Johan Cruyff : Une légende est partie

Johan Cruyff est mort, à l’âge de 68 ans. Précurseur du football total, véritable légende du ballon rond, glaneur de trophée, rockstar, philosophe mégalomane… Johan Cruyff fait partie de l’Histoire, à ce titre il restera immortel. Buzzles revient sur sa carrière.

Cliquez sur l’image pour retracer les grands moments de la vie de Johan Cruyff.

Cliquez sur l’image pour retracer les grands moments de la vie de Johan Cruyff grâce à cette timeline interactive.

« Dans un sens je suis immortel », la phrase vient de Cruyff lui-même. On ne peut qu’approuver. Une légende est immortelle, elle surpasse le temps, résiste à l’oubli. Sa légende, le célèbre numéro 14 hollandais se l’est forgée tout seul. Avec des dribbles fous, une vision du jeu panoramique, un savant mélange de vitesse, de puissance et de technique, autant d’ingrédients qui ont, durant les 754 matches qu’il a disputés, écœuré chacun de ses adversaires. Au cours de ces 754 matches, le triple ballon d’or a inscrit pas moins de 428 buts… Entre 1965 et 1973 il contribue à mettre son club formateur de l’Ajax Amsterdam en haut de l’affiche, en remportant 6 titres de champions des Pays-Bas et trois Coupes d’Europe des Clubs Champions (l’ancêtre de la Champion’s league). Lui et ses coéquipiers mettent à l’œuvre un football « total », pressing jusqu’à l’épuisement, jeu rapide vers l’avant, une philosophie footballistique qu’il gardera toute sa vie. C’est justement ce style de jeu qui fera le succès de l’équipe nationale des Pays-Bas lors de la Coupe du Monde 1974. Menés par Johan Cruyff les « Oranges Mécaniques » se hissent en finale, ils s’inclinent face à la RDA après avoir battu l’Argentine (4-0) et le Brésil (2-0). Malgré cette défaite, ils éblouissent le monde entier par leur qualité de jeu et les émotions procurées par ce spectacle de chaque instant. Un an auparavant Cruyff avait rejoint les rangs du FC Barcelone, en refusant une offre du Real Madrid car ce dernier était soutenu par Franco. Un acte qui fait du « Hollandais Volant » une idole en Catalogne avant même son arrivée. Un engouement qui ne faiblira plus, en effet après 13 ans de disette, le Barça remporte le titre de Champion d’Espagne dès la première saison de Cruyff au club. En 1978 il quitte Barcelone pour les États-Unis, puis rejoint l’Espagne (à Levante) en 1981. Il choisit de finir sa carrière à l’Ajax Amsterdam, mais après une saison, le club de sa vie choisit de ne pas prolonger son contrat. Pour se venger, il signe chez le rival du Feyenoord Rotterdam et après deux belles saisons, il arrête enfin sa carrière en 1983 à l’âge de 36 ans.

Le « football total », une philosophie de jeu portée par Cruyff avec son club de l’Ajax Amsterdam…

