« On essaie d’en vivre par passion »

Entre évolution sociale et tradition ancestrale, la pêche survit. Sur les ports bordant la Méditerranée, quelques passionnés sont toujours présents afin de pérenniser l’activité.

A l’entrée de Nice, à Carras, il existe un coin de terre et de mer unique. Jusqu’en 1860, l’ultime village de pêcheurs avant la frontière française dont le port est l’unique vestige. Ce petit port est l’antre de Tony, le dernier marin pêcheur en activité à cet endroit.

Autrefois, quarante familles vivaient de la pêche sur ce port, mais les difficultés économiques de l’époque ont entraîné le déclin du métier. « Les enfants de pêcheurs ont préféré poursuivre leurs études, plutôt que de reprendre l’affaire parentale » précise le pêcheur.

A Carras, Tony pêche aussi des crustacés. (Crédit photo : Erwan Schiex)

A Carras, Tony pêche aussi des crustacés. (Crédit photo : Erwan Schiex)

« Il ne faut pas regarder les heures »

« Chaque saison a sa pêche, c’est au printemps et à l’automne que l’on réussit à avoir le plus de poisson » affirme Steve, jeune pêcheur au port Lympia à Nice. La fin du mois de mars est le coup d’envoi officiel de la saison, durant laquelle rougets, soupes ou dorades grises abondent. Mais surtout, la poutine, nom utilisé autour de Nice pour désigner un alevin de poissons, en particulier la sardine. La pêche à la poutine se pratique avec un filet à mailles serrées. Une pêche traditionnelle, pratiquée depuis plusieurs siècles sur la Riviera azuréenne et italienne.

La Côte d’Azur est d’avantage une zone de migration des poissons. Lorsque ce dernier bouge, il faut en profiter. “Il ne faut pas regarder les heures, il faut battre le fer tant qu’il est chaud” déclare le pêcheur de Carras.

« Un jour c’est le jackpot, le lendemain tu pleures ! »

Il n’existe pas de techniques particulières pour être efficace. Si ce n’est la connaissance des points stratégiques liés au passage du poisson. Et cela dépend de la profondeur de l’eau. « Il faut aller là ou l’on sait qu’on ne va pas accrocher nos filets ou démolir le matériel (bateau, palangre) » raconte Steve.

Les deux hommes sont d’accord : ce qui les a poussés à embrasser ce métier, c’est la passion. Car cette pêche artisanale, propre à la région méditerranéenne nécessite d’importants sacrifices. « La journée est aléatoire. Un jour c’est le jackpot, le lendemain tu pleures ! » admet Steve. Sortir en mer, c’est sortir vers l’imprévu. Plusieurs paramètres comme le temps, le courant ou la profondeur peuvent saboter une journée de travail. D’autant que la pêche n’est pas rentable. « On ne gagne pas de l’argent dessus, mais on essaye d’en vivre par passion » conclut Tony, le vieux loup de mer.

Erwan Schiex

Lara Pekez