[CAMBODGE 2/5] Un contrôle des médias à deux vitesses au Cambodge

Politiciens et magnats de l’entreprise se partagent la quasi-totalité du paysage médiatique du pays. Seule exception, les médias étrangers.

Le gouvernement et ses alliés possèdent la grande majorité des médias du pays. Ils ont une véritable main mise sur le contenu des journaux, des chaînes de télévision et des stations de radio qu’ils possèdent. Pas étonnant donc, que les programmes les plus diffusés à la télévision cambodgienne soient du divertissement ou des histoires de faits-divers. Avec ce genre de programme, aucun diffuseur ne prend de risques.

Mieux vaut parler anglais pour s’informer 

Contrairement aux médias en langue khmer, la langue officielle du Cambodge, les médias étrangers en anglais diffusent et produisent à peu près ce qu’ils veulent. Christophe Gargiulo, rédacteur en chef du Cambodge Mag écrit lui, en français. Comme la presse écrite en anglais, il est libre d’écrire ce qu’il veut : « La presse étrangère anglophone a plus de liberté de manœuvre pour traiter des sujets qui ne plaisent pas au pouvoir, mais sans ‘’capacité’’ réelle d’analyse ». Les journalistes étrangers jouissent d’une liberté inespérée pour leurs homologues khmer. Selon lui, les intimidations du Premier ministre envers la presse étrangère ne menacent en rien sa liberté contrairement à la presse khmer : « Au pire, lorsqu’un sujet irrite le Premier ministre, il répondra par voie de presse interposée, voire menacera de poursuites mais c’est tout. »

« En tant que journaliste en freelance, je travaille librement »

C’est grâce à ces journalistes étrangers, rarement inquiétés, que la population cambodgienne peut être réellement informée sur les problèmes qui impliquent directement l’intérêt public. Le Phnom Penh Post et le Cambodia Daily sont les deux principaux journaux anglophones du pays qui abordent des sujets d’actualité sans être soumis au contrôle des autorités. C’est ce qu’affirme Lauren Crothers, journaliste australienne en freelance au Cambodge : « J’ai travaillé au Cambodia Daily pendant quatre ans, où j’ai produit sans aucune restriction ou contrainte. Le journal veut traiter toute information utile pour l’intérêt public. En tant que journaliste en freelance, je travaille librement. »

Carte de presse de la journaliste et auteure américaine Elizabeth Becker en 1973. Elle a couvert la guerre civile au Cambodge dès 1972 pour le Washington Post. (Source : Elizabeth Becker)

Carte de presse de la journaliste et auteure américaine Elizabeth Becker en 1973. Elle a couvert la guerre civile au Cambodge dès 1972 pour le Washington Post. (Source : Elizabeth Becker)

Il y a déjà plus de quarante ans, que les journalistes étrangers et leurs médias avaient un statut particulier et devaient être reconnaissables avec leur carte de presse par rapport aux journalistes cambodgiens. Pour l’instant le seul média qui échappe encore au contrôle du gouvernement cambodgien reste Internet. Avec l’arrivée des réseaux sociaux au Cambodge, beaucoup de sites d’informations et de blogs pas encore contrôlés par le Gouvernement ont vu le jour.

Cliquez sur l'image pour accéder à l'infographie. Crédit : Cyrille Ardaud

Cliquez sur l’image pour accéder à l’infographie. Crédit : Cyrille Ardaud

Tom Ferrero

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