Les dessous de l’Euro 2016

Du 10 juin au 10 juillet 2016, la France accueillera l’Euro de football. Les phases de qualification ont déjà commencé, mais l’équipe de France, en tant que pays organisateur, est qualifiée d’office. Le point sur la préparation de cette compétition à l’ampleur inédite.

Présentation de la coupe de l’Euro 2016 à Nice. (crédit photo : V. Hache /AFP)

Présentation de la coupe de l’Euro 2016 à Nice. (crédit photo : V. Hache /AFP)

L’Euro 2016 promet être d’une envergure exceptionnelle, et davantage de spectacle : 24 équipes engagées vont disputer au total 51 rencontres (au lieu de 16 équipes pour 31 matches), du jamais-vu. Par rapport à l’ancien format, l’UEFA a pris cette décision afin de facilité l’accès à la compétition pour des « petits pays » et y promouvoir le football, au risque de perdre de la qualité et d’accentuer la fatigue des joueurs qui vont jouer un match supplémentaire. Pour la première fois également, une quatrième catégorie de billets sera mis en vente afin d’offrir la possibilité de voir des matches à un prix « raisonnable » qui seront financés par les billets plus chers des matches à enjeux. Mais ce n’est un secret pour personne qu’entre l’augmentation des droits de retransmission, la visibilité des sponsors et la billetterie, l’UEFA va doubler ses recettes. Celle-ci affirme en effet financer intégralement les dépenses liées à l’organisation, à l’exception de celles concernant la sécurité et les travaux dans les stades, mais ce qui est moins su, c’est qu’en contrepartie elle va toucher la totalité des recettes commerciales.

Alors quelle facture et quelles conséquences ?

Le coût pour la construction et la rénovation des stades est officiellement estimé entre 1,7 milliard et 2 milliards d’euros. Aujourd’hui, 10 stades ont été retenus pour accueillir les matches : 4 stades neufs, dont les sites de Nice et Lille qui sont déjà opérationnels, les stades de Lyon et Bordeaux, prévus pour fin 2015-début 2016, et 5 enceintes rénovées en plus du Stade de France. Le financement de ces travaux incombe à 60% pour le secteur privé, et à 40% pour l’État – via des contrats de partenariat public-privé. Seul le futur Stade des Lumières à Lyon sera intégralement pris en charge par un groupe privé. C’est d’ailleurs ce stade qui concentre le plus de problèmes. Car si tous les autres projets sont achevés ou en bonne voie, de nombreux blocages ont retardé le début des travaux. Le dernier en date ? La saisie du tribunal de grande instance par Philippe Layat, un agriculteur qui voit mal la construction d’une route sur ses terres. Le tribunal a validé les travaux mais il a d’ores et déjà annoncé son intention de faire appel à cette décision. 90 000 personnes ont signé une pétition pour le soutenir.

Quant aux retombées de cet investissement, c’est le football amateur et professionnel qui en verra les bénéfices. La hausse du nombre de licenciés et de (télé)spectateurs vont contribuer à augmenter l’affluence dans les stades (tout neufs) et va générer des recettes supplémentaires. Sans compter la forte hausse touristique liée à l’arrivée d’étrangers venus soutenir leur équipe et les emplois créés par les travaux dans les stades, même si la plupart reste des CDD ayant un impact ponctuel.

Maquette du futur Stade des Lumières à Lyon (Crédits photo : immersive solutions)

Maquette du futur Stade des Lumières à Lyon (Crédits photo : immersive solutions)

Quelle organisation ?

Les bénévoles sont indispensables au bon déroulement d’une telle compétition internationale. La FFF a lancé son appel aux volontaires, ce programme – bien que les candidatures ne soient ouvertes qu’en juin 2015- a débuté dès le mois de septembre par une large campagne de communication sur les terrains amateurs. La fédération se fixe pour objectif le recrutement de 6 000 personnes à travers tous le pays, présents partout, avant et pendant la compétition. A l’intérieur des stades, l’UEFA s’occupe de la gestion de l’arbitrage et des contrôles anti-dopage. La FFF, pour l’occasion, s’est engagée dans un projet qui commence à voir le jour : créer un club de supporters, un kop dans les virages du Stade de France afin de créer une véritable ambiance à l’intérieure de cette enceinte réputée froide. L’idée est de proposer des réductions pour ces places et ainsi entraîner l’ensemble des spectateurs.

Les Français jamais satisfaits …

L’organisation d’un tel événement ne fait jamais l’unanimité, et certainement pas en France. Une pétition circule sur internet pour dire « Non à l’Euro 2016 ». Les auteurs de cette initiative dénoncent les coûts exorbitants et des dépenses qu’ils jugent « insensées » et de « pur prestige » dans la construction et la rénovation des stades. De plus ils jugent les stades comme des lieux violents et propices à l’expression de « comportements les plus méprisables » comme la xénophobie et le racisme. Les signataires de cette pétition réclament que ces investissements soient plutôt en faveur de la construction d’écoles, de logements, d’hôpitaux et d’espaces verts.

Delphine TOUJAS

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