Colombie: un Nobel en promesse de paix pas en récompense

Le 7 octobre dernier le prix Nobel de la paix a été décerné au président colombien pour un accord proposant l’arrêt des hostilités avec les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC). Si ce prix semble clore le conflit par la signature de ce contrat, il reste cependant quelques zones d’ombres au bas de la page.

Oslo, samedi 10 décembre. Deux mois après s’être vu attribuer le prix Nobel de la paix, le président colombien Juan Manuel Santos est venu dans la capitale norvégienne pour y chercher son sésame. Un lauréat qui a tenu à partager ce prix avec les victimes du conflit dont il reçoit aujourd’hui les honneurs pour avoir conclu un accord majeur à ce sujet. C’est d’ailleurs à Oslo que s’est faite la toute première annonce de ces accords il y a quatre ans et dont la couronne norvégienne se porte garante. Ratifié par le président colombien et le dirigeant des FARC, Rodrigo Londono dit Timochenko, il ne restait plus que la signature du peuple. Ce que ce dernier a refusé de faire lors du récent référendum organisé le 2 octobre et dont nous vous parlions dans le dernier épisode de coup de fil international. Nous revenons à présent plus amplement sur cet épisode, qui ponctue un conflit armé de plus d’un demi-siècle.

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Cliquez sur l’image pour accéder à la frise chronologique du conflit.

Moins de 60 000 voix d’écart

Les électeurs devaient décider si le texte signé le 26 septembre par le président des FARCS devait être avalisé. Le non l’a emporté avec 50, 23 % des voix, contre 49,76 % au oui. Selon l’autorité colombienne, l’écart représente moins de 60 000 voix sur 13 millions de bulletins. Le taux de participation était de 37,28 %. Juan Manuel Santos a reconnu la victoire du non lors d’une allocution télévisée, et a annoncé qu’il ne se « rendrait pas et continuerait à rechercher la paix ». Des résultats qui témoignent de la défiance d’une partie de la population à l’égard des relations entre le gouvernement et les membres de la guérilla. Conclu après quatre ans de négociations, l’accord initial comprenait six volets :

-La fin des affrontements, avec le désarmement des guérilleros sous supervision d’une mission de l’ONU, qui a déjà vérifié la destruction de 620 kg d’explosifs. Les autorités s’étaient aussi engagées à combattre les gangs issus des milices paramilitaires.

-La sortie, sans armes, des guérilleros des zones de concentration où ils se trouvaient.

-Une réparation morale et matérielle des victimes, et une sanction pour les responsables de crimes graves. Des tribunaux spéciaux devaient être créés pour juger les guérilleros, les agents de l’Etat et les particuliers impliqués dans des exactions (enlèvements, viols, déplacements forcés, recrutement de mineurs). La plupart des ex-guérilleros devaient être amnistiés ou bénéficier de peines alternatives s’ils passaient aux aveux.

-Un minimum de cinq sièges à la chambre des députés et cinq sièges au Sénat pour les FARC, qui devaient pouvoir en emporter davantage dès les prochaines élections en 2018.

-Une réforme agraire pour la répartition des terres, l’accès au crédit et l’installation de services basiques en zones de conflit.

-La fin des cultures illicites dans les zones d’influence des FARC, notamment de coca, assortie de sources alternatives de revenus pour les paysans et d’un programme de santé publique, afin de lutter contre le narcotrafic.

Reportage à Oslo et réactions  d’une étudiante colombienne, en images:

Des opposants colombiens à l’accord de paix avec les FARCS 

En 52 ans, le conflit aura fait 260.000 tués, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés. Hantés par ces chiffres qui ont pesé dans la campagne du « non », les opposants ont jugé ce texte trop laxiste.

Leader de la campagne du non, Alvaro Uribe s’est félicité du résultat. Lors de son mandat, de 2002 à 2010, le président issu du parti du Centre Démocratique s’était notamment distingué par sa lutte acharnée contre les FARCS. Depuis le début des négociations pour l’accord de paix en 2012, il n’a cessé d’œuvrer pour que l’accord soit le plus sévère possible envers les membres de cette organisation. Quelques heures après l’annonce des résultats, il a déclaré qu’il « nous semble fondamental qu’au nom de la paix, ne soient pas mises en danger les valeurs qui la rendent possible”, depuis sa propriété située à Rionegro, dans le nord-ouest de la Colombie.

Après le rejet de cet accord par la population, la présidente du comité Nobel norvégien, Kaci Kullmann Five défend sa décision en déclarant que “le fait qu’une majorité des votants ait dit non à l’accord de paix ne signifie pas nécessairement que le processus de paix est mort”. Malgré la complexité de la situation, la guérilla des FARC et le gouvernement colombien se sont engagés à maintenir un cessez-le-feu « bilatéral et définitif » et à apporter des « ajustements » à l’accord de paix signé le 26 septembre.

Un nouvel accord

A l’issu du référendum et de la victoire du “non”, les négociateurs se sont à nouveau réunis six semaines à la Havane, lieu des négociations et de signature du premier accord. Une liste comportant quelques 500 propositions et objections, écrite par le “front du refus” a été prise en compte dans le remaniement de l’accord. La dernière version du texte signée le 24 novembre par Juan Manuel Santos et Rodrigo Londono a été approuvée le 30 novembre au Sénat par 75 voix pour, 0 contre.

Le nouvel accord prévoit le désarmement des FARCS et leur transformation en parti politique. Une décision qui n’a pas manqué de faire réagir l’opposition dirigée par l’ex-président Alvaro Uribe qui déplore “l’impunité totale” et l’éligibilité politique accordées aux guérilleros coupables de crimes graves avant qu’ils aient purgé leur peine.

Sur ce point, Juan Manuel Santos a été très clair en précisant que “Les FARC sont une émanation de la politique et leur but dans le futur est de faire de la politique sans les armes ». Malgré leurs crimes, les chefs de la guérilla ne seront pas emprisonnés. Ils purgeront cependant des peines “restrictives de liberté” et pourront se présenter au congrès à partir de 2018.

Maintenant que l’accord est ratifié, le congrès doit encore légiférer sur sa mise en application. La priorité est d’appliquer une loi d’amnistie pour permettre aux membres des FARCS de se déplacer vers les zones où ils déposeront leurs armes, sous supervision de l’Organisation des Nations unies.

Enora Le Nôtre

Thibault Cordier 

                                                                                                                                                        Skander Farza

 

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