Au Venezuela, bonne volonté ou aveu de faiblesse ?

Dans la soirée du lundi 31 octobre les autorités venezueliennes ont libéré trois militants de l’opposition.

Nicolas Maduro, l’actuel président, a abattu ses premières cartes ce lundi 31 octobre en libérant trois militants de l’opposition. C’est l’ouverture des discussions choisies par celui-ci. En effet, les controverses autour du dirigeant socialiste n’ont cessé de croître depuis que la rente pétrolière est en très net recul suite à la baisse des cours, qui avait permis de réduire la pauvreté, et les élections législatives de décembre 2015 qui ont donné la majorité à l’opposition. Celui qui n’est que l’ombre d’Hugo Chavez pour les Venezueliens, inspire même l’idée d’un référendum révocatoire, là où beaucoup voient un geste de bonne volonté, d’autres pensent déchiffrer un calcul politique dans la libération de ces prisonniers. Nicolas Maduro au pied du mur, subissant les retombées d’une politique économique à laquelle il n’a rien apporté, peut difficilement soutenir la pression populaire autour des « prisonniers politiques » encore incarcérés dans son pays. Andres Moreno, Carlos Melo et Marco Trejo sont ces premiers bénéficiaires du dialogue entre le gouvernement et l’opposition.

manifvenezuela

Manifestation pour la révocation de Nicolas Maduro, Caracas, 26 octobre. (Credit : AFP)

« J’espère que ce qui m’est arrivé arrivera à tous les autres »

Accusé d’avoir servi un complot contre le chef de l’Etat en transportant des explosifs (), Carlos Melo, dans une vidéo diffusée après sa libération « espère que ce qui (lui) est arrivé arrivera à tous les autres ». Les autres, ce sont les dizaines d’activistes de l’opposition qui sont mis en prison pour des motifs divers et variés, à l’image de Marco Trejo et d’Andres Moreno suspectés d’avoir nui au « moral » de l’armée venezuelienne à l’aide d’une vidéo de « propagande » selon l’Etat, qui décriait une situation de difficulté financière similaire entre les manifestants et les soldats. Les partisans de la thèse d’un calcul politique justifieront la libération de ceux-ci, en jugeant invalide ce motif d’incarcération. L’opposition a déclaré qu’à ce jour, il existait encore une centaine de prisonniers politiques au Venezuela.

Un bras de fer encore loin de son terme

Malgré cette « bonne volonté » affichée, le gouvernement rappelle que les poursuites judiciaires ne sont pas abandonnées à l’encontre de ceux qui ont fraîchement retrouvé leur liberté. De plus, le meilleur du jeu de Maduro reste les représentants les plus emblématiques du mouvement de l’opposition : Antonio Ledezma, Leopoldo Lopez et Manuel Rosales; ceux-ci étant encore emprisonnés. Pourtant, c’est durant le week-end, en amont de la libération des trois prisonniers, que l’opposition a communiqué au président socialiste ses conditions pour maintenir le dialogue qui n’était autre que la libération de tous les prisonniers politiques et la tenue du référendum révocatoire à l’encontre de Nicolas Maduro. Le secrétaire général de la Table de l’unité démocratique (MUD), Jesus Torrealba, figure incontournable de la coalition de l’opposition, a déclaré, comme voulant représenter l’impasse dans laquelle se dirige M. Maduro et son gouvernement : « Ils doivent nous donner ce référendum révocatoire ou, à défaut, avancer la date des élections présidentielles », celles-ci n’étant pas prévues au Venezuela avant fin 2018.

Harold Girard

 

Publicités