Cécile Grès, quatre médias, un ballon

Samedi 4 juin a eu lieu la finale du championnat de France de ProD2. La saison finie, c’est l’occasion pour Buzzles de revenir sur le parcours de la journaliste rugby d’Eurosport, Cécile Grès. Portrait d’une Corrézienne d’adoption qui peut se targuer d’avoir un CV bien rempli en quatre ans d’expérience.

Matmut Stadium, le 23 août dernier. Sur les coups de 18h30, une nouvelle petite tête brune apparait sur les caméras d’Eurosport 2. Après Canal + avec Isabelle Ithurburu et France 2 avec Clémentine Sarlat, la chaîne sportive a elle aussi décidé d’ajouter une touche féminine à sa programmation rugby. Une première au bord du terrain pour la Corrézienne d’adoption de 28 ans. Pourtant habituée aux directs avec ses interventions sur le plateau de L’Equipe 21, Cécile Grès n’est pas rassurée avant d’arriver à l’antenne : « J’étais très stressée pour ma première à Lyon. Mais j’étais tellement contente d’être là que c’était du bon stress. » se souvient-elle.

Quand l’affect prime

Un aboutissement pour celle qui a grandi avec le rugby, et qui célèbrera l’an prochain son trentième anniversaire. Native de Paris, ses week-ends étaient malgré tout bercés par la Corrèze et le CA Brive Corrèze. « Je ne me souviens pas d’un match en particulier mais des ambiances. Mes grands-parents nous emmenaient au stade avec mon petit frère. » Pourtant, ce n’est pas forcément sur le terrain qu’elle portait son attention. Elle se souvient. « Je crois qu’au début, j’étais plus intéressée par ce qu’il se passait en tribune, les supporters, les chants, les révoltés contre l’arbitrage. C’était surtout un moment de famille, les frites, le ketchup, ma mamie etc. ». Mais elle n’oublie pas le 25 janvier 1997. Ce jour-là, le CABCL remporte la finale de coupe d’Europe de rugby. Face à Leicester, les Coujoux s’emparent de la H-Cup (28-9)« On était en famille à Paris, devant la télé. Je me souviens d’une vraie ferveur. Et encore une fois, surtout, d’un joli moment de famille. » 

Si elle ne prête pas nécessairement attention au jeu à cette époque-là, Cécile Grès va vite s’y intéresser au contact de son frère. « Je regardais les autres équipes à la télé avec lui. Je l’écoutais me parler des systèmes de jeu, des combinaisons. C’était un moment spécial que j’adorais. » Un enrichissement rugbystique qui va donc la mener jusque sur les bords des terrains de ProD2.

Pourtant, la future journaliste ne se destinait pas à ce métier-là. Du moins, jusqu’à ce qu’elle intègre le master journalisme de La Sorbonne. « Libre et heureuse » dans ses études, l’école était d’abord synonyme de « foot avec les mecs, mais je connaissais par coeur toutes les chansons des Spice Girls » pour celle qui se définit comme « vrai garçon manqué et vraie midinette. » Mais la période de l’adolescence n’a pas été simple à gérer. « Physiquement, c’était difficile (lunettes, appareil dentaire…) donc j’étais hyper mal dans mes baskets. », se rappelle-t-elle, non sans une pointe de regret. « C’est dommage, ce sont les plus belles années ! » Même si elle « aimait apprendre », l’affect primait dans ses études « Je ne bossais une matière que si je m’entendais bien avec le professeur qui l’enseignait. ». Ce qui ne lui a pas empêché d’obtenir un bac Economique et Social, ainsi qu’une licence de Lettres à l’Institut Catholique de Paris avant de rejoindre La Sorbonne et se lancer définitivement dans la presse. Le déclic ? Un stage de fin d’études, effectué à L’Equipe. Dans le même temps, elle publie sur la plateforme du Nouvel Obs « Le Plus » : « C’était un moyen pour moi d’écrire parallèlement à mon stage et d’avoir un peu de visibilité. Je n’étais pas payée, c’était de la collaboration pure. »

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CécileGrès2 – Cécile Grès lors de l’émission On va s’en mêler sur L’Equipe 21. Crédit : http://www.lagaleriedelucho.fr

Après six mois au sein de la rédaction de L’Equipe, la journaliste est définitivement intégrée comme pigiste. Et cela va lui ouvrir des portes. Son papier sur l’économie de la coupe d’Europe de rugby est lu par Sylvère-Henri Cissé, présentateur de l’émission Cissé Sport sur Le Mouv’. Invitée d’un jour, en avril 2012, pour parler du sujet de son article, elle y restera finalement trois ans. Là encore, l’affect y a fait pour beaucoup. « C’était génial. La première fois, j’étais si contente de le faire que je n’ai pas stressé. Les suivantes non plus car on avait une super équipe, très cohérente, très famille. Donc j’étais juste heureuse et je ne me posais aucune question. » Mais Cécile Grès ne s’arrête pas là et intègre le bureau sport de Reuters entre 2012 à 2014. Pigiste pour le desk rugby de l’agence, ce fût une expérience très instructive. « J’ai appris à écrire vite, à transmettre précisément, sans fioritures, des messages, des faits. C’est de l’information brute. Cela a été une formidable expérience. »  Une fois de plus, l’affect n’a pas été étranger à sa réussite. De même que Jean-Paul Couret, quarante sept ans de maison. « Je travaillais en binôme avec lui. Il était un peu bourru et papa ours. Au début, je le trouvais dur à cerner. Puis on s’est lié d’amitié, il m’a beaucoup appris. Quand il a pris sa retraite, j’ai eu un vrai coup de blues. »

