[INTERVIEW] JUAN BAUTISTA PREND TOUJOURS LE TAUREAU PAR LES CORNES

De Bayonne à Nîmes, en passant par Dax, Béziers ou Arles, c’est une tradition qui peut rassembler jusqu’à plus de 16 000 personnes : la tauromachie. Une tradition qui passionne autant qu’elle peut être décriée. Mais à l’occasion de ses 35 ans en ce 12 juillet, Buzzles a choisi de vous dresser le portrait de l’un des plus grands matadors français : Jean-Baptiste Jalabert, dit Juan Bautista. Sur l’air du Toréador de Georges Bizet, entrez dans l’arène. Le paseo* commence. 

Pour les mots suivis d’une *, se référer au glossaire de la tauromachie.

Qu’est ce qui vous a poussé à devenir matador ? Quel a été votre parcours jusqu’à votre alternative* ?

J’ai toujours vécu au milieu des taureaux. Mon père et mon oncle étant éleveurs de taureaux de combat, je voyais les toreros venir au Mas pour tienter* les vaches. C’est à ce moment que j’ai voulu les imiter et que j’ai appris à tenir une cape et une muleta*. Je sortais de second, une fois que les matadors avaient terminé de toréer, jusqu’à acquérir assez d’expérience pour que mon père me fasse confiance et me laisse toréer les vaches de premier.

J’ai suivi le parcours comme tous les jeunes voulant devenir torero sauf que je n’ai jamais fait partie d’une école taurine. Mon père, grâce à ses connaissances dans le milieu, a pu m’ouvrir les portes. Mais ensuite, il a fallu que je me justifie tous les jours, encore plus que les autres novilleros*. Deux dates ont été déterminantes dans ma carrière de novillero : mes présentations à Nîmes en février 1999 où j’obtins la grâce du novillo Tanguisto de l’élevage de Yerbabuena et à Madrid le 3 juin 1999 où je sortis en triomphe par la Grande Porte après avoir coupé deux oreilles pendant la Feria de San Isidro.

Pouvez-vous nous raconter votre première novillada ?

C’était assez curieux car cela s’est passé au Mexique dans les arènes de Querétaro le 14 mars 1998. J’avais à peine 17 ans. C’était également la première fois que je me rendais en Amérique Latine pour toréer. J’en garde un très bon souvenir. J’avais coupé une oreille.

« J’ai dû supporter la pression des corridas et l’obligation de triompher »

Et votre première corrida ?

L’alternative* est la corrida que tous les novilleros souhaitent toréer. C’est l’aboutissement d’un parcours mais aussi le commencement d’un autre. C’est ce jour-là que vous devenez professionnel et que les choses sérieuses commencent. Ce fut comme un rêve qui devenait réalité. Recevoir l’alternative dans mes arènes d’Arles, des mains d’Espartaco, qui fait partie des toreros les plus importants du XXème siècle, en présence d’un autre non moins célèbre en la personne de César Rincón, fut quelque chose de merveilleux.

En 2003, vous décidez de tout arrêter. Pour quelle(s) raison(s) ? Que s’est-il passé ?

J’ai passé toute ma vie avec les taureaux. Je n’ai pas connu d’adolescence comme la grande majorité des jeunes de mon âge. J’étais tout le temps entouré de personnes plus âgées que moi. Je n’ai pas eu de jeunesse. Et dès l’alternative, j’ai dû supporter la pression des corridas et l’obligation de triompher chaque après-midi. Il y a eu une sorte de ras-le-bol. Je me suis éloigné des arènes pendant quelques temps, j’ai fait complètement autre chose  jusqu’à ce que ma ville, Arles, subisse des inondations qui ont été terribles. Je ne pouvais pas rester sans rien faire et j’ai organisé un festival taurin bénéfique pour Arles. Les toreros que j’avais contactés ont accepté de toréer mais que si je faisais le paseo à leurs côtés. Ce que j’ai fait. J’ai triomphé et, là, l’envie est revenue, plus forte qu’avant. Cette période a permis de me rendre compte de ce que je voulais vraiment : toréer.

