Aquarius, ou le symbole de la résistance brésilienne

Film étendard de la constestation contre la politique brésilienne, et oeuvre féministe déjà culture en Amérique Latine, Klerber Mendonça Filho signe avec Aquarius sont deuxième film après Les bruits de Recife en 2012. Il est dans les salles française depuis mercredi 28 septembre. Buzzles vous éclaire sur ce film… qui a fait des vagues. 

Aquarius, c’est l’histoire d’une femme, Clara (interprétée par Sonia Braga) vivant à Recife, au Brésil depuis son enfance. Un jour, une société de bâtiments vient la voir pour lui proposer une offre de reprise de son appartement. Déterminée à ne pas lâcher son patrimoine personnel, elle va lutter pour garder ce qu’elle a de plus cher à ses yeux, sa maison, sa famille, son histoire.

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Sonia Braga dans Aquarius. (Crédit photo : sbs.com.au)

Un rôle de femme forte et libre

Rares sont les rôles de femmes aussi intenses, gracieux et caractériels que celui-ci. Après Erin Brockovich, incarnée par Julia Roberts, Marion Cotillard en employée proche du chômage dans Deux jours, une nuit des Frères Dardenne, Sonia Braga dans Aquarius s’inscrit dans cette même tradition de rôles féminins forts. Ici, Sonia Braga campe le rôle d’une femme de soixante ans avec la sagesse d’une vieille dame et l’humour d’un jeune enfant. Une femme qui a su traverser des épreuves comme la mort de son mari, et qui reste forte et déterminée. Son visage et ses traits démontrent son expérience, sa liberté de penser, autant que sa liberté sexuelle.

Mais Clara n’est pas que cela, elle est la porte étendard de ce Brésil qui ne se laisse pas faire, et qui combat pour garder son indépendance, face au système. Elle porte le film, avec sa force de caractère, et elle est destinée à devenir le symbole de cette contestation contre la machine économique capitaliste qui commence à envahir le Brésil.

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L’équipe du film Aquarius protestant contre la destitution de Dilma Roussef sur les marches du Festival de Cannes. (Crédit photo : Lionel Cironneau/AP/SIPA)

Un film antisystème

D’aucuns reconnaitront que jusque dans la genèse du film, on retrouve ce point de vue anticapitaliste. Déjà, à Cannes les acteurs, tout en montant les marches, affichaient leur mécontentement face à la politique de Michel Temer, le président par intérim au Brésil. Il faut savoir que depuis cet épisode cannois, le film est désormais prohibé pour les moins de dix-huit ans dans le pays. Mais cela ne s’arrête pas là, car le film n’est pas inscrit dans la présélection des oscars pour le meilleur film étranger brésilien, ce qui a provoqué un scandale outre-Atlantique. Ainsi, si le film est antisystème, et s’il fait une satire très forte de la politique brésilienne, c’est pour faire entendre une majorité qui vit dans la peur.

La destinée du film, c’est donc de devenir le film majeur de la contestation, et de montrer au monde une réalité de vie. Ce film, au-delà de l’histoire particulière de ses personnages, déploie une fresque sur le Brésil d’aujourd’hui, sous forme de tensions et de rapports de force entre les plus aisés et les plus pauvres.

Préparez-vous donc à voyager au Brésil car la mise en scène de Kleber Mendonça Filho, forte de plans-séquences, permet une immersion quasi-totale. La musique traditionnelle brésilienne utilisée pendant tout le film est là pour renforcer cette impression. De plus, la lumière douce et chaude distillée par les deux chefs opérateurs Fabricio Tadeu et Pedro Sotero nous laisse l’illusion d’un Brésil chaleureux et festif.

Ainsi si l’on regrette que ce film soit reparti bredouille de Cannes, il restera la palme du cœur pour bon nombre de critiques.

Xavier Bertrand

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