Trouver du temps pour soi

Après la presse écrite, le web et la radio, Cécile Grès va s’attaquer à un autre média : la télévision. Très incitée par Fabrice Jouhaud, directeur de la rédaction de L’Equipe, Cécile Grès va alors franchir le pas. Le 21 septembre 2014 marque alors ses grands débuts face caméra dans l’émission On va s’en mêler de L’Equipe 21, un programme autour du ballon ovale, évidemment ! Pourtant, la sérénité n’était pas le maitre mot avant le début du direct. « Le plateau, c’est particulier et il faut une vraie formation. Disons que j’ai été un peu lancée dans le grand bain sans trop de conseils. Du coup, j’ai appris seule sur le tas, au fil des semaines. Au début, c’était super dur, je n’étais franchement pas très bonne. Puis j’ai fini par me dire de prendre l’expérience comme un challenge. » Un challenge qui durera un an, le temps de se faire repérer et approcher par Eurosport. Car oui, comme en sport, les chaînes font aussi leur mercato d’été. Cécile Grès quitte alors la rédac’ télé de L’Equipe pour rejoindre la chaîne payante« Je me suis dit que ça pouvait être bien de savoir aussi travailler sur ce support. C’est aussi de savoir que malgré la télé, je pourrai continuer d’écrire pour le journal, c’était très important pour moi et je crois que je n’aurais pas accepté la télé si je n’avais pas conservé cette option-là. »

Toujours rédactrice pour le plus important quotidien sportif français, ses semaines sont chargées. L’organisation devient nécessaire. Et c’est là que ça se complique un peu… du moins pour se trouver du temps libre « Ce n’est pas que je suis mauvaise en organisation mais, comme je travaille beaucoup, quand j’ai du temps, j’ai du mal à le prendre pour moi. » Alors, ses carnets ne lui servent pas qu’à prendre des notes journalistiques : restaurants, lieux à visiter, films à voir ou expositions à faire, elle note à peu près tout. « Je m’oblige à le faire pour savoir décompresser. » Le mercredi, c’est certes le jour des enfants. Mais c’est surtout son jour de repos à elle. Alors, elle aussi profite de ce jour « Vendredi, samedi, dimanche et lundi, je travaille pour Eurosport. Mardi, je fais le point sur mes papiers pour l’Equipe et je commence déjà à préparer les avant-matches. Jeudi, avant le départ, je boucle tout ce que j’ai à boucler pour les autres médias avec qui je travaille et je fais un vrai briefing de ce qui m’attend le week-end. » Mais pas question de se plaindre de cette cadence.

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Cécile Grès lors d’une interview avant Dax – Mont-de-Marsan le 8 mai dernier. ( Crédit photo : Capture d’écran EurosportPlayer)

Un travail permanent pour se faire une place, sa place. Mais pas question de changer au milieu des hommes. Pour s’imposer, un seul mot d’ordre : accepter d’être une femme dans ce milieu. « Il faut savoir être droite, honnête et surtout, ne jamais laisser ses valeurs de côté pour mieux réussir ou avancer plus vite. La meilleure réponse pour les quelques réticents aux femmes journalistes sportives, c’est d’être irréprochable et impeccable. »

Cécile Grès est une adepte des enquêtes et des mystères. A tel point qu’elle souhaiterait devenir présentatrice sur France 2, le dimanche soir, en deuxième partie de soirée. « Je rêve de présenter Faites entrer l’accusé ! Ce n’est pas une blague. J’adore cette émission, je suis fascinée par les faits divers. C’est un peu glauque peut être mais c’est comme ça. »

On est bien loin de la ferveur et de l’enthousiasme que suscitent les terrains de rugby ou les plateaux télés, voire les salles de rédaction. D’ailleurs, elle préfère quel média ? « Je dois dire que je m’éclate vraiment à Eurosport cette année. Le terrain, c’est grisant, presque addictif. Tu es au cœur d’une ambiance, d’un événement, tu vois, entends, comprends plein de choses. C’est une place forte. Mais il y a aussi la presse écrite, qui reste mon premier amour et que je souhaiterais pratiquer le plus longtemps possible tant que les opportunités sont là. C’est une façon de travailler qui me correspond. » explique-t-elle. Quatre ans d’expérience depuis son premier stage, quatre médias différents, un début de carrière bien rempli. « Dans cette vie, qui est si jolie et a si bien commencé, j’espère terminer au calme dans une petite maison au bord de la mer, à jardiner et écouter la radio avec mon mari. » Bien loin de sa Corrèze mais, peut-être, toujours avec ce ballon ovale dans un coin de la tête.

Maxime GIL

 

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