Confessions d’un ancien gigolo #4/4

 

Etienne, petit criminel de la banlieue lyonnaise se fait arrêter après une cavale d’un an en terre corse. De retour sur le continent, il va de voir trouver de nouveaux moyens de faire de l’argent rapidement. Un homme le convient de devenir gigolo. Alcool, cocaïne, sexe tarifé, Etienne se perd petit à petit dans ses vices. S’il veut s’en sortir et avoir ce dont il a toujours rêvé : une ville de famille, il va devoir prendre son destin en main.

Etienne est totalement intégré au réseau, ou plutôt désintégré. Il passe son temps à essayer de s’oublier dans des soirées aux accents cocaïnés, se prêtant à celle qui le maintien dans la dépendance à grands coups de billets verts. Son mode de vie l’écœure autant qu’il l’excite. Lorsqu’une de ses amies vient lui rendre visite, tous les deux sortent dans une boite échangiste de la Côte. « Je l’ai vendue à un mec, pour 200 balles. Tout s’achète, absolument tout. » Son amie ne le saura jamais mais ce soir-là, Etienne avait passé un deal avec l’homme avec qui elle a eu une relation. « Là-bas, peu importe que tu sois gay, lesbienne, hétéro, tu donnes de la coke et du fric à quelqu’un et tu en fais ce que tu veux. » 

Retour aux sources

Etienne ne contrôle plus rien, sa vie lui file entre les doigts, c’en est trop, il s’enfuit et remonte sur Lyon.

 

Mais l’odeur de l’argent le retient encore à son infernal paradis de la Côte. C’est là qu’il se rend compte qu’il aime vraiment ça. Que les soirées, l’argent, ça lui manque.

Les dettes s’accumulent, il redescend sur Cannes. Il essaye de se faire ré-accepter. Mais après l’avoir déçue, c’est trop tard. Et même s’il pouvait y arriver, ça prendrait trop de temps. L’argent, il lui en faut maintenant. Il lui vole alors sa carte bleue, retire le maximum : 5 000 euros et repart sur Lyon. Un acte désespéré et irréfléchi. Elle porte plainte pour abus de faiblesse. La police reconnait Etienne grâce à la caméra du distributeur. Convoqué, les flics seront cléments avec lui. Ce n’est pas la première fois que ce genre d’histoire arrive avec cette femme. Au final, il trouvera un accord à l’amiable, s’excusera et repartira une dernière fois sur Lyon, pour y rester. « Fallait que je change de vie c’était maintenant ou jamais. Mon pote Silvio s’était vraiment dégradé et un autre pote, Benjamin, avait tenté de se suicider. »

Prise de recul

Aujourd’hui, Etienne est marié et a deux enfants. Il magouille toujours un peu, consomme et vend de la coke de temps en temps. Il est toujours poursuivi sur plusieurs affaires et trompe sa femme dès qu’il le peut. Pourtant sa femme, il l’aime, et ses enfants aussi, plus que tout, même si « cette vie-là » l’ennuie profondément. Il pointe toujours au SPIP (Service pénitentiaires insertion et probations) pour éviter la case prison et sait que l’argent dictera toujours sa vie.

« Moi dans ma vie, j’ai beaucoup galéré. Mes parents n’avaient rien. Je ne regrette pas cette expérience à Cannes. Toutes les choses que j’ai faites ou toutes les personnes que j’ai rencontrées dans ma vie, je leur ai pris quelque chose qui m’a fait grandir. Soit elles m’ont ouvert des portes soit elles m’ont enfoncé, mais à chaque fois j’apprenais. Quand ça va mal, c’est vrai que tu te remets en question. Quand t’es tout seul, tu dis que si tu n’avais pas fait ça tu serais peut-être pas dans la merde aujourd’hui. Mais quand ça va bien tu te dis que tout ça t’a apporté quelque chose et que tu ne serais peut-être pas le même homme aujourd’hui. »

C’est la dernière fois qu’on se voit. Il y a quelques heures il était au tribunal. Ce soir, il doit rendre visite à la femme de son pote pour lui dépanner 10 000 euros en cash. Traqué par ses démons du passé, il ne cherche plus à les fuir.

Sylvain Poulet

*Les noms des protagonistes ont été modifiés.

 

Publicités