Une vie dans l’ombre des stars

De Batman à Inception en passant par James Bond ou encore Commissaire Moulin, Jean-Pierre Goy, 53 ans, sillonne les plateaux de tournage du monde entier, comme doublure des stars lors de cascades motorisées.

Jean-Pierre Goy et son trophée de meilleur cascadeur mondial, sur une de ses motos. (Crédits : Eloïsa Patricio)

Jean-Pierre Goy et son trophée de meilleur cascadeur mondial, sur une de ses motos. (Crédits : Eloïsa Patricio)

Dans l’Ain, à Briord, perdu entre deux montagnes, c’est dans ce nid douillet qu’il vit. Accompagné de sa femme, Christine, 52 ans, avec qui il est marié depuis 22 ans, et sa fille, Mélanie, 19 ans. Jean-Pierre Goy avoue qu’il pourrait vivre à Los Angeles s’il le souhaitait, mais ce père de famille préfère garder la tranquillité du coin. Pour le super-papa difficile de partager vie privée et vie professionnelle. Ici, il trouve le compromis : école de pilotage, moto dans le garage et vie de famille à l’étage. « Si jamais je suis appelé, je prends un avion le soir même et j’y suis le lendemain. Qu’est ce que ça m’apporterait de vivre à Hollywood ou ailleurs ? Ici, je suis au calme. On est bien là », précise humblement le casse-cou, sourire aux lèvres.

Cette région, tout comme la moto, est un héritage de ses parents, anciennement propriétaires d’une scierie. « Ils étaient branchés moto mais ils ne voulaient pas que j’en fasse, ils trouvaient ce sport trop dangereux », se souvient le quinquagénaire. Il opte donc pour l’équitation avant de céder à la tentation : à seulement seize ans, le cheval est troqué contre une bécane. Le début du succès. Il est pourtant freiné par quelques mois à l’armée et un passage à l’internat religieux. Cette dernière expérience fera de lui « un homme croyant mais non-pratiquant ». Quatre ans plus tard, l’ancien cavalier devient champion du monde de trial, discipline sportive de figures à moto. « Depuis cette année là, je ne fais plus que ça », remarque le pilote.

Sacré meilleur cascadeur mondial avec un véhicule

S’enchaînent alors les partenariats avec de grandes marques et les spectacles dans le monde entier. Sa carrière débute en 1989 sur le tournage de la série télévisée Commissaire Moulin. Avant de se lancer dans les blockbusters : Jackie Chan l’année suivante, James Bond, Demain ne meurt jamais en 1997 puis son premier Batman en 2007. Ce film lui vaudra notamment le prix du « meilleur cascadeur mondial avec un véhicule », en 2009. Un trophée qu’il garde précieusement mais sans prétention, simplement posé sur le sol de son salon. Pour ce bon-vivant humaniste, cette reconnaissance matérielle ne vaut pas celle de Pierce Brosnan. À l’issue du tournage de Demain ne meurt jamais, l’acteur et producteur américain déclarait à la presse : « Quand il est sur une moto, j’ai l’air formidable ». Les grands yeux bleus du cascadeur témoignent encore de son émerveillement.

Même si les tournages américains ont leurs avantages, celui qui se définit comme « un électron libre » préfère « les petites productions, plus souples ». Certainement un autre héritage de ses parents, qui lui ont appris « la simplicité, la politesse et le respect », trois valeurs fondatrices de sa ligne de vie. Sa priorité est aujourd’hui « de se faire plaisir ». Satisfait de son parcours, il ressent quand même un léger pincement au cœur de ne pas avoir commencé plus tôt sa carrière cinématographique. « J’étais timide à l’époque. J’ai évolué grâce à l’armée et à ma femme », fait remarquer l’ombre des plus grands acteurs. Une carrière impressionnante. Voire étonnante, pour celui qui préfère les comédies aux films d’action.

Eloïsa Patricio