Confessions d’un ancien gigolo #3/4

Etienne est un petit criminel de la banlieue lyonnaise. À vouloir jouer dans la cours des grands, il va se faire arrêter après une cavale d’un an en terre corse. De retour sur le continent, il tourne le dos à ses anciennes fréquentations et part sur la Côte d’Azur. Là-bas, les galères vont s’accumuler et il va devoir trouver de nouveaux moyens de faire de l’argent rapidement. Un homme le convint de devenir gigolo.

La communauté

« À présent, elle a la main sur moi. » L’argent facile a un prix : scènes de jalousies, chantages, filatures, il ne sera plus jamais tranquille. « En plus, … je ne sais pas comment te dire, … c’est comme une sorte de communauté, elle se connaissent toutes … » 

Un soir, Etienne se fait prêter, « Tiens, tu ne veux pas lui remonter le moral ? C’est une bonne amie à moi ». S’il dit non, il est foutu, grillé, elle en trouvera un autre ou alors elle le décrédibilisera au regard de tous. Surtout dans les milieux professionnels, car ces femmes-là ont le bras long. « C’est des femmes qui sont veuves, leurs maris étaient pétés de tunes, elles claquent juste leur argent. »

Etienne tombe dans la dépendance, une dépendance vis-à-vis de cette femme pour qui il doit répondre à chaque appel, être présent dès qu’elle le veut, combler ses besoins… Pour ce libertaire outrancier, être tenu en laisse ne peut plus durer. Psychologiquement, il ne tient plus, il perd énormément de poids, il ne prend plus soin de lui. Les soirées, la coke, l’alcool le détruisent petit à petit. Mais l’appât du gain le maintient dans cet engrenage qui ne cesse de l’user. « À un moment donné, j’en ai eu marre, psychologiquement t’en peux plus, elle t’appelle tu dois être là, il faut que tu t’occupes toujours d’elle, il ne faut pas que tu regardes les autres filles. C’est compliqué à gérer. Il faut lui montrer que tu l’aimes mais elle sait que ce n’est pas de l’amour, elle sait que tu fais ça pour l’argent. Alors elle te dit, « Si t’es un peu plus gentil, je te donnerai une prime ». Alors tu tombes dans ce vice-là. » Etienne avait l’habitude de se faire payer en liquide

Mais des fois elle le payait autrement. Resto, dernier téléphone, dernières lunettes de soleil… Dès qu’il avait besoin de quelque chose il lui demandait, sans lui demander. « J’aimerais bien acheter ça, ah ça c’est beau ça ! Ah je ne suis jamais allé là-bas ! », et là, vêtements, sorties, tout ce qu’il voulait, il l’avait.

Dépendance et routine

Son hygiène de vie est déplorable, alcool, drogue, boites de nuit, pas de travail, il est en roue libre. Quand il « tape » (prendre de la coke, ndlr), il ne dort pas, ne mange pas pendant deux ou trois jours pour finalement s’écrouler de fatigue et se réveiller deux jours plus tard. « Tu tombes dans des vices de merde. Bon après voilà tu prends une routine » :

 

« Après tu t’aperçois que ce n’est pas trop le rapport sexuel qu’elle cherche elle, c’est vraiment le fait que tu leur appartiennes, qu’elle soit pas toute seule. Que quand elle va en soirée elle puisse dire :  » Regarde le petit jeune que je me tape ! «  Même si tout le monde sait qu’elle va me payer. Mais y en a qui sont tarées complet niveau cul. La mienne c’était une fétichiste, elle voulait me taper, me mettre des trucs dans le cul… Là c’est vraiment compliqué à gérer. Et tu te dis : « Je le fais, j’accepte ? ». Etienne se sent sale, « j’étais qu’une pute en vrai ! ».  S’il acceptait ça, d’être frappé, d’être attaché, ça irait trop loin : « je voulais pas vivre ça. Si je fais ça je vais finir comment ? Je vais devenir une épave ? Je passe un cap que je pourrai jamais surmonter et je pourrai jamais fonder une famille. Parce qu’après tout, je voulais avoir une famille quoi. » 

Etienne poursuit : « Ce que veulent ces femmes, c’est retrouver leur jeunesse, l’envie, l’excitation et même s’il n’y a pas de rapport, il faut que tu leur montres que t’as envie d’elles. Alors quand tu bandes pas ! :  » Tu m’aimes pas, je te dégoûte ? Bah dégage alors ! ». En plus moi j’avais besoin de me défoncer pour avoir  » envie « . Et là elle te fait des scènes de malade, dans la rue devant les gens. Un jour elle m’a giflé. Dans la rue. 

-Excuse-moi, j’ai trop bu… Ne me laisse pas en plan comme ça, je sais pas où dormir ce soir.

-Si, tu te débrouilles, t’as fait n’importe quoi ce soir tu m’as soulée.

Elle me tenait. Je lui ai couru après, elle s’est retournée et m’a giflé.

-Met toi à genoux si tu veux dormir chez moi, excuse-toi. »

Etienne s’est mis à genoux, « j’avais honte ». Mais il avait aussi peur, peur de tout perdre.

Sylvain Poulet

*Les noms des protagonistes ont été modifiés.

 

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