[INTERVIEW] Jean Teulé : « Je raconte des trucs sans me prendre pour un écrivain »

Il est aujourd’hui l’un des plus grands romanciers en France. Jean Teulé a dévoilé début octobre son dernier roman, Comme une respiration. Buzzles l’a rencontré à l’occasion du Festival de Mouans-Sartoux.

Il est connu et reconnu pour ses romans historiques, bruts et piquants. Depuis 1990, Jean Teulé a délaissé la bande-dessinée, puis la télévision pour se consacrer à l’écriture. Le magasin des suicides, Charly 9, Le Montespan, … il enchaine les romans historiques. À la cour de Louis XIV, au Moyen-Age ou à la Renaissance, il transporte le lecteur à travers les époques.

Son dernier livre, Comme une respiration, marque un tournant. Quarante nouvelles, spontanées et poétiques, comme autant de bouffées d’air frais. Dans cette actualité troublée, Jean Teulé nous invite à découvrir le monde sous un autre jour. Dès les premières pages, tout est dit. La beauté de la vie, celle du quotidien et des petits riens. De la Bretagne à Marseille, en passant par Nantes, Jean Teulé est allé voir les gens.

Avec sa plume vraie et légère, il rapporte des conversations tout droit sorties de terrasses de cafés. Le lecteur y trouve sa place. Parfois pris à parti, observé ou critiqué. Parfois spectateur, acteur, dans la peau d’un enfant, d’une jeune femme ou d’un passant. Parfois en colonie de vacances, dans les rues d’un village ou à bord d’un train. Chaque histoire est un nouveau voyage, qu’on savoure jusqu’au dernier mot. Rencontre avec l’auteur.

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Comme une respiration, le dernier roman de Jean Teulé est sorti le 1er octobre 2016. (Crédit photo : Editions Julliard)

 

Comment vous y êtes-vous pris pour écrire ce roman ? 

« J’ai rencontré tous ces gens dans des endroits comme ici [au Festival du livre de Mouans-Sartoux Ndlr], dans des dédicaces, des salons du livre, des libraires, chez des copains, ou dans des restaurants. Il y en a une que j’ai trouvée quand je parlais à un serveur, c’est celle de Gilles à la plage, celle du mec qui manque de se noyer. À chaque fois, je leur demandais :  » Est-ce vous avez déjà vécu quelque chose ou au début rien n’allait, mais à la fin, wahou, vous avez respiré ? « . Et alors, des fois les gens disaient non, et des fois « Oui ! Il m’est arrivé ceci, cela. « , et puis voilà. »

Combien de temps vous a -t-il fallu pour récolter toutes ces histoires ? 

« J’ai mis un an. Quand j’allais dans des endroits comme ça, souvent je repartais avec une histoire. Et hop, je récoltais ça. Je me suis dit, j’en fais quarante. Et aujourd’hui elles sont toutes dans l’ordre où je les ai trouvées.

Après ça vient lentement [pour l’écriture Ndlr]. Quand j’écris une page dans la journée, je suis content de moi. C’est petit à petit. Et je fais aussi attention à la musique des mots. Des fois, des gens me disent, « quand je lis votre livre j’ai l’impression d’entendre votre voix qui me le lit », c’est bien ça… »

Pourquoi avoir choisi ce nouveau format de lecture ? D’avoir choisi de ne plus raconter une histoire dans un roman, mais de multiples courtes histoires ? 

