La musique à l’heure des objets modulaires

Innovation dans le milieu de la musique : plusieurs instituts de recherche développent de petits objets connectés qui interagissent avec le corps humain. Explications.

Interlude. C’est le nom donné à l’un des projets de l’Ircam (institut de recherche et de coordination acoustique-musique) pour explorer les interactions entre le geste et la musique. Les objets développés par ces chercheurs permettent de renouveler l’approche des musiques électroniques ou informatiques. Au laboratoire, ils sont surnommés MO : Modular Musical Object.

Imaginez une petite télécommande fixée à votre poignet et connectée à une partition de musique classique en ligne. Grâce aux mouvements de votre avant-bras, vous avez l’impression de diriger un orchestre, de réinterpréter un enregistrement existant. La magie opère (à partir de 2.38 sur cette vidéo).

 

Développés avec l’aide du cabinet « No Design » ces objets détectent un large éventail de mouvements du corps et leur attribuent une signature sonore. Fréderic Bevilacqua à la tête du département « Interaction Son Musique Mouvement » de l’Ircam annonce que certains de ses objets sont en phase de test dans les hôpitaux pour aider les patients ayant fait un arrêt cardiaque dans leur réeducation.

D’autres étranges instruments fonctionnent grâce à des logiciels contenant une banque de sons. C’est le cas du Mogees. En vente depuis quelques mois cet objet est le fruit des recherches de Bruno Zamborlin, ex-ingénieur à l’IRCAM. Il a eu l’idée d’utiliser un capteur de vibration associé à un smartphone. Il n’y a plus qu’à placer le capteur sur une surface, comme un tronc d’arbre puis caresser les écorces et le capteur transmet les vibrations au smartphone qui en fait sortir un son. Miroir, bureau, meuble, mur de fer… tout devient musique !

 

L’instrument s’est attiré les faveurs de musiciens comme Jean-Michel Jarre, un des pionniers français de la musique électronique, ou le duo mexicain Rodrigo et Gabriela.

Ressentir la musique

Le ventre qui vibre avec les graves de la contrebasse, les épaules qui fourmillent sur les pizzicatos des violons. Vivre l’expérience d’un orchestre symphonique pleinement, c’est ce que propose la firme anglaise « Cute Circuit » aux sourds et malentendants.

Fondée par Francesca Rosella et Ryan Genz en 2004, l’entreprise spécialisée dans les textiles technologiques s’est associée avec le Jungen Symphoniker Hamburg. Un orchestre symphonique pour qui tout le monde devrait avoir accès à la musique. Après six mois de recherches, le « Sound Shirt » est testé en mai 2016. En revêtant ce t-shirt, la personne ressent l’intensité et les vibrations des instruments. Captée par des micros sur scène, la musique est envoyée à un logiciel implanté dans le t-shirt. Seize zones du textile s’activent alors en fonction de l’instrument joué. Une expérience hors du commun.

 

Alexandre Echasseriau propose également une drôle d’expérience. Dans un autre registre. Le designer passé par l’école Boule et l’ENSCI, deux grandes écoles d’arts, a atteint la finale du prix Émile Hermès en 2016 avec un papier peint sonore. « Le thème du concours était « Jouer ». J’ai aussitôt pensé à une chambre d’enfant et aux tapisseries qui la décorent », confie le jeune homme. Il a eu l’idée de créer un circuit imprimé avec de l’encre conductrice intégrée au papier peint de la pièce. Un boîtier sonore apposé au mur active le thème choisi (cris d’animaux, bruit de l’eau et même des mots doux personnels…) et le circuit imprimé. