Svalbard : l’archipel reculé où mourir est interdit

Situé entre le pôle Nord et les côtes norvégiennes, le Svalbard est l’une des terres habitées les plus au nord de la planète. Entre un climat hostile et un environnement inhospitalier, l’archipel est plein de surprises.

Dès la sortie de l’aéroport, on réalise à quel point l’archipel est un monde à part. (Crédit photo : Eloïsa Patricio)

3326 kilomètres. C’est la distance qui sépare Paris de Longyearbyen, la principale et (quasi) unique ville du Svalbard, située sur l’île de Spitzberg. Pourtant, en arrivant sur place, le paysage donne plutôt l’impression d’être issu d’une autre planète. A seulement trois heures d’avion au départ d’Oslo, la capitale norvégienne, le Svalbard offre des paysages incomparables. Pas un arbre n’apparait à l’horizon. La végétation se résume à de l’herbe, jaunie par les rayons du soleil en été, et recouverte par la neige en hiver. Peu élevées mais imposantes, les montagnes sont omniprésentes. Elles tombent directement dans l’océan, ne laissant que très peu de place aux rares plaines rocheuses. Les nuages, toujours très bas, semblent épouser parfaitement le relief. La glace, elle, recouvre près de 60% de la superficie totale de l’archipel, sans parler de la neige qui envahit la totalité de l’espace une fois l’hiver venu. En bref, au premier coup d’œil on a bien du mal à imaginer comment l’homme a pu s’y installer. Et pourtant.

Des conditions difficiles

Pourtant, Longyearbyen accueille près de 2 500 résidents (quasi) permanents. Avec Barentsburg, un village de moins de 500 habitants situé plus au nord de l’île, ces deux villes représentent les principaux foyers de population du Svalbard. Et à la question de savoir pourquoi l’humain est venu s’installer si loin du continent, la réponse tient en deux mots : le charbon. L’archipel contient un formidable réservoir minier exploité dès le début du XXème siècle. « Svalbard est rapidement devenu un eldorado pour les exploitants de charbon, notamment grâce à la qualité de son charbon », révèle Marcel Schütz, guide touristique depuis cinq ans sur l’archipel.

L’une des rares routes construites a Longyearbyen. Ici les routes n’ont ni nom, ni numéro. (Crédit photo : Eloïsa Patricio)

L’une des rares routes construites a Longyearbyen. Ici les routes n’ont ni nom, ni numéro. (Crédit photo : Eloïsa Patricio)

Si la souveraineté de la Norvège a été reconnue en 1920, selon la loi, n’importe quel pays peut venir exploiter les ressources naturelles du Svalbard. Plusieurs nations ont ainsi tenté leur chance au milieu du siècle précédent. Mais seuls les Russes ont décidé de continuer à extraire le charbon du sol de l’archipel, notamment à Barentsburg. Il faut dire que le climat et les conditions obligent l’homme à s’adapter. Il est ainsi interdit de mourir à Longyearbyen.

Alors bien sûr la mort ne se prévoit pas, ou peu, mais si un des habitants devient trop malade, il reçoit une lettre du gouvernement lui demandant de quitter l’archipel. Dans le cas d’une mort imprévue, le corps du défunt est directement renvoyé sur le continent. La raison : il n’y a pas de cimetière au Svalbard car les corps ne se décomposent pas sous terre à cause du froid. L’hiver, les températures peuvent descendre jusqu’à -30°C, sans parler de l’absence totale de lumière durant de nombreux jours au cœur de l’hiver. Il n’y a pas non plus de morgue ou d’hôpital sur l’archipel. Les femmes enceintes aussi doivent retourner sur le continent pour accoucher.

Plus d’ours polaires que d’humains

Habiter au Svalbard s’avère être un véritable défi pour les 2 500 habitants de Longyearbyen. (Crédit photo : Eloïsa Patricio)

Mais si l’homme a réussi à s’adapter et apprivoiser les conditions difficiles, il y a bien un élément qu’il n’a pas réussi à dompter : les ours polaires. Selon des calculs, approximatifs à cause de la difficulté de repérer ce genre d’animal, on compte au Svalbard plus de 3 000 ours polaires. La population du roi de la banquise est donc plus grande que celle des humains. Mais comme cette espèce peut s’avérer très dangereuse, il y a des règles très précises à suivre au Svalbard concernant les ours polaires.

D’abord, aucune maison ne doit être fermée à clé pour donner une possibilité de refuge à quiconque subirait une attaque. Ensuite, les habitants ne peuvent marcher que sur des routes dites « sûres » et marquées en rouge sur une carte donnée à chaque personne. Pour sortir du périmètre protégé, il faut être armé d’un fusil. La police a ainsi le droit d’arrêter n’importe quelle personne hors du périmètre ne possédant pas d’arme. Le monde à l’envers.

Bien que le Svalbard appartienne à la Norvège, il a un statut de neutralité particulier. (Image Wikimedia Commons sous licence CC BY-SA 3.0)

Bien que le Svalbard appartienne à la Norvège, il a un statut de neutralité particulier. (Image Wikimedia Commons sous licence CC BY-SA 3.0)

Il est toutefois rare que ces ours arrivent à Longyearbyen. Ils se tiennent généralement à l’écart des humains. Leur odorat leur permet de repérer n’importe qu’elle odeur à plus de 30 kilomètres à la ronde ce qui permet de leur éviter les confrontations avec les humains, et accessoirement repérer les phoques, leur nourriture. « Au Svalbard, on a l’habitude de dire qu’au moment où tu aperçois un ours polaire, sept d’entre eux ont déjà repéré ta présence », s’amuse Léo Decaux, étudiant français en glaciologie à Longyearbyen. Preuve, une fois de plus, que l’homme n’est pas tout à fait à sa place au Svalbard. Pourtant, il s’y plait et compte bien y rester.

Lucas Vola

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