Centre de répit, pourquoi autant de méfiance ? #2

Dans le cadre du démantèlement de la « jungle » de Calais, les migrants doivent être répartis dans des centres de répit d’ici fin 2016. Cependant ils sont nombreux à refuser de s’y installer et à rester sceptiques.

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Le gouvernement va « poursuivre avec la plus grande détermination » le démantèlement du camp de Calais, avait déclaré Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, début septembre dans Nord Littoral. (Crédit photo : Art in the jungle (http://artinthejungle.weebly.com/ )

Depuis le début du démantèlement de la « jungle » de Calais et malgré la promotion par l’exécutif des centres de répit, moins de 3 000 migrants ont accepté de s’y installer. La perspective d’intégrer un CAO (Centre d’accueil et d’orientation) ne leur inspire pas vraiment confiance. Afin d’y voir plus clair, la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars)  a mené une enquête. L’organisme qui regroupe 870 associations accueillant des publics démunis, a laissé un questionnaire en ligne à destination des gestionnaires de CAO du 28 janvier au 15 février 2016. Vingt-sept CAO (sur une centaine en France) ont accepté d’y répondre.

Des réticences à intégrer un CAO

Toutes les associations indiquent accompagner, sur le plan administratif, social et sanitaire, les personnes accueillies dans leur centre, que ce soit directement par leur service ou en les orientant vers d’autres structures. Cependant l’enquête fait état d’un problème majeur. 78% des associations gestionnaires de CAO considèrent que « les personnes sont mal informées à leur arrivée dans les centres ». Selon ces derniers, on « survend » ces structures. Un CAO de Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées témoigne : « Les personnes montent dans le bus à Calais parce qu’elles sont éprouvées et résignées. Elles arrivent avec des informations « promesses » et donc des attentes disproportionnées par rapport à ce que nous pouvons leur proposer. » Cela amène certains à quitter la structure presque immédiatement après leur arrivée.

Des associations qui militent pour la dignité et les droits des personnes réfugiées et migrantes, comme la Cimade, dénoncent souvent le dispositif. Ce sont moins les CAO que les préfectures auxquelles ils sont rattachés et les méthodes de l’opération nationale que les militants pointent du doigt. Selon eux, le sort des personnes qui intègrent ces centres dépendrait presque d’une sorte de « loterie ». « On peut bien tomber (dans une préfecture compréhensive et favorable à l’arrivée de réfugiés) ou très mal (et c’est le renvoi, soit à la frontière, soit dans un pays qu’on a quitté, potentiellement en guerre) », relevait un bénévole actif depuis plusieurs années à Calais dans un article de La Cimade.  Tout dépendrait des différents départements et des préfectures qui ont « toute la latitude possible en matière de traitement des dossiers et des procédures de demande d’asile des personnes accueillis en CAO débarquant de Calais ». L’article mobilise par ailleurs le témoignage d’un homme de nationalité soudanaise arrivé dans l’Union Européenne par l’Italie. Pays dans lequel la police l’a obligé à laisser ses empreintes. Il traverse la France et s’installe dans la « jungle » dans l’espoir de passer en Angleterre. Faisant confiance à la promesse du préfet du Nord-Pas-de-Calais d’une installation possible et du droit à une demande d’asile, il accepte d’être placé dans un CAO à Mulhouse. Il est finalement renvoyé en Italie.

Des faits similaires se sont reproduits à plusieurs reprises. Cela n’aide pas à faire la promotion des CAO déjà boudés par les migrants. Malgré ces réticences, l’exécutif semble déterminé. « Un démantèlement complet » d’ici la fin de l’année, a été promis par François Hollande lundi 26 septembre, lors de sa visite à Calais. « Il faudra s’y prendre avec méthode et en même temps avec détermination. Il faudra également le sens de l’humain dès lors que nous avons à faire des transferts vers des centres d’accueil et d’orientation », n’a-t-il pas manqué d’ajouter.

Les personnes souhaitant quitter la « jungle » auraient donc la possibilité de choisir leur CAO. Après communication des dates, horaires et villes de destination, ils se présentent au point de départ le moment venu. Les mésaventures migratoires reprennent : c’est un nouveau départ qui n’est finalement qu’un nouvel exil vers l’inconnu.

Djenaba Diame

 

 

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