#ANTICOR « La politique veut que l’on soit spectateur »

Samedi 1er et dimanche 2 octobre, l’association Anticor a organisé au campus Saint-Jean-d’Angély de Nice ses universités. Au programme de la dernière table ronde du samedi, « Politique, que changer pour tout changer ? ».

Après une première table ronde autour de la justice, suivie d’un débat sur les médias en début d’après-midi, la première journée des universités d’Anticor s’est conclue autour de la politique sur le thème « Politique, que changer pour tout changer ? ». Pour débattre, Philippe Pascot, auteur de Du goudron et des plumes, Pilleurs d’Etat ou encore Délits d’élus, Yohann Aucante, auteur de l’ouvrage Les démocraties scandinaves, Yvan Richard, représentant de l’association Les jours heureux et Pierre Tafani, auteur de Les clientèles politiques en France.

Ce dernier n’y est pas allé de main morte pour ouvrir le débat. « Dès que Chirac arrivait près de Pompidou, la conversation finissait en une demande de service. » Le chercheur au CNRS en sciences politiques estime que « la clientèle est une triangulation entre la relation humaine, la hiérarchie et la corruption avec laquelle elle joue de manière écliptique. » Des propos qui seront étayés par divers chiffres, relevés lors des élections législatives, à Lille, en 2002. Au moins 25% des électeurs ont voté pour un candidat suite à un service rendu. « Le choix des élus dépend des aides des patrons pour les clients, « le peuple » », estime Pierre Tafani. Face à ce constat, le vote devient de plus en plus compliqué en démocratie, dû notamment à la montée de l’abstentionnisme. « Il y a une augmentation de ce phénomène car il y a un écart plus grand entre l’offre des politiciens et les besoins des citoyens. »

Si, en France, les démissions d’élus sont rares malgré des poursuites judiciaires, les politiques scandinaves, eux, ne restent pas en poste. C’est ce que n’a pas manqué de rappeler Yohann Aucante, prenant l’exemple suédois. « Les trois présidents de la Cour des Comptes en Suède ont démissionné suite à des révélations concernant des pratiques de favoritisme, des délits d’initié, etc. » La faute à quoi ? À qui ? À une loi suédoise sur la liberté d’expression et la transmission de données publiques « qui devrait être inscrite dans le patrimoine mondial de l’Humanité », selon l’auteur de Les démocraties scandinaves. Par ailleurs, Yohann Aucante n’a pas manqué de rappeler que les anciens premiers secrétaires du parti social-démocrate suédois ont démissionné suite à une prise d’intérêt mineure.

 

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Yvan Richard, Yohann Aucante, Philippe Pascot et Pierre Tafani (crédit photo : Maxime Gil)

Remettre au goût du jour la participation de la société civile

Ce qui n’a pas manqué de faire réagir Philippe Pascot par rapport à la situation en France, débutant son allocution par un simple constat. « En France, 396 métiers demandent à avoir un casier judiciaire vierge, même dans les mairies. Et s’il y a une infraction, la personne peut être virée sans indemnité. Mais pour diriger, il n’y a pas de problème si la loi a été violée. » De quoi poser le cadre d’un discours musclé au ton grave. Chapeau vissé sur la tête, l’auteur des Pilleurs d’Etat et Délits d’élus estime qu’un millier d’élus ont un casier judiciaire, qu’importe leurs courants politiques. Pour autant, certains peuvent toucher jusqu’à cinq retraites. Du coup, c’est sans filtre. « Les élus se foutent de notre gueule. » Si les politiques en prennent pour leur grade, Philippe Pascot n’est pas en reste avec les électeurs qui, selon lui, ne voient que leur intérêt dans les diverses élections. « Le Français préfère l’élu truand plutôt que l’honnête puisque la population profite du clientélisme. » De quoi faire basculer le citoyen du statut d’acteur de sa vie à celui de spectateur car « la politique veut que l’on soit spectateur. » Et cela pourrait même faire basculer la démocratie française dans une société « qui s’apparente à la mexicaine », selon ses propres termes.

Mais pour pallier ces dérives constatées par les auteurs, l’association Les jours heureux a vu le jour. L’objectif ? Améliorer la participation de la société civile pour « créer une société de bien vivre afin de créer le monde de demain », selon l’un des représentants de l’association, Yvan Richard. Et de poursuivre sur l’organisation de ce collectif citoyen. « Il réunit cent personnalités de la société civile, de domaines divers et variés, afin de déterminer qu’est-ce que le bien vivre. » L’association veut permettre à la population de se réinvestir dans la vie de la société, et ce, au plus près de chez elle. Les jours heureux cherche avant tout à définir comment le citoyen peut et doit se réapproprier le pouvoir, au niveau local. Car le but est bien simple. « Nous avons la capacité de construire notre propre monde nouveau. ». Bref, une remise à plat du système actuel.

Maxime Gil

 

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