Jo Cox, hommage et espoirs

Mercredi 22 juin, un hommage mondial était rendu à Jo Cox. La députée travailliste britannique qui luttait pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne avait été assassinée une semaine plus tôt. Plusieurs milliers de personnes se sont réunies à Trafalgar Square en son souvenir. Buzzles est allé à la rencontre des Londoniens présents à la veille au rassemblement.

Elle aurait eu 42 ans ce 22 juin. Sur Trafalgar Square, des pancartes à sa mémoire, des roses blanches sur les vêtements ou dans les bassins et partout la même photo de cette femme souriante. 5 000 personnes se sont rassemblées pour rendre hommage à Jo Cox, militante humaniste et engagée en faveur du maintien dans l’Union européenne, assassinée le 16 juin dernier à Birstall. Véritable traumatisme à quelques jours du vote, cet événement a marqué un tournant tragique de la campagne pour le Brexit. Qui était-elle ? Que défendait-elle ? A la veille du référendum ils sont venus se souvenir.

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Près de 5000 personnes se sont rassemblées à Trafalgar Square en mémoire de Jo Cox. (Crédit : Mariette Guinet)

« Qu’une mort, bien qu’horrible, puisse mener à un changement »

Cela fait deux heures qu’Elisabeth, 74 ans, attend sur les marches devant la National Gallery. Engagée en faveur du parti travailliste elle est restée abasourdie après la mort de Jo Cox. « Je suis choquée, que toutes ces belles personnes s’en aillent, qu’elles soient assassinées de cette manière ». Aujourd’hui elle est venue au rassemblement « pour montrer son respect, et pour avoir l’espoir, celui qu’une mort, bien qu’horrible, puisse mener à un changement ». Elle le regrette pourtant, « cela n’aura pas de réel impact, les gens continueront de voter avec leurs sentiments et non leur raison ».

Elle tient dans ses mains un journal, avec en Une la campagne du Remain. « Je sais ce que je vais voter, rien ne pourra me faire changer d’avis. Je reste attachée à mes principes ». Comme le disait Jo Cox, « On est bien mieux tous ensemble ». C’est pour cette raison qu’Elisabeth se souvient être venue d’Allemagne il y a 65 ans. Pour une unité, un vivre-ensemble, car « se diviser n‘est jamais une bonne chose, cela ne fait qu’affaiblir. Dans tous les cas on ne gagne pas à être seul, comme en famille » livre-t-elle, de son expérience. Même si elle n’ose pas imaginer un Brexit, elle reste fidèle à ses positions. « Si le Leave l’emporte, je quitte le pays. Il faut le comprendre, la Grande Bretagne n’est plus un Empire ».

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Elisabeth, 74 ans, attend pour la cérémonie d’hommage à Jo Cox. (Crédit : Mariette Guinet)

« Nous avons déjà voté pour le maintien en 1975 » 

Plus loin, assis sur la fontaine, Colin est venu se souvenir de Jo Cox. Il se sentait proche de ses engagements. « Elle était impliquée dans la résolution du conflit en Syrie, et j’ai été moi-même très touché par la guerre. En 1939 j’ai vu les dégâts quand Londres a été bombardée. Jo Cox se battait pour que personne n’ait à vivre cela ». Quant au référendum, son vote est clair, il ne fera pas d’autre choix que celui que défendait Jo Cox, celui de l’Union Européenne, synonyme de paix. Il le répète, « nous avons déjà voté pour le maintien en 1975.  Je me suis prononcé « Pour » une fois, je recommencerai ». Deux ans à peine après l’entrée du Royaume-Uni, les Britanniques s’étaient exprimés en faveur de la CEE (Communauté économique européenne) à 67% lors d’un référendum.

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Caitlin est venue assister à la cérémonie, en la mémoire de cette femme qu’elle aimait beaucoup. (Crédit : Mariette Guinet)

Mère, sœur, épouse, députée, militante… Tous ceux qui la connaissaient sont venus partager leur peine. « Jo Cox croyait en un monde meilleur et elle se battait pour ça tous les jours ». C’est ainsi que débuta son mari Brendan. Sa sœur, Kim Leadbeater, Malala Yousafzai, Prix Nobel de la paix, une chorale d’enfants, ou encore l’acteur britannique Bill Nighy, sont venus saluer son combat. Malala la qualifiera ainsi : Jo Cox « était une sufragette des temps modernes ».
C’est ce qu’approuve Caitlin, venue se souvenir de cette femme qui était pour elle comme un modèle. « Elle voulait la paix, et l’amour dans le monde, c’est pourquoi elle était si engagée ».

Jo Cox, était également impliquée dans l’ONG Oxfam International en lutte contre la pauvreté qu’elle avait rejointe en 2002. Habillés de vert, les militants étaient venus en nombre. Sara se souvient encore de la voix de Jo Cox prônant le « More in Common ».

De Paris à Nairobi, en passant par Ottawa, New York ou Beyrouth, des milliers de personnes se sont recueillies arborant les paroles de Jo Cox. « We are far more united and have far more in common with each other than things that divide us ». (Ndrl : Nous sommes bien plus unis et avons bien plus en commun avec chacun que les choses qui nous divisent). Il faut croire qu’une majorité de Britanniques ne partageaient pas cet avis.

Mariette Guinet

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