« Je voulais faire un livre complètement libre ! Libre, avec un poème dont les deux tiers sont rayés mais qu’on peut quand même lire, de la BD, des images… complétement libre. Je me suis surtout dit que j’avais envie de me renouveler. Souvent les écrivains répètent sans arrêt le même livre toute leur vie. On en a qu’une seule, donc je me suis dit, tiens, je vais essayer de faire autre chose. Sinon, on fait comme Frédéric Dard, raconter toujours les mêmes histoires. Après je change ça, tout comme j’ai eu envie de changer de métier à un moment, la BD, la télé, et maintenant écrire des livres. »

Ces histoires sont simples, extraordinaires et tirées du quotidien. Ce livre sonne comme une réponse à l’actualité sombre qui nous oppresse, que les belles choses sont autour de nous…

« Exactement, je me suis dit, je n’ai plus envie de raconter des horreurs. Il suffit de regarder les infos il y a ce qu’il faut. Je n’avais pas envie de rentrer en surenchère avec les horreurs. J’ai dit je vais faire le contrepied, emmener les gens vers les belles choses du côté de l’espoir.  Dedans, il y a parfois des messages, mais c’est sans alourdir, donc comprenne qui pourra. C’est pour ça que la dernière phrase [de l’histoire « Gare Saint-Lazare » ndlr] est « Ce n’est pas le monde que l’on nous raconte ». J’ai voulu faire un livre léger, mais cette apparence légère est peut-être plus profonde qu’elle n’en a l’air. »

 

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Lors du Festival de Mouans-Sartoux, les nombreux fans de l’auteur ont pris d’assaut son stand pour faire dédicacer leurs livres. (Crédit photo : Antoine Medeiros)

Au Festival de Mouans-Sartoux, Jean Teulé était venu présenter son dernier livre, et il était très attendu. Piles de livres dans les bras, la patience est de rigueur pour approcher l’écrivain. Proche de ses lecteurs, il accueille chacun avec le plus grand des sourires. Sur la table reviennent souvent, François Villon, Charly 9, ses romans historiques. Ceux qui ont fait de Jean Teulé un auteur incontournable de la littérature française.

Pourquoi, lors de vos débuts dans le roman, avez-vous choisi de raconter l’Histoire ?

« Je trouvais qu’à l’école, l’Histoire était intéressante mais qu’on me l’apprenait très mal. Je me suis dit qu’on devait pouvoir raconter l’Histoire aux gens de façon plus passionnante que les profs le faisaient. Et c’est ce que j’ai voulu essayer de faire. J’ai essayé de raconter ça de façon plus rock and roll. C’est super l’Histoire mais c’est toujours des dates, des machins, c’est très scolaire, très embêtant, on doit pouvoir raconter ça autrement. »

Comme vous avez dit, on peut qualifier votre écriture de « rock and roll », piquante, ou encore osée selon certains. Comment la définiriez-vous ? 

« Libre, je fais ce que je veux. De manière générale, je suis libre, et pareil en écriture. Et je raconte les trucs sans me prendre pour un écrivain, je raconte les histoires comme je les raconterais à mes copains. »

Le marquis de Montespan, François Villon ou Charles IX sont des personnalités historiques mais aussi des personnages de vos livres. Comment les choisissez-vous ?

« C’est toujours un peu par hasard. Par exemple pour le Montespan, un jour j’étais chez des copains, puis au moment de l’apéro, il y avait une revue. Je la feuillète et je vois  » Le marquis de Montespan, le cocu le plus célèbre du 17ème siècle « . En trois-quatre lignes il racontait que lorsqu’il a su que Louis XIV était l’amant de sa femme il a fait mettre des grandes ramures de cerfs sur le toit de son carrosse et il l’a fait peindre en noir. Je me suis dit « il est marrant lui ! ». Et puis je me suis mis à chercher des trucs sur lui et c’est comme ça que c’est venu. »

Quelle marge de liberté vous laissez-vous par rapport à la réalité, à l’Histoire ?

« Je n’en prends aucune. Sauf les dialogues, il y en plein de dialogues que personne n’a notés, il faut bien les inventer. Sinon c’est au plus près de la réalité. Pour ça, je me documente à mort. Pendant six mois, je lis ce que je peux sur le sujet en question. Il ne faut pas que les historiens puissent gueuler en disant c’est pas vrai. Je suis super affuté. »

Mariette Guinet

Comme une respiration, Jean Teulé, éditions Julliard, disponible depuis le 1er octobre

 

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