Au pair : du rêve américain à l’enfer

En 2016, le séjour au pair est de plus en plus répandu. La jeune génération française n’hésite plus à allier voyage, travail et apprentissage d’une langue. En France, il existe douze agences agréées pour les séjours au pair. Que ce soit en année sabbatique ou à la fin de ses études pour prendre son élan avant de se lancer dans le monde professionnel, le séjour au pair permet une véritable immersion dans le pays choisi. Seulement, parfois, le rêve se transforme en cauchemar.

 

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Au pair aux Etats-Unis : le grand voyage vers l’inconnu. (Crédit photo aurelixandcie.com)

« Les parents de ma famille d’accueil m’ont virée sans préavis », « Les enfants dont je m’occupe sont insolents et imbuvables avec moi, et les parents ne disent rien », « Ils me préviennent à la dernière minute quand ils veulent que je fasse des heures en plus et ne me payent pas pour ça », « J’ai été mise à la rue sans aucune raison, je suis seule et je ne sais pas quoi faire ». Voici les quelques témoignages que l’on peut trouver sur les groupes destinés aux jeunes filles au pair aux Etats-Unis sur les réseaux sociaux. Les filles – et garçons – au pair ont entre 18 et 22 ans, pour la plupart, et partent pour la première fois loin de chez eux.

A la fin de l’été, Marie, vingt ans, revient tout juste de Floride. Elle dresse un bilan doux-amer de son expérience de jeune fille au pair.

Combien de temps avez-vous passé aux Etats-Unis en tant que jeune fille au pair ? 

« J’y suis restée à peine un mois et demi, j’y étais partie pour un an voire plus. Je voulais vraiment que tout se passe bien. »

Qu’est-ce qui n’a pas marché dans votre expérience ? 

« Dès mon arrivée aux Etats-Unis, la famille que j’avais choisie a été très désagréable. Ils n’étaient pas vraiment accueillants, et m’ont immédiatement considérée comme leur employée. Et ce, alors que j’avais échangé avec eux via Skype à plusieurs reprises, et que tout se passait bien. Les trois filles dont je devais m’occuper étaient différentes des enfants en France. L’éducation américaine est aux antipodes de celle d’ici. Aux Etats-Unis, les enfants ont des Ipads à cinq ans, ils mangent des sucreries le matin et ne peuvent pas vivre sans la télévision, et les parents cautionnent tout ça ! Les filles m’insultaient sévèrement devant leurs parents lorsque je leur refusais quelque chose, et tout se passait dans l’indifférence la plus totale. Je me sentais sans cesse humiliée. »

Comment s’est passé la suite ? 

« J’ai commencé par en parler à la personne qui s’occupe de mon dossier dans l’agence avec laquelle je suis partie. Je lui ai dit que je ne me sentais pas bien dans la famille, que j’étais une employée, que je ne partageais rien avec eux. Elle a voulu tenter une médiation, mais les parents ont très mal pris ma réaction, et ont voulu que je m’en aille. Vient ensuite la phase de « rematch », au cours de laquelle l’agence remet notre profil sur leur site internet, afin qu’une autre famille nous choisisse. J’en ai eu beaucoup d’autres qui m’ont choisie, mais j’étais devenue trop méfiante. En parlant avec d’autres jeunes filles au pair, je me suis rendue compte qu’une bonne expérience se fait de plus en plus rare. J’ai donc choisi de revenir en France. »

Les agences de séjours au pair irresponsables ? 