Un entraîneur ayant influencé les plus grands

Réconcilié avec son club de l’Ajax, il signe en 1985 son premier contrat d’entraineur. Entre 1985 et 1987 il gagne un titre de Champion des Pays-Bas et trois coupes nationales, met en place les principes de jeu qu’il appliquait déjà en tant que joueur, et participe à l’éclosion de joueurs tels que Van Basten, Rijkaard ou Bergkamp. En 1988, le Barça – son autre club de cœur – le contacte pour sortir d’une situation délicate, la révolution peut commencer. Pour Cruyff « le football c’est simple, mais jouer simplement au football est la chose la plus difficile qui soit», pour cela il instaure quelques règles élémentaires : « Le principe du football est de marquer au moins un but de plus que l’adversaire, peu importe le nombre de buts encaissés. »,  « si nous avons le ballon, les autres ne peuvent pas marquer », ou encore, « le ballon doit courir le plus possible, pas les joueurs. ». Autant de principes prônant le football offensif et spectaculaire, des principes qui ont imprégnés jusqu’à aujourd’hui le football espagnol dans son ensemble. En huit saisons sur le banc catalan, le Batave a remporté onze trophées, acquis le statut de grand entraîneur, et fait revivre le football total en Espagne. Pep Guardiola ancien entraîneur du FC Barcelone, actuellement du Bayern Munich et bientôt de Manchester City, a connu le début de sa carrière de footballeur sous les ordres de Cruyff. À son contact il a appris le football qu’il inculque aujourd’hui à ses propres joueurs. L’amour du beau jeu, c’est comme un témoin qui se transmet de génération en génération, et Cruyff en est l’instigateur. Dans les colonnes du journal espagnol Marca, Guardiola déclarait en 2013 : « Pendant ma carrière, je me suis limité à mettre en pratique ce que j’ai appris de Johan Cruyff. Il a été la personne la plus influente du monde dans ce sport, comme joueur tout d’abord puis comme entraîneur. Il m’a beaucoup appris. Et la preuve, c’est que beaucoup de ses anciens joueurs sont entraîneurs aujourd’hui parce qu’il nous a inculqué l’amour de ce sport. Il est très spécial pour nous. ». Difficile de faire plus bel hommage.

La « Dream Team » du FC Barcelone entraînée par Johan Cruyff. Le  « Barça » de ces dernières années n’est rien d’autre que le reflet de ce football flamboyant…

Johan Cruyff le footballeur qui fumait, mi- philosophe, mi-rockstar

« El Flaco » (« le maigre » en espagnol) a toujours fait preuve d’extravagance, que ce soit dans l’audace de ses choix balle au pied, sur sa manière de voir le foot, mais aussi en dehors des terrains. Il adore jouer avec les journalistes, faire preuve d’esprit et même d’arrogance. Les  « punchlines » qu’il assénait durant les conférences de presse ou durant les interviews, elles aussi sont rentrées dans l’Histoire et certaines ont sans doute inspiré un certain Zlatan Ibrahimovic…  Parmi elles : « Quand on prononce le nom de Cruyff, tout le monde sait de qui on parle », ou « Je ne fais presque jamais d’erreurs parce que j’ai beaucoup de mal à me tromper », ou encore « Chaque inconvénient a son avantage », à un journaliste qui ne comprenait pas sa réponse il rétorquait  « Si j’avais voulu que tu me comprennes, je me serais mieux expliqué »… Mais malgré cette arrogance Cruyff n’oublie jamais d’où il vient et pour lui « les footballeurs qui jouent dans la rue sont plus importants que les entraîneurs diplômés ». Johan Cruyff est un rebelle, il veut rompre avec la conformité, ses longs cheveux et ses coups de sang en attestent. Mais il a une autre particularité, il fume.

Cruyff fumait même à la mi-temps des matchs sous ses couleurs de l’Ajax Amsterdam. (Crédit : D.R)

Il a toujours fumé, à l’Ajax, au Barça, il posait ses conditions, il avait le droit de fumer à la mi-temps, dans le couloir menant à la pelouse, après le match en sortant de la douche. Mais c’est surtout lorsqu’il devient entraîneur que l’addiction se fait ressentir, la vie devient plus stressante, Cruyff fume jusqu’à quatre paquets par jour. En 1991, il ressent d’intenses douleurs au cœur, il subit deux opérations cardiaques dans la foulée, qui lui sauvent miraculeusement la vie. « Dans ma vie, j’ai eu deux passions : Jouer au football et fumer. L’une m’a tout donné, l’autre a failli tout me reprendre » déclarait-il dans un spot anti-tabac. Il arrête de fumer à la suite de ces deux opérations, mais c’est un peu tard, Cruyff a déjà contracté un cancer du poumon. Un cancer qui a eu raison de la légende en ce jeudi 24 mars 2016. Mais comme il le savait, les légendes sont immortelles…

Campagne de communication du Comité National Contre le Tabagisme (1993)…

 

Les tweets rendant hommage à la carrière de Cruyff se sont succédé

Léo Parmentier

Florian Leyvastre

Publicités