Confessions d’un ancien gigolo #1/4

Pourquoi m’avoir raconté tout ça ? « J’en avais besoin. Je ne m’étais jamais livré comme ça auparavant. Même ma femme n’a aucune idée de ce qui se passe dans ma vie. J’avais besoin de parler mais maintenant j’ai peur. Peur de savoir que quelqu’un connait autant de choses sur moi. »

Etienne est un ancien collègue de travail. Nous avons travaillé ensemble quelques mois, le temps de faire un peu connaissance et de partager nos anecdotes à la pause clope. Je connais son histoire mais aujourd’hui je veux en savoir plus. Six mois que je ne l’ai pas vu. Les retrouvailles sont chaleureuses. Je lui propose un verre, « whisky-glaçon s’il te plait », autre chose?, « Je peux me faire un rail ? », « Je t’en prie », « Sur l’imprimante là c’est bon ? », « Oui oui, vas-y ».

Jeunesse 

Etienne* est un enfant des cités lyonnaises. Issu d’une famille populaire, ses parents n’ont jamais eu beaucoup d’argent, juste ce qu’il faut pour nourrir leurs enfants, et encore « des fois, on mangeait au Secours populaire ou aux Restos du Cœur ». Une enfance restreinte, frustrée, de laquelle il ne conservera que des fantasmes inassouvis.

À l’aube de son adolescence, son tissu familial, son seul repère, se déchire : ses parents divorcent. « Ma mère m’annonce à ce moment-là que le père qui m’a élevé n’est pas mon père biologique. » Il encaisse difficilement la nouvelle.  « À partir de là j’ai commencé à faire un peu de la merde ». Cambriolages, vols de voitures, vente de shit, il s’engouffre dans un cercle vicieux, toujours dicté par « l’appât du gain ». Il en veut toujours plus, toujours plus que ce qu’il n’a pas eu étant jeune. Encore ado, il fait une livraison de shit sans permis et provoque un accident. Il est placé en foyer à Grenoble.

Dès sa majorité il revient dans la région lyonnaise, se fait héberger par un ami, trouve une « petite gonzesse », et fait des petits boulots. Etienne retrouve enfin un semblant d’équilibre mais ses vieux démons le rattrapent. « J’avais toujours besoin de faire des conneries, l’appel du gain, l’appel de l’argent. » Comme une revanche sur la vie, il s’achète en 2001 une Opel Astra Bertone cabriolet. « Avec ça je pouvais montrer à tout le monde que le merdeux qui bouffait aux Restos du Cœur, et bah il avait réussi ». Pour payer tout ça, il monte un petit réseau d’escroquerie :

 

Quand les flics ne sont pas loin

Finis les foyers et les juges pour enfant, Etienne est majeur, s’il continue sur sa lancée, c’est la taule qui l’attend. Maintenant les flics le suivent, il le sait.

« Un jour, je vais acheter une voiture dans un garage et il me fallait du cash. Alors je vais au tabac du coin, je fais une carte bleue et j’achète vingt cartouches de Marlboro. Et là je ne sais pas pourquoi, elle a peut-être trouvé ça louche, mais la buraliste elle est sortie et a relevé ma plaque d’immatriculation. Donc l’enquête est partie comme ça. Elle appelle les flics, qui sont renvoyés sur le garage vu que je n’avais pas encore fait les papiers. Le mec du garage leur donne mon nom. Je retourne au garage la semaine d’après et le mec me préviens gentiment « Fais attention t’es suivi, les flics m’ont parlé de toi. » ».

Etienne doit se faire oublier, il part en Corse chez un ami. Pas de téléphone, il travaille au « black ». Au bout d’un an, en 2002, il remonte sur Lyon pour assister aux fiançailles de son meilleur ami. « Je passe l’aéroport sans problème. Le lendemain les flics viennent me chercher chez mon pote ». Garde à vue, déféré devant le parquet, bracelet, interdiction de sortie de territoire, obligation de travailler et d’indemniser les victimes.

Sylvain Poulet

*Les noms des protagonistes ont été modifiés.

 

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