Marion Torrent, talent précoce

Championne d’Europe en U19 (les moins de 19 ans) avec l’équipe de France, capitaine des bleuettes en U17 et parfois en U19, quatre coupes fédérales, une coupe de France sénior : voilà un palmarès à faire pâlir de jalousie ! Aucun doute possible, Marion Torrent était faite pour devenir professionnelle du ballon rond. Du haut de ses vingt ans, la jeune Montpelliéraine frappe d’ores et déjà fort à la porte de l’Équipe de France A.

Marion Torrent a gravi tous les échelons à Montpellier, et s’est imposée comme une titulaire indiscutable de l’équipe fanion. Photo : DR

Marion Torrent a gravi tous les échelons à Montpellier, et s’est imposée comme une titulaire indiscutable de l’équipe fanion. Photo : DR

Un caractère affirmé

En recrutant à l’âge de 12 ans la jeune femme, le club de Montpellier (ndlr : actuellement troisième dans le championnat de France de football féminin) a eu le nez fin. Du côté de la Paillade, on a vu arriver Marion Torrent avec son sourire et son talent naturel, et derrière, la jeune femme n’a pas perdu de temps.

Car depuis, la jeune française ne cesse d’impressionner. Malgré un physique plutôt ordinaire (1m65), la défenseur n’est jamais la dernière pour aller au contact et jouer des épaules. On découvre donc un caractère, celui d’une joueuse qui n’a peur de rien. Elle nous confie même que son poste préférentiel est celui de défenseur central, position où les duels musclés sont permanents ! Son modèle est d’ailleurs le madrilène Sergio Ramos, pour « son intelligence de jeu et de placement, sa détermination » mais aussi… « son élégance ».

« Le public retrouve dans le football féminin le vrai plaisir de ce sport : le jeu. »

Le foot féminin devient de plus en plus médiatique. Et même si les salaires sont encore bien loin de ce que peuvent toucher les hommes, les choses changent. Les bonnes performances des Lyonnaises en Ligue des Champions ou celles de l’équipe de France notamment, incitent les chaînes TV (notamment celles de la TNT) à médiatiser de plus en plus les rencontres.

Mais cela n’a pas toujours été le cas. Marion a d’abord débuté dans des équipes mixtes ce qui lui a valu quelques remarques désagréables. Sa meilleure réponse, elle l’a donnée sur le terrain ! Et sur ce point-là, Marion n’avait pas besoin de parler, son talent le faisait pour elle. Dans ces équipes mixtes, elle a notamment pu côtoyer l’aixois Valentin Eysseric, qui évolue maintenant à l’OGC Nice, comme quoi le monde du professionnalisme est petit.

« Quand on a porté le maillot national, on n’a qu’une envie, c’est de le retrouver »

La jeune femme a des rêves plein l’esprit, et veut continuer à grandir professionnellement avec son club, mais aussi sous le maillot bleu. Photo : DR

La jeune femme a des rêves plein l’esprit, et veut continuer à grandir professionnellement avec son club, mais aussi sous le maillot bleu. Photo : DR

Sa passion pour le football vient, comme pour de nombreux jeunes, de la finale de la coupe du monde 98, et de la victoire de l’équipe de France (avons-nous besoin de le rappeler !). L’équipe de France, c’était un rêve de petite fille, et c’est devenu pour Marion un objectif. Et quel objectif ! A quelques mois du début de l’Euro 2013, celle qui a fait toutes ses classes avec les équipes jeunes Bleues rêve intérieurement d’intégrer le groupe de Bruno Bini. Comment ne pas y penser quand on s’appelle Marion Torrent et qu’on a toujours été en avance dans sa carrière ? Mais la jeune femme sait que le chemin est encore long, et ne veut surtout pas brûler les étapes.

Pour commencer, elle compte se concentrer sur l’instant présent, à savoir le déplacement le 17 mars à Yzeure avec son club, dans une lutte pour la sauvegarde de la place du MHSC sur le podium. En ce qui concerne la saison prochaine, Marion nous a révélé, à demi-mot, qu’elle a eu quelques contacts avec d’autres clubs, mais ne nous en dira pas plus. Tous les amoureux de football féminin croisent néanmoins les doigts pour continuer à la voir évoluer dans l’Hexagone.

Retrouvez dès maintenant l’interview complète de Marion Torrent :

Comment avez-vous atterri à Montpellier ?

Marion Torrent : Je jouais à Luynes Sports (Aix-en-Provence) en benjamin excellence. Les entraîneurs du MHSC avaient entendu parler de moi et ont contacté mes parents pour faire un essai à Montpellier. Comme aux niveaux football et scolaire, tout allait bien, ils ont proposé à mes parents de me faire venir dès 12 ans au centre de formation.

Est-ce difficile de se diriger vers le football si jeune quand on est une femme?

Sa jeunesse n’a pas empêché Marion de percer au plus haut niveau. Photo : DR

Sa jeunesse n’a pas empêché Marion de percer au plus haut niveau. Photo : DR

M.T : Je dirais que le plus dur a été quand je jouais en mixité jusqu’à 12 ans. Là, il fallait continuellement être au top car les garçons de mon équipe et aussi leurs parents, ne me pardonnaient rien. J’ai dû m’imposer par ma technique, ma combativité et mon jeu mais ensuite j’ai été acceptée. Lors des matchs sur Marseille, combien de fois mon père entendait des réflexions moqueuses de parents de l’équipe adverse au début du match… A la fin, on ne les entendait plus. En fait, le plus difficile a été pour ma famille et moi, de partir à 12 ans à 200 km de chez moi pour habiter en famille d’accueil. Nous avons mis quatre mois à nous décider. Les structures d’hébergement du centre de formation étant réservées aux garçons.

Vos premiers pas en équipe pro étaient à l’âge de 16 ans, n’était-ce pas prématuré?

Dans 5ans, Marion Torrent se rêve en Bleue, pour atteindre enfin le sommet de sa carrière. Photo : DR

Dans cinq ans, Marion Torrent se rêve en Bleue, pour atteindre enfin le sommet de sa carrière. Photo : DR

M.T : Non, je ne pense pas… J’ai intégré progressivement l’équipe pro en ne faisant que quelques matchs la première année. Et puis, j’avais déjà effectué plusieurs matchs internationaux avec l’équipe de France U17, et ce n’est pas forcément plus dur en D1 qu’en championnat d’Europe.

Un avis sur le président Nicollin, parfois taxé de misogynie ?

M.T : Le président Nicollin adore ‘SES’ filles, il vient nous voir sur les gros matchs. C’est le premier des présidents de club à avoir misé sur le football féminin et à avoir intégré une section féminine dans un club pro. Rien que pour cela, nous le remercions toutes. Personnellement j’ai de bons rapports avec lui.

Que pensez-vous de la rumeur Maradona chez les hommes ?

M.T : C’est juste une rumeur…enfin, je pense !

Avez-vous un modèle dans le football féminin ?

M.T : Chez les filles, je n’ai pas spécialement de modèle. Mais je viens d’une région qui a vu naître Marinette Pichon, avec qui j’avais eu des contacts étant plus jeune, et Gaëtane Thiney.

Comment voyez-vous votre carrière professionnelle dans cinq ans?

M.T : Dans cinq ans, j’espère avoir encore progressé, avoir eu des sélections en équipe de France A et vivre correctement de ma passion.

Nathan Gourdol

Axel Bluteau

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