Vocation infirmière #1/2

Travailler quand on a 20 ans, c’est se confronter à des situations difficiles dès le début de sa vie professionnelle. Rencontre avec cette nouvelle génération de soignants, parfois dans la tourmente mais motivée malgré tout.

Vingt-cinq ans, c’est la moyenne d’âge des infirmiers selon une enquête de la FNESI (Fédération Nationale des Etudiants en Soins Infirmiers) parue en 2014. C’est une population jeune qui arrive sur le marché du travail. Concilier vie sociale et vie professionnelle est parfois compliqué, d’autant plus pour ces soignants pour qui l’âge peut être un obstacle.

Des débuts éprouvants
Camille, 24 ans, a obtenu son diplôme en 2014. Elle travaille de nuit en maison de retraite à Nice et raconte ses débuts en tant qu’infirmière. Pour elle, l’âge peut constituer un obstacle dans l’exercice de son métier : « Etre jeune dans le monde du travail, ça décrédibilise. Il m’est arrivé qu’un patient refuse que je le soigne ». Si les malades doutent parfois des compétences de ces infirmières tout juste diplômées, certains de leurs collègues aussi : « On m’a déjà dit : « Tu sors de l’école, moi je suis aide-soignante, j’ai plus de 40 ans, je connais plus de choses que toi ». »

Etre infirmière, c’est également vivre des expériences difficiles auxquelles des jeunes de 20 ans ne sont pas habituellement confrontés. Amélie, 26 ans, est infirmière en hospitalisation à domicile (HAD) à Avignon. Elle s’occupe des soins palliatifs ou techniques depuis l’obtention de son diplôme, à tout juste 22 ans. Travailler en HAD, c’est être au plus proche de son patient car l’infirmière se trouve dans l’environnement du malade. Si Amélie adore son métier, elle reste marquée par le cas d’une patiente de 28 ans atteinte du cancer, infirmière comme elle, dont elle s’est occupée en début de carrière : « C’est dur parce qu’elle est issue du milieu, tu ne peux pas broder, elle sait ce qui l’attend. » Amélie est consciente qu’il faut se protéger face à la détresse de certains patients. Leur prise en charge n’est pas évidente et il est parfois difficile de garder une distance professionnelle, surtout quand on s’identifie au malade.

Une vie sociale difficile à préserver
Certaines infirmières ont des difficultés à vivre leur vie de jeune femme. C’est le cas de Sarah, 28 ans,  infirmière à l’hôpital de Cannes, en chirurgie. Un service qu’elle apprécie, même si elle projette d’aller en cancérologie, son domaine de prédilection puisqu’elle avait fait son mémoire à ce sujet. Elle se dit satisfaite de sa fonction d’infirmière mais se souvient de périodes éprouvantes : « Je me levais le matin en pleurant, pourtant j’adore mon métier, mais j’avais l’impression de ne faire que ça. » En dehors de l’hôpital, Sarah ne fréquente que des infirmiers. La jeune femme explique que ses amies n’ont pas le même rythme de vie qu’elle, pas les mêmes vacances et les mêmes jours de repos. Pour se retrouver, elle a décidé de partir quelques semaines seule à l’étranger au mois de janvier dernier : « Mes amies ne pouvaient pas venir avec moi. Mais finalement, je suis heureuse d’être partie seule, ça m’a fait un bien fou, et j’ai retrouvé un peu de ma jeunesse, de mon insouciance. » Ce voyage lui a été bénéfique, aujourd’hui Sarah continue d’exercer son métier plus sereinement. Elle ne regrette pas son choix de carrière et son entrée précoce dans le monde du travail, à 23 ans : « A vrai dire, c’est dans la vie active qu’on apprend le plus ».

La double vie des jeunes infirmières (Dessin : Djenaba Diame)

La double vie des jeunes infirmières (Dessin : Djenaba Diame)

Margaux, 24 ans adore son métier mais constate un décalage croissant avec ses amis exerçant une autre profession. L’infirmière en endocrinologie-diabétologie à Antibes nous confie qu’il est difficile pour elle de se changer les idées quand elle rentre le soir, contrairement à ses proches : « Ils ne vivent pas les mêmes expériences, ils oublient plus facilement leur journée ». C’est une situation qu’elle a appris à gérer avec le temps : « Dès que tu commences à travailler, tu gagnes forcément en maturité. Tu n’as pas la même vision de ta vie et les mêmes objectifs. » Margaux n’en reste pas moins épanouie, elle fait du sport et sort avec ses amis, comme tous les autres jeunes de son âge.

Le parcours de ces infirmières leur a imposé des contraintes, mais les a aussi fait mûrir. Travailler à vingt ans, c’est enrichissant et aucune d’entre elles ne souhaite y renoncer. Qu’importe l’âge, l’important est d’exercer son métier avec passion.

Infirmiers-anesthésistes excédés

Infirmiers-anesthésistes et étudiants ont manifesté dans les rues de Paris le mardi 22 mars 2016. Ils réclament une reconnaissance de leur profession et des revalorisations salariales en raison de leurs cinq années d’études. Sur les banderoles qui se distinguent du cortège de manifestants, on peut lire « on ne se laissera pas endormir, c’est nous qui endormons ».

 

Mardi 22 mars, ils étaient 2000 dans les rues de Paris. (Crédit photo : Citizenside / Yann Corbi)

Mardi 22 mars, ils étaient 2000 dans les rues de Paris. (Crédit photo : Citizenside / Yann Corbi)

Les syndicats ont appelé les infirmiers-anesthésistes à manifester, ils viennent également de déposer un préavis de grève, sans pour autant provoquer de perturbations dans les hôpitaux. Jean-Marc Serrat, président du Snia (Syndicat national des infirmiers anesthésistes), explique : « La profession est excédée : cela fait trop longtemps qu’on nous promène ». Marisol Touraine, la ministre de la Santé, a rappelé sur RMC que des « négociations [étaient] engagées sur la manière dont s’organisent les relations entre infirmiers et médecins anesthésistes [et sur] l’évolution du métier ».

Margot Desmas

Maïlis Rey-Bethbeder

Sarah Mannaa

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