La Culture par la Culture #3 : Olivier Sauton

Olivier Sauton est un comédien qui monte. Le succès de sa pièce « Fabrice Luchini et moi » en atteste. De quoi attirer l’œil de Buzzles qui, ce mois-ci, s’est intéressé aux influences de cet auteur, metteur en scène et interprète.


Olivier Sauton est auteur, comédien, humoriste et professeur de théâtre. Après avoir vu sa première pièce de théâtre à 20 ans, il décide de quitter Angers, la fac de droit et le cocon familial pour Paris, ses cours de théâtre et ses chambres de bonne. Depuis, il a fait du chemin et a foulé bien des planches. Après avoir pris des cours de théâtre durant trois ans, Olivier Sauton écrit son premier one man show qu’il mettra en scène et écrira tout seul. Très vite, il se fait repérer par le Festival Juste pour Rire, qui l’envoie à Montréal dans la catégorie « révélation de l’année ». Par la suite, le comédien écrit plusieurs one man show dont « Comique Crevard » ou encore « Vous ne croyez pas si bien rire », il écume ainsi les scènes et les festivals pendant de nombreux mois. Mais, en 2007, la vie artistique d’Olivier Sauton prend un nouveau départ : il ouvre son propre cours de théâtre, le Cours Sauton à Paris. Passionné de théâtre, il prend plaisir à écrire, mettre en scène et interpréter, mais aussi à transmettre. Transmettre cette passion qui occupe ses journées et ses nuits. Après avoir joué dans quelques films, dont certains de Jean-Pierre Mocky, Olivier Sauton commence en novembre 2013 à jouer son spectacle  »Fabrice Luchini et moi » au Théâtre de l’Archipel. Ce spectacle consacré à Fabrice Luchini remporte un franc succès, Sauton participe au festival d’Avignon en 2014 et 2015 où il fait salle comble deux fois par jour et où il remporte le prix du public à l’occasion de la cinquantième édition du festival. Aujourd’hui, c’est non sans passion qu’il se livre à notre petit jeu de questions/réponses à propos de ses influences personnelles.

La bande-annonce de son dernier spectacle « Fabrice Luchini et moi », un spectacle prolongé jusqu’à fin juin au Théâtre de l’Archipel à Paris.

– Quel est ton disque musical culte ?
Il m’est très difficile de répondre car j’écoute énormément de musique, et beaucoup, beaucoup, beaucoup d’albums m’ont marqué de façon indélébile. S’il faut en choisir, je ne choisirai pas le meilleur mais peut être le plus symbolique : la bande originale du film Amadeus. A l’âge de dix ans, je l’écoutais en boucle dans ma chambre, sur mon Walkman, je prenais ma règle et j’imaginais que j’étais Mozart dirigeant l’orchestre, ça durait des heures. C’est ce qui m’a initié à la musique classique. Aujourd’hui, je n’écoute plus cet album, mais il reste gravé en moi comme un souvenir où toute mon âme frissonnait sous les coups de baguette de Mozart.

Wolfgang Amadeus Mozart – Symphony No. 25 in G minor, extrait de l’album culte d’Olivier Sauton, la bande son du film Amadeus de Milos Forman.

– Quel est ton livre culte ?
Même s’il m’est tentant de citer le « Voyage au bout de la nuit » de Céline, qui reste pour moi le plus grand roman français que je n’ai jamais lu, je citerais toutefois « Les nourritures terrestres » d’André Gide, qui fut une révélation mystique, personnelle et littéraire. J’avais vingt ans quand je l’ai lu, sur les conseils de mon maitre Jean-Laurent Cochet, et chaque jour j’en lisais une page que je rererererererelisais (sic) et méditais toute la journée, la nuit, plus qu’un choc, ce fut un séisme. Et si je privilégie ici » les nourritures » plutôt que le « voyage », c’est uniquement parce que sa lecture l’a précédé.

Les Nourritures Terrestres, le livre culte d’Olivier Sauton.

Les Nourritures Terrestres, le livre culte d’Olivier Sauton.

– Quel est ton film culte ?
« Shine », de Scoot Hicks. L’histoire vraie du pianiste David Helfgoot, surdoué du piano, qui rêve d’en faire son métier, qui devra aller à l’encontre de son encombrant père pour réaliser son rêve, et dont on suivra l’apprentissage jusqu’à ses graves troubles psychiatriques qui le tiendront éloigné de son piano, jusqu’à sa rédemption. Chaque plan est intelligent, utile, soigné ; le jeu de Geoffrey Rush est exceptionnel, la bande son est magistrale, la narration est parfaite, je pleure dix fois pendant le film et ce à chaque visionnage. C’est intelligent, sensible, humain, artistique, ce n’est pas encombré de cascades à la con ni d’effets spéciaux pop corn. Ce n’est pas non plus intellectualisé, stylisé dans le mauvais sens du terme, c’est juste parfait.

