Les victimes oubliées du 11 septembre

Le 11 septembre 2001, un groupe djihadiste détruit les tours jumelles de New York. L’image reste figée dans les consciences. L’opération est dirigée par Oussama Ben Laden, un fanatique religieux auparavant armé par les États-Unis dans leur lutte contre les soviétiques en Afghanistan. Un autre 11 septembre, tout aussi meurtrier, semble avoir été oublié.

Pour l’Occident, le 11 septembre est une déclaration de guerre de la part des terroristes contre les États-Unis d’Amérique. C’est un jour de barbarie où un groupe de fondamentalistes assassine sauvagement 3000 citoyens américains. Aussi macabre que cela puisse paraître cet attentat est aux yeux de certains une conséquence directe de l’impérialisme américain, la conséquence de décennies d’oppression, durant lesquelles les États-Unis ont imposé leur modèle au monde, sous couvert d’un combat pour la démocratie.

Pour une partie importante de la planète, le 11 septembre restera le jour où le général Pinochet, en 1973, soutenu par la CIA et le gouvernement Nixon, a mis fin à la démocratie chilienne, en imposant une dictature, dont les blessures peinent à se refermer. Pour une autre partie de la planète, le 11 septembre évoque la guerre d’Afghanistan en 2001, et la guerre d’Irak en 2003 ; des « guerres contre le terrorisme » qui ont causé des dizaines de milliers de victimes civiles, et dont le dénouement est inconnu à ce jour.

Henry Kissinger, secrétaire d’État des États-Unis rend visite au dictateur Pinochet. D.R.

Henry Kissinger, secrétaire d’État des États-Unis rend visite au dictateur Pinochet. D.R.

Mieux vaut un dictateur fascisant qu’une démocratie socialiste

« Les États-Unis ne peuvent tolérer aucune forme de passage à des régimes de type socialiste en Amérique latine », affirmait Henry Kissinger, secrétaire d’État américain sous le gouvernement Nixon. Après la Révolution cubaine de 1959, les USA ne voulaient plus permettre des tentatives révolutionnaires sur leur continent. C’est pour cela qu’en 1971, lorsque Salvador Allende, un socialiste convaincu, remporte les élections présidentielles et opte pour un passage démocratique vers le communisme, les Américains sont en alerte.

Ils financent les partis d’opposition, dont des groupes d’extrême-droite, et tentent de faire tomber le gouvernement. En vain. Ils opteront finalement pour le soutien au coup d’État militaire, qui sera mené par le général Pinochet. Les Etats-Unis prêtent leur ambassade à Santiago pour les réunions que tiennent les militaires félons. C’est du cabinet du secrétaire d’État américain que part le feu vert pour le « golpe ». L’armée américaine se charge d’assurer la couverture radar et des communications pendant que l’armée chilienne bombarde le palais présidentiel. Et finalement, les Américains se chargent de la reconnaissance internationale de ce régime militaire.

Des milliers de personnes vont être assassinées, torturées, portées disparues, contraintes à l’exil. Un leitmotiv dans toute l’Amérique du Sud, où les Etats-Unis soutiennent également les dictatures de l’Argentine, du Brésil, de l’Uruguay, du Paraguay, de la Bolivie… dans le cadre de l’opération Condor. Malgré cela, cette même année, Henry Kissinger, le secrétaire d’État recevra le prix Nobel de la paix pour son action dans la guerre du Viêt Nam.

Des haines difficiles à surmonter

L’Amérique latine a pu retrouver la stabilité politique après des années de dictature, au point d’être aujourd’hui devenue une référence en matière de développement économique et social. Demeure toutefois une méfiance envers les Etats-Unis qui se traduit par des relations diplomatiques tendues (par exemple le Venezuela ou la Bolivie). Les interventions américaines se déroulent aujourd’hui au Moyen-Orient (Irak, Afghanistan) et en Afrique (Somalie, Lybie).

Corps du Che Guevara en Bolivie, où il est mort assassiné en 1967 sur ordre de la CIA. D.R.

Corps du Che Guevara en Bolivie, où il est mort assassiné en 1967 sur ordre de la CIA. D.R.

Les révélations faites par Wikileaks permettent de découvrir les nombreuses exactions commises par l’armée américaine dans ces pays où des dizaines de milliers de civils sont morts dans l’indifférence de la société occidentale.

 

César Prieto

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