Handi : cap d’aller à la plage ?

Pari réussi dans la ville de Cannes. La handiplage se situe au bout de la Croisette, à côté du Palm Beach. Chaque été, de juin à septembre, Bijou plage accueille des handicapés venus de tous les horizons.

Ça ne date pas d’hier ! Les handicapés se baignaient déjà à Cannes en 1997. Au départ cest un projet « freelance » de Grégory Alessio. Le collaborateur du CCAS – Centre Communal d’Action Sociale– à Cannes, va plus loin dans sa démarche, en créant une handiplage conforme aux normes nationales. La plage récolte les fruits de ce travail avec deux labels de prestige: « handiplage » en 2006  et « tourisme et handicap » en 2009. « Le but est de venir à la plage comme tout le monde », précise Grégory Alessio.  Elle peut accueillir les quatre types de handicap : moteur, mental, visuel et auditif. La force de ce bord de mer c’est le matériel. Des tapis de sols, un dispositif audio pour les aveugles, des hippocampes et « tiralos » (fauteuils roulants aquatiques, ndlr), sont mis à dispositions des usagers gratuitement. La handiplage, ce n’est pas que de la baignade : familles et handicapés se réunissent chaque année lors de la fin de saison. L’occasion de partager un bon repas et de pratiquer diverses activités comme la peinture. Lors des tournées handivoile, les handicapés s’improvisent même matelots ou pirates, à leur guise, à bord de catamarans ou kawaks.

handivoile

Une tournée handivoile à Cannes en 2010 (crédit DR).

 « Pour des citoyens à part entière et entièrement à part »

Le responsable d’handiplage reste très exigeant avec son personnel. « Comment considérez-vous une personne handicapée ? » c’est la question déterminante et éliminatoire lors du recrutement des handiplagistes. Apitoiement est un mot à bannir de son vocabulaire si on veut être embauché. En effet, les handicapés ne souhaitent pas être pris en pitié : « il faut regarder la personne à la hauteur des yeux même si ce nest pas évident », renchérit Grégory Alessio. Michael Geloni est handiplagiste depuis 2007. Pour lui, c’est un véritable « enrichissement humain ». Pourtant handiplagiste n’est pas synonyme de facilité. Le travail commence dès 8h30 par l’installation des transats, sous la chaleur estivale.  Michael se charge de l’inscription des usagers, mais pas seulement : il participe aussi à l’aide à la baignade,  « il faut parfois lever des personnes âgées de 70  kilos », ajoute-t-il.  Des journées de douze heures difficiles mais éclairées par des moments exceptionnels. « Il y a des personnes qui pleurent de joie dans leau », raconte le handiplagiste.

L’handiplage star

Selon des enquêtes réalisées à chaque fin de saison, environ « 95% des personnes sont satisfaites», annonce Michael Geloni. Un livre d’or regorge d’appréciations élogieuses. Toutefois, la handiplage semble victime de son succès. Sa fréquentation n’a fait qu’augmenter au fil des années et sa capacité d’accueil a des limites. Grégory Alessio souhaiterait créer une seconde handiplage. Le projet serait de garder Bijou plage pour les « grosses pathologies, comme lautisme », éclaircit-il. La nouvelle serait dédiée aux handicapés plus autonomes. « Je mise beaucoup despoir sur la création dune handiplage 2 », affirme-t-il. Pour l’heure, on ne sait pas exactement quand sera réalisé ce second projet.

Handiplage à Cannes, en chiffres :

  • Environ 150 personnes handicapées accueillies par jour
  • 7975 baignades
  • 7823 handicapés accueillis dans la saison
  • 1390 aides à la baignade
  • 4827 accompagnateurs

Sources : CCAS Cannes, chiffres 2014

 

Gyotis Delsart

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