Shine, le film culte d’Olivier Sauton

Shine, le film culte d’Olivier Sauton

-Quel est ton artiste préféré ?
Je distinguerais deux catégories d’artiste : les interprètes et les créateurs. Là aussi il m’est pénible de choisir, car l’art étant ma religion, j’y vénère nombre de saints.
En ce qui concerne les interprètes, je ne peux choisir que Fabrice Luchini. C’est lui qui m’a donné envie de faire ce métier, il m’accompagne dans ma tête tel un ami imaginaire depuis que je suis jeune adolescent, il est pour moi le meilleur professeur de français, celui qui donne envie de lire, de se cultiver, quand bien même on serait passé à côté des études littéraires à l’école, c’est un comédien exceptionnel, on a eu le même maître (Jean Laurent Cochet) et c’est celui qui m’a inspiré un spectacle qui marche et qui fait un peu parler de moi aujourd’hui ; alors comment ne pas le citer?!
Pour les créateurs, je choisirais Shakespeare, que j’ai découvert il n’y a pas si longtemps que ça. J’adore ma langue natale, mais que je regrette de ne pouvoir lire le grand Will dans le texte ! Cependant, même si je dois me contenter de traductions, je trouve qu’il réussit à faire le spectacle parfait, car complet : de l’action, de la réflexion, de la paillardise, de la philosophie, de la drôlerie, du tragique, du sexe, de l’amour, de la violence, de l’humanité, bref c’est le spectacle total, grandiose, magnifique. Il a inventé le cinéma avant que la toile naisse. God save the Will.

– Quel est ton lieu favori ?
Mon lieu favori, c’est le théâtre. Je m’y sens chez moi. La scène, la salle, les coulisses, le rideau, la machinerie, les bureaux de l’administration, les loges, les couloirs, le guichet, les WC (oui, oui, les WC) j’y aime TOUT. Les théâtres à l’italienne en particulier ont un charme et un goût qui m’enivrent. Ces couleurs rouge / or, cette acoustique, ces balcons, ces baignoires, ce plafond… S’il fallait n’en citer qu’un, je citerais celui dans lequel j’ai joué deux fois et que j’avais vécu comme un privilège : le théâtre Montansier à Versailles. Un chef d’œuvre d’architecture, un régal d’acoustique, un écrin sublime dans lequel je voudrais vivre.

– Quel album écoutes-tu en ce moment ?
J’écoute beaucoup de musiques différentes, je suis une victime de la musique en streaming, un accroc total, donc j’écoute beaucoup d’artistes variés en même temps (j’ai plus de 2000 titres sur ma playlist…). Mais, en ce moment, je réécoute beaucoup l’intégrale de Gainsbourg que j’avais découvert assez jeune, vers mes 12 ans, et qui a été le premier poète auquel j’ai été sensible. Je navigue de l’album « Melody Nelson » en passant par « L’homme à tête de chou », sans oublier « Mauvaises nouvelles des étoiles » principalement en ce moment, mais j’écoute vraiment tout de cet artiste absolument génial et très inspirant.

Melody Nelson de Serge Gainsbourg, un des nombreux albums qu’écoute Olivier Sauton en ce moment.

– Quel livre lis-tu en ce moment ?
Je lis toujours deux livres en même temps : un dehors et un chez moi, c’est à dire un de poche et un gros format. Celui en ce moment que j’emmène en promenade est le théâtre complet de Sophocle, tandis que celui que je lis dans dans mon lit est le théâtre complet de Victor Hugo. Je ne lis quasiment exclusivement que du théâtre, avec un peu de littérature japonaise et quelques biographies.

– Quel film t’a marqué récemment ?
Je ne vais jamais au cinéma. Jamais. Je regarde très peu de films, je préfère lire, aller au théâtre, ou écouter de la musique. Mes amis, ma femme, essaient de me convertir au 7ème art, pour l’instant en pure perte. J’aime bien voir les films des années, des décennies après leur sortie. Moi, la promo, ça me dégoute. Alors le dernier film qui m’a marqué… ça remonte à très très très loin ! Je dirai « Vivre » de Kurosawa, un réalisateur que j’aime beaucoup.

 Vivre de Akira Kurosawa, le film peu récent qui a marqué Olivier Sauton récemment

Vivre de Akira Kurosawa, le film peu récent qui a marqué Olivier Sauton récemment

– Quel jeune artiste t’a plu récemment ?
Je suis fan de… Rihanna. Je suis la preuve vivante qu’on peut se passionner autant pour Liszt que pour Rihanna. Et je ne suis pas une victime hétérosexuelle de ses fesses et de ses seins qu’elle montre à tout va, je ne suis pas très réceptif à son physique. Non, j’adore simplement sa musique. Elle me donne de l’ambition, du peps, de la jeunesse, de l’entrain. Je vais même aller la voir à Wembley en juin, ça m’a coûté une blinde.

Man Down de Rihanna, la jeune artiste qui a marqué Olivier Sauton récemment

Quel événement t’a marqué dans l’actualité récente et pourquoi ?
Je suis l’actualité mais j’essaie de ne pas trop en être imprégné. Je la trouve dangereuse, déprimante, éphémère, tout ce que j’essaie de ne pas être. Daech me passionne car c’est le retour du Moyen Âge obscur, liberticide, barbare. Mais ce qui m’intéresse aussi, c’est la politique occidentale désastreuse au Moyen Orient, en Irak, en Libye, en Syrie et qui a contribué, grandement, à la naissance de ce monstre qu’est Daech. Bref, tout ça donne envie de vomir, et de se révolter.

La culture par la culture, c’est aussi un agenda sélectif mais éclectique des rendez-vous à ne pas manquer dans notre département en ce mois de mai, avec toutes les infos pratiques nécessaires. L’agenda culturel Buzzles du mois de mai :


Léo Parmentier
Maxime Bonnet

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