Dans les Alpes-Maritimes, l’agriculture bio locale tire son épingle du jeu #2/2

Le lycée horticole d’Antibes a accueilli dimanche 18 septembre la foire « Bio et local, c’est l’idéal ». Les producteurs du 06 se mobilisent pour une agriculture biologique et locale. Le secteur est en plein développement mais reste fortement concurrencé par les grandes enseignes bio.

En fin de matinée, la foire « Manger bio et local, c’est l’idéal », organisée au sein du lycée horticole d’Antibes bat son plein. L’ambiance est légère et joviale. Ce n’est pas pour autant qu’on évite d’aborder les sujets qui fâchent. En particulier ceux qui concernent les réalités auxquelles les producteurs bio sont confrontés.

Malgré une augmentation de la consommation et de la production de produits biologiques et locaux, le secteur reste menacé. Pour cause, l’industrialisation du bio par des enseignes animées par l’appât du gain se poursuit à vitesse grand V. Il s’agit d’une approche mercantile qui pervertit les idéaux d’une production censée profiter à l’environnement, à la santé et au social. Tous les moyens sont bons pour alerter les consommateurs. Aujourd’hui, les membres dAgribio06 (http://www.bio-provence.org/spip.php?rubrique43), organisateurs de cette foire, mettent un point d’honneur à sensibiliser les visiteurs sur le sujet.

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Christophe Cottereau, président d’Agribio06 et agriculteur, a fait un discours au cours de la matinée. (Crédit : Djenaba Diame)

Pour Christophe Cottereau – « Pour les grandes enseignes, la bio, qui nous est chère, n’est qu’un business »

Le Bio, cette nouvelle tendance

Le label bio, un business ? En effet le secteur n’a pas échappé aux logiques de rentabilité à tout prix. L’heure est à la production de masse, au profit et au gain. Le bio est vendeur et les investisseurs le savent. L’idéal d’une agriculture respectueuse de la vie et de l’environnement défendu par les instigateurs du biologique et aujourd’hui par les agriculteurs bio locaux est loin d’être une réalité générale. En 2014, Arte a mené une enquête sur les coulisses du secteur bio dans son reportage « Produire bio, un business comme les autres »

En Europe, le secteur bio dégagerait chaque année plus de vingt milliards d’euros de chiffre d’affaires. Attirés par la rentabilité, de nombreux investisseurs ont investi dans le bio. Mais c’est bien souvent dans des pays en voie de développement où les terres peuvent être obtenues plus facilement et où les normes de production bio ne sont pas forcément aussi rigoureuses que dans le marché local. Le bio est également associé au commerce équitable et lié à des valeurs éthiques telle que la garantie de conditions de travail et de salaires décents pour les petits exploitants. Et cette fois encore, ces idéaux sont bien loin de la réalité. Voilà une autre cause contre laquelle les agriculteurs bio locaux se mobilisent. « C’est très bien que l’on redéveloppe le bio, explique Christophe Cottereau, président de l’association et paysan lui-même, mais il faut qu’on soit bien tous conscients que le bio qu’on peut trouver dans les grandes chaines de distribution n’est pas forcément le meilleur bio. A mon sens cela dérive vers une « production business ». Le bio est devenu un moyen de se faire de l’argent et ce n’est pas cela que nous, producteurs locaux, nous souhaitons défendre. Et ce n’est pas le bio que nous, Agribio06, nous souhaitons défendre (…) Et surtout au niveau de la main-œuvre humaine, cette production de masse se fait aux dépens de terriens qui ont les mêmes droits de vivre que nous. La foire qu’on fait ici c’est aussi une foire engagée dans ce sens-là. »

Le consommateur, un élément-clé du système

Les consommateurs sont-ils dupes ? Certainement pas. Nombreux n’accordent plus une confiance aveugle aux produits bio vendus par les grandes enseignes. Mais pour des raisons liées au prix et à l’accessibilité, ils auront tendance à aller chercher à reculons leurs produits dans les grandes surfaces et autres supermarchés. « Malheureusement on n’a pas toujours l’occasion d’acheter du bio local, c’est l’idéal mais c’est pas évident, explique Emilie, jeune maman niçoise, il n’y a pas énormément de producteurs sur la région et les prix sont élevés par rapport à d’autres régions où il y a beaucoup de producteurs qui font des ventes directes. » La situation n’échappe pas aux agriculteurs eux-mêmes. « Il y a surement de nombreux cas de figure où les produits locaux vont être un peu plus chers. Mais au niveau de la qualité il n’y a pas photo et il faut prendre en compte toute la chaine en amont. En tant que « consommacteur » si je viens ici, c’est un acte engagé », explique Christophe Cottereau.

Cette condition devrait aussi s’améliorer avec les efforts de mutualisation des ventes et des achats que réalisent Agribio06 et ses partenaires avec, notamment, la mise en place et la promotion du circuit court, à savoir le contact direct (ou indirect avec un seul intermédiaire) entre le producteur et le consommateur. En 2015, la vente directe de produits a connu une augmentation de 20 % en France. Les acteurs du département ont l’ambition de poursuivre dans cette lancée. Et pourquoi pas, évoluer vers un projet d’autosuffisance alimentaire à l’instar de la commune d’Albi, dans le Tarn, et de certaines villes françaises lui ayant récemment emboité le pas.

Djenaba Diame

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