L’amour avec la terre

Les écosexuels font de la Terre leur amante. A Sydney, cette minorité peut vivre librement sa relation sexuelle avec la nature, grâce à l’« Ecosexual Bathhouse ». Une maison insolite, créée par un duo d’artistes. L’occasion pour Buzzles de revenir sur cette nouvelle génération d’écologistes.

« Si les humains peuvent apprendre à aimer l’environnement, peut-être qu’ils peuvent apprendre à le préserver ». Plus qu’une hypothèse, le duo Pony Express en a fait une idéologie. Composé d’une artiste, Loren Kronemyer et d’un metteur en scène Ian Sinclair, ce collectif a créé l’Ecosexual Bathhouse. Sur un plateau organisé comme une maison en six pièces, les participants apprennent à faire l’amour avec la terre. La Bathhouse a ouvert son antre insolite la première semaine de novembre au Sydney LiveWorks Festival. Pendant une heure, les participants vagabondent dans les lieux pour vivre un moment intime avec la nature.

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Les deux artistes se sont rencontrés en 2013 lors d’un festival de performances intimes. (Crédits :  Pony Express)

A l’entrée, un maître de cérémonie accueille les écosexuels en leur distribuant quelques accessoires. Les plus prisés : des « morphes ». Aussi dits jouets biologiques. Un préservatif pour doigt, un spray lubrifiant ou un gant en cuir grippant… Tout pour aider à la satisfaction.

Au fil du parcours, les participants s’arrêtent dans la « Chambre de pollinisation », où ils sont invités à faire reproduire, voire hybrider, des variétés de plantes. Puis ils passent dans la salle de « Ressource naturelle ». Là, des magazines et des films pornographiques sont mis à disposition, mettant en scène des acteurs dans la nature. Plus loin, sur une table, sont disposés des parfums de phéromones (abeille, boue, musc…), et une baignoire remplie de terre dans laquelle il faut plonger un bras pour ressentir la matière. La dernière étape est la « Chambre de la divinité ». Les participants, allongés sur un lit, y sont enlacés dans d’épaisses feuilles et bercés par le son d’une pluie tropicale. Le port de lunettes à effet psychédélique est obligatoire. Il s’agit là d’une pause bienheureuse pour réfléchir à sa récente incursion dans l’érotisme environnemental.

Aimer la terre, elle aimera en retour

Coucher avec la terre nécessite des techniques propres. Aucun rapport sexuel entre les participants n’est toléré. Comme l’explique Loren Kronemyer, dans un article de Vice magazine, les humains ont communément acquis « l’idée étroite d’esprit que le sexe se résume à une pénétration. » Or, pour Pony Express : « l’esprit est le plus grand organe sexuel. Une expérience érotique peut être multisensorielle, basée sur différentes informations que reçoit le corps. » Le plaisir peut donc être ressenti par les caresses du vent, l’inhalation du pollen, le toucher des plantes…

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Cette participante a gardé des fleurs dans sa bouche. Son masque est un des accessoires sadomasochistes distribués à l’entrée de la Bathhouse. (Crédits : Pony Express)

Dans l’écosexualité, la Terre n’est pas seulement un lieu de vie mais une amante, un égal. Selon les artistes, c’est en lui donnant amour et tendresse qu’elle le rendra. Par ailleurs, beaucoup d’accessoires sur les lieux relèvent du sadomasochisme. L’idée est de redonner à la nature le droit de soumettre l’homme et non plus à celui-ci d’exercer sa dominance.

 

Nouvelle identité écologiste 

Les premiers écosexuels apparaissent dans les années 2000 et se revendiquent comme un mouvement social à part entière depuis 2008. Des artistes, des militants et un couple, Annie Sprinkle et Elizabeth Stephens, en sont à l’origine. Ces deux Américaines ont d’ailleurs publié un manifeste de la sexologie écologique. Parmi leurs exigences : être reconnus comme une orientation sexuelle à part entière et officier le mariage avec la nature.

Les écosexuels sont avant tout des activistes qui, en faisant l’amour avec l’environnement, tendent à le préserver. Mais ils ne sont pas pour autant dans la filiation hippie des années 70, dont les valeurs purement naturelles sont dépassées. Surtout pour Pony Expres. Dans leur Bathhouse, la technologie, normalement contre-nature, est fortement présente. Tels que des capteurs, des microphones ou des lumières ultraviolettes. Ils doivent conforter l’Homme tant dans la nature que dans sa culture. « Le problème, c’est que la culture humaine et la technologie sont mêlées avec la nature ; nous ne pouvons nous séparer des écosystèmes où nous vivons », assurent les artistes. Leur but n’est pas de combattre la société en évolution mais la faire cohabiter avec la terre. Désormais, Elizabeth Stephens recense 100 000 écosexuels dans le monde. Un chiffre qui tend à augmenter. La Bathhouse offre donc la possibilité à cette nouvelle identité d’écologistes de se développer.

Maïlys Belliot

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