La mer, une explosion de couleurs

Depuis la fin du 19ème siècle, le bassin méditerranéen a vu se succéder plusieurs vagues d’artistes. Les premiers ont été attirés par les particularités du paysage régional qui leur offrait de nouvelles perspectives artistiques. Cet héritage culturel inspire encore les peintres actuels.

Jean-Pierre Stretti et Bernadetta Cecchin, couple de peintres cannois, a déjà représenté plusieurs fois la baie de Cannes et son port. (Crédit photo : Pauline Brisset)

Jean-Pierre Stretti et Bernadetta Cecchin, couple de peintres cannois, a déjà représenté plusieurs fois la baie de Cannes et son port. (Crédit photo : Pauline Brisset)

Au 20ème siècle, les peintres fuient la grisaille parisienne et s’installent dans le Sud. La lumière de cette région est unique : elle découpe les formes, favorise les contrastes d’ombre et de lumière. Béatrice Mangin, hôtesse du musée Regards de Provence, parle d’une “lumière franche “. De cet éden de couleurs découlent de nouvelles techniques
artistiques.

Le Midi devient un véritable lieu de pèlerinage. Cézanne est le premier à s’y rendre. En 1870, il fuit la guerre et se réfugie à Marseille. Là, il peint l’Estaque sous différents plans et perspectives. Une oeuvre qui exerce une véritable influence, puisque soixante ans plus tard elle est l’une des références des cubistes. Le fauviste Van Gogh encourage ses amis peintres à s’installer dans la région, où selon lui “le soleil est plus fort “. Ce précurseur est émerveillé par la luminosité de la Méditerranée qu’il retranscrit à l’aide de son jaune qu’il nomme “clarté suprême de l’amour“ : celui des Chapeaux de paille et des Tournesols. Van Gogh innove, il organise les pigments selon le jeu des couleurs complémentaires. La Côte d’Azur a un vrai rôle dans le développement des recherches plastiques. Bonnard s’installe dans les hauteurs du Cannet en 1926, subjugué par la baie de Cannes. Ce qui le fascine : la lumière, les couleurs vives. Sa démarche consiste à traduire “une sensation en image”. La plupart des peintres du Sud font des croquis en se promenant puis créent dans leur atelier. Les peintres d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes et sont bien plus nombreux.

Entre art et business

Les peintres d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes et sont bien plus nombreux. Jean-Pierre et Bernardetta, couple de peintres : “Tout le monde aime la peinture et veut s’y mettre. Les organisateurs d’expositions eux-mêmes ne cherchent pas toujours à savoir si les exposants sont des professionnels déclarés, ce qui pose un problème de crédibilité de la profession. On mélange tout.” La seule ville de Mougins recense 39 ateliers de peinture et galeries d’art. L’époque du peintre qui prend son chevalet est révolue, et les croquis sont remplacés par des photographies. L’héritage artistique de la Côte d’Azur est devenu sa marque de fabrique : innovation et représentation de la région ne vont plus vraiment de pair. Les oeuvres qui représentent Cannes sont les mêmes – le port, la baie, peints et repeints sans cesse. “L’offre répond à la demande, certains s’adaptent pour vivre”, explique Florence Berger, peintre cannoise. S’adapter correspond pour certains à associer la peinture à un produit de consommation : Corinne, peintre, fait correspondre à chacune de ses toiles un parfum de sa création. Les “vrais artistes“ sont toujours là, disséminés dans la grande zone culturelle que représente la région PACA. Mais on y confondrait parfois l’art et l’artisanat, les professionnels et les amateurs. Ceux qui sont en recherche de nouveauté s’orientent plus vers l’art abstrait ou contemporain.

Pauline Brisset

Gyotis Delsart

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