De Jean-Baptiste Jalabert à Juan Bautista, retour sur les dates marquantes de la carrière du matador : 

TimelineJuanBautista - copie

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Le Juan Bautista de 1999 et de 2016 est-il toujours le même ? Ou de quelle manière a-t-il évolué ?

Il est certes évident que ma tauromachie a évolué avec l’âge. On ne perçoit pas les choses de la même façon à 19 ans qu’à 35. Je vis le grand bonheur d’être deux fois papa et cela change un homme et, automatiquement, le torero. Juan Belmonte disait : « On torée comme on est ». Tant que j’aurai cette afición* intacte, tant que je ressentirai le besoin de toréer et tant que je susciterai de l’intérêt auprès des aficionados*, je continuerai de revêtir le costume de lumières.

Quelles émotions sont ressenties avant d’entrer en piste ? Varient-elles en fonction de la corrida ou de la plaza* ?

Plus que de l’émotion, c’est surtout de concentration dont il s’agit avant d’entrer en piste. Pour moi, la corrida commence dès le matin, voire quelques jours avant pour certaines corridas importantes. L’émotion est présente pendant la corrida lorsqu’il y a une véritable osmose entre le taureau, le public et moi. Il est certes évident qu’en fonction des arènes ou de la corrida, ces émotions seront différentes mais pas l’investissement qui sera toujours le même que ce soit en arène de première, deuxième ou troisième catégorie.

Las Ventas de Madrid ou le Monumental de México ? Pourquoi ?

J’ai toréé dans ces deux arènes. Madrid est la plus importante du monde et celle de México la plus grande en matière de spectateurs, près de 50 000… Je dirais Madrid car j’y ai connu plus de triomphes qu’à México et parce que j’y ai toréé plus souvent. De Madrid, je suis sorti en triomphe trois fois, la première lors de ma présentation de novillero avec picadors comme je l’ai évoqué auparavant et, ensuite, les deux suivantes en tant que matador de taureaux, plus des oreilles isolées coupées après de très bonnes faena*. México est une arène spéciale, d’abord par ses dimensions mais aussi car l’afición y est différente. Mais le plaisir d’y toréer est identique à celui de Madrid.

Retour sur les chiffres marquants de la carrière de Juan Bautista :

Juan Bautista

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« C’est ce que j’aime le plus au monde,

être devant les taureaux avec une cape et une muleta »

Vous êtes devenu empresa* des arènes d’Arles. Comment arrivez-vous à jongler entre vos rôles de matador et d’empresa ?

Ce qui me passionne le plus, c’est de toréer. C’est ce que j’aime le plus au monde, être devant les taureaux avec une cape et une muleta. L’opportunité de devenir empresa des arènes d’Arles s’est présentée à moi et je ne pouvais pas la refuser. Être à la tête des arènes de ma ville faisait partie de mes rêves. Grâce à l’équipe qui m’entoure, formée de ma sœur Lola, d’Alain Lartigue et de François Cordier  je peux mener les deux de front. Le seul changement réside dans le fait que je commence ma saison plus tardivement. Nous devons préparer la Feria de Pâques dès la fin de la saison précédente et il est vrai que cela prend beaucoup de temps. Mais même pendant cette période, je n’arrête pas de m’entraîner. Je prends cette nouvelle responsabilité avec calme et sérieux. Je crois que nous avons mis sur pied deux ferias très intéressantes, du goût du public qui a répondu massivement. J’en suis très satisfait. J’apprends beaucoup de choses et je sais que nous pouvons compter sur l’expérience de mon père et de mon oncle qui ont dirigé les Arènes d’Arles pendant 17 ans.

Quel regard portez-vous sur les anti-corridas ?

Ce sont des personnes qui ne prennent pas la peine d’essayer de comprendre notre passion, notre culture et nos traditions. Elles sont assez fermées et courtes d’esprit. C’est dommage car elles passent à côté de choses importantes de la vie. Mais il faut rester vigilant et se battre pour notre liberté.

Maxime GIL 

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