Retour sur l’Affaire Omar Raddad

 

Il y a 25 ans, Omar Raddad, jardinier, est accusé d’homicide volontaire pour le meurtre de son employeur, Ghislaine Marchal. Le crime se déroule à Mougins, dans les Alpes-Maritimes, le 23 juin 1991. C’est le début d’un feuilleton judiciaire qui connaitra de nombreux rebondissements. Récemment, de nouvelles empreintes digitales ont été découvertes sur les lieux, de quoi relancer l’affaire.

Les faits : « Omar m’a tuer » 

L’affaire Omar Raddad remonte à 1991. Ghislaine Marchal, née Renty, est la riche veuve d’un équipementier automobile. C’est également la belle-sœur du bâtonnier Bernard de Bigault, ancien avocat des ministères de la Justice, de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Le 24 juin 1991 au soir, les gendarmes sont alertés par ses amis : elle ne donne pas de nouvelles depuis le jour précédent. Ghislaine aurait notamment dû participer à un diner la veille. Vers 19h, les gendarmes pénètrent dans sa villa La Chamade à Mougins. Après avoir inspecté toutes les pièces, ils descendent au sous-sol où ils découvrent le corps inanimé de Ghislaine Marchal. Sur la porte menant à la cave on retrouve l’inscription « Omar m’a tuer », plus loin, sur une autre porte « Omar m’a t ». Le tout écrit avec le sang de la victime.

Des mots qui désignent clairement un coupable, malgré le manque d’empreinte digitale : Omar Raddad, jardinier de la victime. L’homme est tout de suite soupçonné des faits et recherché activement par la police. Ne se trouvant pas à son domicile habituel au Cannet, les gendarmes craignent le pire : qu’il ne soit déjà rentré dans son pays natal, le Maroc. Il sera finalement à Toulon avec le reste de sa famille pour fêter l’Aïd, une fête religieuse musulmane. Un élément important pour l’enquête car le 27 juillet, la date du crime est fixée par trois médecins légistes au lundi 24 juin 1991. Malgré cet élément essentiel, l’enquête retient comme date du meurtre le 23 juin 1991. La défense s’appuiera sur cet élément pour invoquer une pression du juge qui aurait fait avancer le moment du crime au 23 juin car le 24, Omar Raddad avait un alibi.

L’enquête : un manque d’éléments d’accusations 

Les résultats de l’autopsie de Ghislaine Marchal sont dévoilés. Elle révèle un corps percé d’une dizaine de coups par une arme tranchante, une gorge profondément entaillée, une éventration, un crâne fracassé par au moins quatre coups ayant provoqué un œdème cérébral, un poignet cassé, un doigt fracturé et une phalange presque sectionnée à la main gauche. Des blessures qui peuvent laisser imaginer une bagarre.

Les enquêteurs vont s’intéresser à la journée du 23 (date retenue pour l’assassinat). Interrogé, Omar Raddad explique avoir travaillé dans la matinée chez Francine Pascal, une voisine résidant à environ 800 mètres de la propriété de Ghislaine Marchal. De 12h à 13h10 il s’absente pour déjeuner chez lui. Sur le chemin il s’arrête dans une boulangerie du Val de Mougins et croise des voisins dans la cour de son immeuble. Ces derniers confirment sa présence mais ne se souviendront pas l’avoir croisé ce jour-là. Il indique enfin s’être arrêté à une cabine téléphonique pour appeler sa femme à Toulon, ce qui fut confirmé par France Telecom. Il reprend le travail vers 13h10 au Mas Saint-Barthélemy chez Madame Pascal. Selon l’accusation et la partie civile, la fille de celle-ci se serait étonnée de le voir travailler aussi tôt alors que son activité ne reprenait généralement qu’à 13h30 : Omar Raddad lui aurait répondu qu’il rattrapait du retard. Quant à sa journée du 24, il était à Toulon avec sa famille.

La justice n’est pas convaincue par ses alibis et estime qu’il aurait eu le temps d’assassiner Ghislaine Marchal pendant sa pause déjeuner du 23 juin. Les enquêteurs vont surtout s’appuyer sur la dispute entre le jardinier et son employeur liée aux demandes d’avance sur le salaire. En effet, la semaine précédant le meurtre, Ghislaine Marchal aurait partiellement refusé cette demande.

Le procès : une Affaire Dreyfus bis

Malgré la tentative des avocats d’Omar Raddad d’invoquer un non-lieu en se référant à des présumés manquements dans la procédure, le procès s’ouvre le 24 janvier 1994. Il est accusé d’homicide volontaire par le juge d’instruction Jean-Paul Renard. Après plusieurs semaines d’audiences, entre de nombreuses accusations infondées – comme la fréquentation de prostituées par Omar Raddad, fait démenti, ou un travail bâclé des gendarmes – et une défense incertaine -, le 2 février au soir, Omar Raddad est condamné à 18 ans de réclusion criminelle. Maitre Vergès, son avocat, prononcera à ce moment une phrase qui marque les esprits : « C’est la célébration de l’anniversaire du centenaire de l’Affaire Dreyfus. Il y a cent ans, on condamnait un officier qui avait le tort d’être juif, aujourd’hui on condamne un jardinier parce qu’il a le tort d’être maghrébin ».

Alors que l’enquête continue du côté de la défense, deux ans après l’emprisonnement d’Omar Raddad, Jacques Chirac, à l’époque président de la République, lui accorde la grâce présidentielle. Sa peine est ainsi réduite de 4 ans et 8 mois. Plus tard, on découvrira que la grâce présidentielle est menée par accord secret, avec le roi Hassan II, prévoyant en échange la libération d’un Franco-Marocain détenu au Maroc.

Omar Raddad est libéré le 4 septembre 1998. Même s’il retrouve sa liberté, l’homme fait quarante-cinq jours de grève de la faim et a tenté de mettre fin à ses jours en avalant des lames de rasoir.

 

De nombreux rebondissements : Omar Raddad, prochainement innocenté ? 

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Chronologie des grands rebondissements de l’affaire Omar Raddad. (Crédit : Reuters)

Récemment, de nouvelles traces ADN ont été retrouvées par les enquêteurs. Il s’agit d’empreintes digitales d’un autre homme répertorié dans le fichier national des empreintes génétiques. Cet homme aurait donc déjà commis d’autres crimes.

Des éléments qui permettent de redonner espoir à Omar Raddad dans sa lutte continuelle pour se faire réhabiliter. Son avocat, Me Sylvie Noachovitch, a déclaré au micro de France 2 : « Omar est très content car il voit qu’il y a une avancée. Ça fait un an qu’il attendait les résultats et enfin il y a eu une inscription au fichier national génétique et une personne sera, enfin, interrogée. »

C’est un nouvel élément déterminant pour l’enquête. Désormais, il faut trouver ce nouveau suspect et l’interroger. Une procédure qui durera sûrement encore quelques années, devenue l’un des plus grands mystères judiciaires français.

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Dessin de presse qui réagit aux récents rebondissements de l’affaire Omar Raddad. (Crédit : Noder)

 

Julie dos Santos

 

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