Parmi la dizaine de jeunes gens rencontrés, tous pointent du doigt un responsable : les agences de séjour au pair. Sophia, vingt ans, est restée un mois et demi à Los Altos, près de San Francisco. Comme Marie, elle s’est très vite sentie à l’écart dans sa famille américaine. Pour elle, le problème repose essentiellement sur la mauvaise gestion des agences de séjours au pair. « Certaines n’ont que des bureaux en France et pas aux Etats-Unis. Les LCC (Local childcare consultant) sont censées s’occuper de nous aux Etats-Unis, suivre nos dossiers et nous aider à régler nos différends avec la famille. »

Un rôle qui, selon Thomas, vingt-deux ans, n’est pas du tout respecté dans son ensemble. « Lorsque j’ai eu des mésententes avec ma famille d’accueil au sujet de vaccins qu’ils exigeaient que je fasse, et que je ne voulais pas faire, j’ai été mis à la rue. Je me suis retrouvé seul à New York. J’ai appelé ma LCC qui a refusé de m’accueillir chez elle. Et je ne suis pas le seul à avoir vécu cette expérience. Le problème, c’est que la plupart d’entre elles sont de jeunes américaines qui font ça en supplément de leur job, et elles ne prennent pas souvent leur rôle à cœur. »

Pas le droit à l’erreur 

Avant d’atterrir sur le sol américain, le cheminement est long avant de pouvoir prétendre à la vie de jeune fille ou de jeune homme au pair. Une fois l’agence choisie, il faut dresser un dossier dans lequel le prétendant expose ses références, se présente en anglais et en français. L’aval de l’agence accordé, le profil au pair est mis en ligne sur son site web. Chaque famille américaine peut ainsi naviguer sur le site et explorer les différents profils. Cette technique soulève un véritable problème pour beaucoup de prétendants : ils sont positionnés de façon passive dans la recherche. Léa, dix-huit ans, a passé un an à Miami. Même si son expérience s’est très bien passée dans l’ensemble, ce ne fut pas le cas au début. « Quand je suis arrivée dans ma première famille d’accueil, j’ai eu beaucoup de problèmes avec eux. Alors j’ai décidé de changer. La phase de rematch est insupportable, on se sent impuissant. J’ai eu la chance qu’une bonne famille me choisisse, mais qu’en est-il pour celles et ceux qui enchainent les mauvais feelings avec les familles qui s’arrêtent sur leur profil », se demande-t-elle. Une question qui reste sans réponse de la part des agences au pair face aux plaintes des prétendants. Il semblerait alors que le job d’au pair soit un perpétuel jeu de hasard.

Un travail en amont nécessaire

En revanche, il est important de relever une tout autre dimension : le trop plein d’attentes des prétendant.e.s au pair. Comme le soulève Delphine, présidente de l’UFAAP (Union Française des Agences Au Pair : « Il est de l’entière responsabilité des agences d’aborder toutes les possibles désillusions d’un voyage au pair. Il y a souvent un certain décalage entre les attentes de ces jeunes gens et le job au pair ; ils ne sont pas invités, on attend d’eux qu’ils travaillent, les parents leur confient ce qu’ils ont de plus cher au monde. » Delphine concède cependant la part de responsabilité des familles américaines : « Les au pair ont souvent du mal avec l’éducation américaine mais il est vrai que certaines familles oublient qu’ils sont jeunes et qu’ils ne sont pas des professionnels. C’est à nous, agence au pair, de parler de tout cela en amont », poursuit-elle, en précisant qu’il existe toujours des cas isolés et des mauvaises expériences.  Marie l’avoue d’ailleurs : « Même si les torts sont partagés, je pense que je me suis fait beaucoup trop d’illusions sur ce voyage, j’ai sous-estimé le côté babysitting. »

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« Certains jeunes oublient la dimension du travail qu’est l’au pair, ils ne voient que le voyage parce que c’est aujourd’hui le moyen le plus économique de voyager », estime Delphine » (Crédit photo : http://www.europusa.com)

 

Bien que le voyage au pair semble parfois s’apparenter à un jeu de loterie, dans lequel la quête de la famille parfaite est hasardeuse, les dérives et responsabilités sont à nuancer. La frontière est fine entre voyage et travail, et il est important de partir avec les bonnes motivations et un brin de lucidité. Personne n’est à l’abri d’une mauvaise expérience mais certaines agences au pair françaises se doivent de ne pas oublier qu’il s’agit d’êtres humains et non pas uniquement de business.

Sarah Mannaa

 

 

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