Les concours de Miss : une éclaircie dans un monde de diktats

Les concours de beauté, généralement caractérisés par un culte de la minceur, ont connu, il y a quelques jours, une petite révolution qui semble annoncer un changement pour l’image des femmes et l’acceptation de soi.

Le week-end dernier s’est déroulée l’édition 2016 du concours national de beauté de Miss Italie. Si l’annonce du nom de la gagnante n’a pas provoqué une très grande surprise, il n’en a pas été de même pour Paola Torrente, la première dauphine. En effet, la jeune femme présente le « défaut » d’être plus ronde que les autres candidates au titre de reine de beauté. Et cette nouvelle n’a pas échappé à la presse italienne. Bien que la plupart des médias aient salué cette victoire de la représentativité des corps, un groupe d’irréductibles résiste encore et toujours à l’envahisseur, de la tolérance et l’acceptation de soi. Ainsi, le journal Il Giornale a largement dénoncé ce qui devrait pourtant être anodin et normal en 2016. Selon le quotidien italien, une Miss doit avant tout « faire rêver », et en l’occurrence, les formes de la première dauphine 2016 donnaient « une image des finalistes […] désagréable à regarder. ». Des termes qui démontrent que les standards de beauté ont la dent dure.

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A gauche la nouvelle Miss Italie 2016, à droite sa première dauphine. (Crédit photo : Capture d’écran La7)

Des standards de beauté élaborés par la société

Malgré ce qu’en dit ce journal et une presse parfois très rétrograde, c’est une avancée majeure dans une société occidentale, dans laquelle le culte de la minceur fait trop souvent foi. Car tout le problème est là : en mettant en valeur un type de corps bien particulier et en occultant toutes les autres morphologies, ces compétitions diffusent une image standardisée de la femme, et sont vectrices de complexes pour bon nombre d’entre elles. Il suffit pourtant de regarder autour de soi : nous sommes entourés par une multitude de corps et aucun ne se ressemble, alors en quoi serait-il pertinent et légitime de valoriser un type de physique plutôt qu’un autre ? 

Des concours qui ont déjà fait parler

Les concours de beauté, qui soulèvent des problématiques liées au culte de la beauté et de l’apparence, ont également été critiqués à maintes reprises pour le manque de représentativité et leur sexisme. Car si depuis quelques années, les candidates au titre de Miss France sont aussi blanches, que métisses, ou noires, la représentation des personnes d’origine asiatique reste encore très faible, voire inexistante.

On peut également citer les multiples scandales qui ont éclaté ces dernières années en France suite à la diffusion de photographies dénudées de Miss France ou de candidates et qui ont parfois conduit à leur éviction de la compétition. C’est le cas de Laetitia Bléger, élue Miss France 2004, qui a symboliquement été privée de son titre pendant six mois après qu’elle ait posé nue pour Playboy et Entrevue. C’est d’ailleurs un critère essentiel de sélection des candidates : impossible de se présenter au concours si celles-ci ont déjà posé partiellement ou totalement dénudées.  L’argument majeur et à l’origine de ces polémiques tient donc en quelques mots : montrer son corps en public quand on est une femme est dégradant. Un principe en totale contradiction avec le combat de toujours de la gent féminine : je peux disposer librement de mon corps, qui rappelons-le, n’appartient à personne sauf à moi. Les critiques étaient également fondées sur le fait qu’une femme qui se dénude, c’est une femme qui ne se respecte pas et, éventuellement, de mœurs légères. Or, en aucun cas la tenue vestimentaire, la manière d’être, de se maquiller, ne peuvent traduire le comportement, les habitudes et l’orientation sexuelle de chacun.

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Laetitia Bléger, élue Miss France 2004. (Crédit photo : Abaca)

A contrario du titre transalpin Il Giornale, saluons-donc ce progrès qui marque un tournant important dans la libération du corps de la femme, notamment dans le domaine des concours de beauté, qui restent encore très fermés et hostiles à toute forme de diversité.

Annabelle Georges

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