Dans les Alpes-Maritimes, l’agriculture bio locale tire son épingle du jeu #1/2

Dimanche 18 septembre, le lycée horticole d’Antibes a accueilli la foire « Bio et local, c’est l’idéal ». Les producteurs du 06 se mobilisent pour une agriculture biologique et locale. Le secteur est en plein développement mais reste fortement concurrencé par les grandes enseignes bio.

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« Le local en premier!  » Nelly et Aley, adeptes du bio. » (Crédit : Djenaba Diame)

Il est à peine 9 heures et les premiers visiteurs sont déjà sur place. Le soleil a lui aussi pointé le bout de son nez. Derrière les stands disposés dans la cour et à l’entrée du lycée Horticole d’Antibes, des agriculteurs bio du département étendent leurs productions. Cette année, ils sont une quarantaine sur la foire « Manger bio et local, c’est l’idéal ». Ils sont tous adhérents d’Agribio06, association organisatrice de l’évènement. Elle en rassemble actuellement une centaine et a pour but de fédérer l’ensemble des producteurs bio des Alpes-Maritimes, de développer et sensibiliser les consommateurs à l’agriculture locale.

Ce matin, Christophe Cottereau, président de l’association organisatrice Agribio06 et paysan à la Tour-sur-Tinée (Alpes-Maritimes), arbore fièrement son chapeau de paille et le t-shirt rouge vif des membres de l’association. « L’idée c’est de développer, de faire connaitre les produits bio. Notre combat aujourd’hui c’est de faire en sorte que le bio local soit plus reconnu. Le bio des grandes enseignes c’est pas celui que l’on souhaite défendre. C’est quasiment un projet de société.« 

Cette journée est donc l’occasion de sensibiliser et d’informer les habitants du département, venus très nombreux pour la journée. Sur fond sonore de musique paysanne, ces derniers font le tour des stands, sentent, examinent les produits et posent leurs questions aux agriculteurs.

Catherine, 62 ans, est venue avec sa petite fille, Sophie, 9 ans. La journée et la question du bio local lui tiennent particulièrement à cœur et elle souhaite transmettre cet intérêt à son entourage. « C’est la première fois que je viens ici mais c’est pas trop tard. Je privilégie l’alimentation bio dans la mesure du possible. J’aimerais aller plus vers les producteurs. J’achète surtout en supermarché mais j’ai des doutes sur la qualité du bio qui y est vendu. (…) Je suis malade, j’ai un cancer et ça sensibilise davantage. Je ne sais pas si ma maladie a pu être induite par tout ça. Donc oui je m’y intéresse. J’ai envie d’avoir plus de connaissances et de les transmettre à mes enfants et mes petits-enfants« .

Produire bio : le 06 dit oui !

Pour Renaud, maraîcher bio à Puget-Théniers : « C’est du donnant-donnant. (…) On travaille en partenariat avec le client. »

 

Cécile, elle, est productrice et transformatrice de fruits rouges bio : « Pour nous c’est une évidence. »

 

Selon Xavier, maraîcher dans les Alpes-Maritimes, « dans les années 80 on [les agriculteurs bio] se faisait un peu jeter comme étant des extraterrestres. »

 

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La Maison Mélanie de Nice, en pleine conversion en agriculture biologique, produit de l’huile d’olive d’appellation d’origine protégée (AOP) (Crédit: Djenaba Diame)

Depuis quelques années, l’agriculture biologique et locale est une filière en plein développement en France. Selon l’Agence Bio, en 2015 le marché bio a connu une croissance de +14,7% par rapport à l’année précédente.  L’année 2014 en France, c’est plus d’un million d’hectares engagés en bio dont 8,5% en région Provence-Alpes-Côte d’Azur selon Agribio. La région est actuellement la première en France en termes de surface agricole utile (18,4% de la surface agricole utile en bio) avec 2 716 fermes biologiques.

En ce qui concerne les Alpes-Maritimes, 214 fermes sont référencées bio ou en conversion, soit 11,14% de la surface agricole. Les surfaces agricoles biologiques, le plus souvent des petites exploitations à taille humaine, « le schéma dans les Alpes-Maritimes« , y sont en constante augmentation.  Et ce n’est pas pour déplaire aux militants du bio. Pour Christophe Cottereau,  « les gens ont de plus en plus conscience de l’impact de l’agriculture industrielle qui a beaucoup dévasté l’environnement, qui a un impact très clair sur notre santé (…). La France est le troisième consommateur mondial de pesticides« .

Une évolution qui s’expliquerait donc par une prise conscience de la part des agriculteurs mais aussi des consommateurs. Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir consommer bio. En effet, les ventes des produits bio en France ont connu une hausse impressionnante en 2015. D’après les chiffres publiés par l’Agence Bio il y a 5 mois, elles auraient atteint plus de 5 milliard d’euros. La demande en produits issus de l’agriculture biologique est en constante progression et particulièrement dans les Alpes-Maritimes.

L’offre en produits biologiques, encore insuffisante aujourd’hui, tente d’y répondre. Mais reste une problématique très importante : pour manger bio les consommateurs vont avoir tendance à acheter en grandes surfaces des produits biologiques « qui viennent au mieux d’autres régions, au de pire de Nouvelle-Zélande, du Chili et du Pérou« .

Aujourd’hui l’agriculture bio « vire vers un bio business » d’après Christophe Cottereau. Cette foire, c’est aussi l’occasion de remettre les pendules à l’heure.

Djenaba Diame

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