reproductifs des femmes, la valeur du travail ménager. Les deux chambres du Parlement sont présidées par des femmes, énumère Fernanda Wanderley, docteure en sociologie, auteure spécialisée dans les questions de genre et de politiques sociales.

Mais il y a également un revers à la médaille. L’égalité salariale n’est pas du tout respectée, et plus une femme monte dans la hiérarchie, plus l’écart salarial sera important. Les violences conjugales restent une réalité, sans qu’il y ait de réelle volonté politique de régler ces questions. Au contraire, les budgets publics destinés aux politiques de genre sont en baisse constante. »

La parité statistique est une avancée, un premier pas. Elle ne suffit pas à l’égalité hommes/femmes, qui reste un combat actuel.

Lauriane Sandrini

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