[INTERVIEW] Climat : quels seront les grands changements ?

Pluie, soleil, catastrophes naturelles, le futur météorologique et climatique est assez flou. Nicolas Martin, maître de conférences à l’université Nice Sophia Antipolis et responsable du Master 2 Climat, Risques, Environnement, Santé (CRES) a répondu aux questions de Buzzles.

On attend un hiver très froid en Europe cette année. Mais projetons-nous un peu plus loin, en 2050. Comment sera le climat en France ?

En France, il faut rajouter un petit degré de plus, la température est le changement que l’on sait le mieux prévoir. Les températures vont être plus douces, plus chaudes; plus doux l’hiver, plus chaud l’été, mais cela va dépendre des régions.

On risque d’avoir très chaud sur la Côte d’Azur alors ?

Effectivement. Ici, il va se poser le problème de la chaleur, on aura des étés très chauds. Plus chauds et plus secs que maintenant. Le climat méditerranéen est caractérisé par des étés secs, sans pluie. Mais dans plusieurs années, la longueur des étés va s’agrandir, avec une absence de pluie à partir de juin jusqu’à mi-septembre. On aura alors une sécheresse plus importante.

Les catastrophes naturelles seront-elles plus fréquentes ?

C’est ce qu’on peut voir dans les médias notamment. On dit qu’il y aura plus de catastrophes naturelles, car le système climatique terrestre va se réchauffer. A cause de l’effet de serre, il y aura plus d’énergie dans le système climatique. Les scientifiques disent en général : plus d’énergie, plus d’événements climatiques extrêmes. Mais on ne connaît pas leur localisation, ni si c’est le nombre d’événements qui va augmenter ou leur violence. Quand on parle des cyclones, on voit qu’aujourd’hui il n’y a pas plus de cyclones dans le monde, mais c’est leur intensité qui a légèrement augmenté.

Pas simple de prévoir de tels événements alors ?

Il faut savoir que la météo, c’est sur du court terme, sur une dizaine de jours et les modèles climatiques ne sont pas faits pour prévoir la météo même si on modélise jour après jour. Il faut faire des moyennes sur du long terme. Mais restons prudents, il y aura plus d’énergie dans le système, ça c’est une certitude, mais de là à dire que cela va se traduire par des épisodes extrêmes, je n’en suis pas persuadé.

Parlons cinéma maintenant, les films catastrophes ont tendance à montrer des tsunamis engloutissant des villes entières, des villes se transformer en désert ou en véritable pôle Nord. C’est vraiment ce qui nous attend ?

Dans le film « Le jour d’après » par exemple, le fond de l’histoire n’est pas totalement faux : le courant du Gulf Stream est stoppé à cause de la fonte des glaces. La circulation océanique a une influence majeure sur le climat à l’échelle planétaire et européenne, si le Gulf Stream était stoppé dans le futur, il y aurait effectivement un refroidissement en Europe. Mais dans la réalité les échelles de temps seront beaucoup plus longues que dans le film, un demi-siècle et non quelques jours.

Quelques images du film à découvrir dans cette bande-annonce :

On s’attend à des changements climatiques, mais auront-il une influence sur nos vies ?

Cela va modifier notre façon de cultiver certaines ressources alimentaires notamment s’il n’y a plus d’eau disponible. Pour certaines cultures, il y aura forcément des migrations. Le climat changeant va avoir des conséquences sur nos ressources alimentaires. On peut parler de tout ce qui est céréales, qui nourrissent les bovins par exemple. Cela ne veut pas dire qu’on aura moins de céréales pour nous, mais il y aura moins de céréales pour les animaux.

Le monde ne fait-il rien pour changer les choses ?

Les objectifs de l’accord de Paris signé l’année dernière, c’est de ne pas attendre les conséquences que nous sommes en train de subir, c’est à nous de modifier notre façon de vivre et de manger pour qu’on éviter de rejeter autant de gaz dans l’atmosphère. Manger de la viande rouge est extrêmement émetteur en termes de gaz à effet de serre. Ce sont des animaux qui rejettent énormément de méthane et donc si on veut éviter de devoir faire migrer nos plantations, car le climat change, il faudrait qu’on change notre façon de manger.

Changer notre alimentation est donc la solution ?

Il ne faut pas non plus changer d’alimentation complètement, il faut plutôt éviter le lait, la viande rouge et les tomates cultivées sous serre. On peut adapter notre alimentation en fonction de ce que l’on sait sans changer nos types d’aliments. On s’attend à un impact sur notre terre, à nous de changer notre impact.

Les frontières vont-elles changer, des îles vont-elles disparaitre ?

A priori non, il faudra que le niveau de la mer prenne plus d’un mètre en 34 ans, cela me paraît un peu court. C’est au maximum un mètre entre le début du siècle et la fin. Avec un mètre, il n’y aura pas des îles qui disparaîtront complètement, mais elles risquent d’être réduites en superficie.

Est-il est encore temps de changer les choses ?

En fonction de ce qu’on va faire dans les décennies qui viennent les changements ne seront pas les mêmes. Il y a différents scénarios prévus, mais c’est vrai qu’en fonction de ce qu’on va faire dans les années qui viennent, le climat ne va pas évoluer de la même manière. Il évoluera jusqu’à la moitié du 21ème siècle quels que soient nos comportements. Les différences majeures sont pour la fin du siècle et les siècles qui viennent. Les processus qui sont engagés, sont engagés pour des décennies et pour des siècles. Qu’on émette plus ou moins de gaz à effet de serre, cela ne changera pas franchement les choses d’ici à 2050. Cela sera pour la suite.

Propos recueillis par Lou David

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