Sotchi : La magie n’a pas suffi

Cette année, certains athlètes olympiques vivent un dilemme : affirmer leur soutien à leur pays et se retirer ou rester dans la compétition malgré les émeutes qui soulèvent l’Ukraine…

Jeudi 20 février, les Jeux olympiques de Sotchi offrent pour la première fois à la France un triplé historique dans une épreuve (en ski cross masculin). Mais on peut se demander si la joie ressentie en France n’est pas entachée par les évènements qui se déroulent à l’heure actuelle en Ukraine.

Boycotter les JO de Sotchi ?

La question du boycott des JO de Sotchi s’est posée avant le début des épreuves. Il faut dire que les raisons ne manquent pas en Russie : atteintes aux droits des homosexuels, oppression des minorités… En bref, le non-respect des Droits de l’Homme.  Peu de chefs d’Etats occidentaux étaient présents à la cérémonie d’ouverture. Ainsi, François Hollande a laissé la Ministre des Sports Valérie Fourneyron représenter seule la France.

Cette dernière a d’ailleurs déclaré : « On peut être plus utiles en y allant, car les Jeux sont un moment où on peut obtenir des avancées politiques. Cela s’est produit en Chine et, on l’a encore vu en Russie ces dernières semaines avec des libérations d’opposants au régime. Aller aux Jeux ne signifie pas fermer les yeux sur ce qui se déroule sur place… »

Au vu des récents évènements en Ukraine, on peut douter de l’impact de l’esprit olympique.

L’Ukraine à feu et à sang pendant les JO (Crédit photo : D.R.)

L’Ukraine à feu et à sang pendant les JO (Crédit photo : D.R.)

Répercussions des événements en Ukraine sur les JO

Même si la crise ukrainienne ne date pas d’aujourd’hui, son intensité actuelle et le nombre croissant de victimes posent bien des questions. On parle en effet de dizaines de morts, sur la place Maïdan, transformée en champ de bataille.

Comment les Etats européens doivent-ils réagir ? Et au-delà des Etats, les athlètes eux-mêmes doivent-ils afficher un soutien envers l’opposition réprimée, quitter les jeux, boycotter la cérémonie de clôture ?

L’écrivain Bernard Henri-Lévy appelle à « suspendre sans délai la participation européenne aux Jeux de Sotchi (…) tant que le sang coulera sur Maïdan ». Mais chacun agit en réalité selon sa conscience. Aucun athlète européen n’a encore suivi cet appel.

Même au sein de la délégation ukrainienne, les choses sont compliquées. En hommage aux victimes des affrontements de Kiev, les athlètes ont souhaité porter un brassard noir. Le Comité international olympique (CIO) l’a refusé car ce serait contraire à la Charte olympique qui impose une stricte neutralité et une interdiction des références politiques.

Le comité olympique ukrainien (NOCU) a quant à lui appelé les athlètes à concourir pour leur pays. Il a pourtant affirmé être choqué par les violences et souhaite le retour du dialogue. Cependant, beaucoup de sportifs ukrainiens qui ont déjà concouru sont rentrés. Certains ont même décidé de se retirer des Jeux olympiques, comme par exemple les skieuses de cross-country, Marina Lisogor et Katerina Serdiouk. La skieuse Bogdana Matsotska a elle aussi décidé de renoncer aux JO et a accusé le président Ianoukovitch de « noyer les espoirs de l’Ukraine dans le sang ».

Bogdana Matsotska et son père posent devant les anneaux olympiques avec le drapeau ukrainien (Crédit photo : D.R.)

Bogdana Matsotska et son père posent devant les anneaux olympiques avec le drapeau ukrainien (Crédit photo : D.R.)

La patineuse ukrainienne, Natalia Popova, qui a participé au programme court du 19 février, a décidé de ne pas se présenter à la compétition finale du programme libre le lendemain.

Sergueï Bubka, l’ancien perchiste de légende et président du comité olympique ukrainien, a appelé au respect de la trêve olympique : « Je suis choqué par ce qui se passe dans mon pays, notamment parce que cela se passe pendant les jeux olympiques, l’événement le plus pacifique et démocratique du monde ».

Manon Bazerque

Publicités