Justin Trudeau, promesses tenues? #2/2

Le 19 octobre 2015 était élu Justin Trudeau. Premier Ministre du Canada depuis un an, beaucoup parlent de sa « politique positive ». En effet, cette année, les observateurs diront qu’il est parvenu à effacer les années Harper et qu’il s’est montré très impliqué dans la communauté canadienne. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, sa politique n’est pas tout à fait parfaite…

Le 20 septembre 2015, alors en campagne, Trudeau avait fait la promesse suivante : « Nous n’achèterons pas les avions F-35. »

Ces 65 avions F-35 Lightning II, censés remplacer les avions CF-18 de l’armée canadienne – vieux de 30 ans – avaient été provisoirement achetés par le gouvernement Harper pour environ 25 milliards de dollars canadiens en 2010. Mauvaise pioche pour les conservateurs. Le coût de ces avions a été sous-évalué, a révélé une enquête de la chaîne CBC pour l’émission The fifth Estate, (que l’on pourrait comparer à l’émission française Cash Investigation) que vous pouvez regarder intégralement ici. En effet, le coût des 65 avions serait égal à 45,8 milliards de dollars canadiens. Soit 20 milliards de plus que prévu. On sait que l’erreur est humaine mais quand même…

Quoi qu’il en soit, annuler l’achat planifié de ces avions de chasse F-35 pour 45,8 milliards de dollars pourrait être critique. En effet, le constructeur Lockeed-Martin pourrait intenter un procès et ainsi mettre en difficulté le budget du pays pour non-respect du contrat. Affaire à suivre.

F-35 Lightning II

Le dossier des F-35 est particulièrement compliqué à gérer pour le cabinet Trudeau. (Crédit : Getty Images)

Le Premier ministre est également revenu sur la décision de mettre fin à la livraison par Postes Canada du courrier à domicile.

En effet, le courrier est livré dans des boîtes communautaires depuis 2013. C’est le résultat d’une réforme drastique faite par Stephen Harper.

Pour rétablir la livraison du courrier à domicile, les libéraux ont mis en place, dès leur arrivée au pouvoir, un comité pour examiner la situation et formuler des recommandations au gouvernement avant la fin de l’année 2016. Mais ce comité est critiqué. En effet, beaucoup pensent que ce genre de « parades » est utilisé pour gagner du temps.

Derrière l’image de Premier ministre « propre » véhiculée par les médias se cache, selon certains, un Premier ministre « mou » et beau parleur. Selon les mots de Richard Martienau, du tabloïd Le journal de Montréal, « Analysez chaque mot prononcé par Justin Trudeau devant l’ONU et vous vous retrouverez avec… rien. De l’air. Des bulles. ».

Vive le Québec libre ?

Prononcée affirmativement par le Général De Gaulle le 24 juillet 1967 lors d’une visite à Montréal, cette phrase provoqua une grande crise diplomatique entre la France et le Canada. Car attention, le Canada n’est pas le Québec et vice-versa !

L’histoire du Québec a été marquée par différents mouvements nationalistes. Le parti québécois a longtemps exprimé son mécontentement envers Justin Trudeau. Et la question de l’indépendance pour la Belle Province est d’actualité, d’autant plus suite au BREXIT.

Mais Trudeau ne l’entend pas de cette oreille et bien qu’il ait déclaré en juillet 2016 que le Québec, comme le Canada, était une nation, le Premier ministre a nuancé ses propos l’instant d’après:

 « Nous avons besoin d’infrastructures, de traiter les eaux usées, d’améliorer les transports en commun. Les Québécois veulent des gouvernements qui travaillent ensemble pour construire un avenir meilleur, pour créer des emplois. Et c’est exactement ce que nous faisons. »

En résumé : les intérêts de la nation prévalent sur les intérêts de la province.

Néanmoins, ces critiques sont vite happées par les actions positives du Premier ministre. Comme vous l’aurez sûrement compris, Trudeau (se) dépense beaucoup. Il accroît le déficit de l’Etat, mais stimule l’économie. Rééquilibrer le budget du pays d’ici 2020 va être compliqué…

Justin Trudeau Li Keqiang

Le Canada a réaffirmé son envie d’établir un partenariat avec la Chine ces derniers mois. Ici, Justin Trudeau et Li Keqiang, Premier ministre chinois se serrent la main le 31 août à Pékin. (Crédit : Adrian Wyld/CP)

Dernièrement, les négociations avec la Chine vont bon train. En 2025, Trudeau souhaiterait doubler le commerce bilatéral. Il faut savoir que la Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada derrière les Américains. Le rapprochement avec la Chine est intéressant, car le Canada pourrait avoir des ouvertures sur son siège au conseil de sécurité de l’ONU qu’il convoite particulièrement.

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Le Premier Ministre français Manuel Valls est venu rendre visite à Justin Trudeau dans le cadre du traité de libre-échange Canada-Europe (Crédit : Le Monde.fr)

Bilan

Alors, que retenir de cette première année de Premier ministre ? Et bien que Justin Trudeau est un homme politique qui tient la majorité de ses promesses, mais aussi qu’il n’hésite pas à se donner le temps de la réflexion pour pouvoir mieux les appréhender. Et cela lui réussit à tel point qu’une Trudeaumania est effective !

Un gouvernement étonnant, une politique tournée vers le pluriculturalisme, contraire au standard du moment et antimilitariste ; le Canada grandit. Et les pays européens, en première ligne sur la scène internationale, sont en admiration devant un pays qui cherche à y accéder.

Cela peut rappeler une phrase de la version anglaise d’Ô Canada :

« Avec les cœurs rayonnants, nous te voyons prendre ton essor. » Oui, le Canada a de beaux jours devant lui.

Thomas Woloch

 

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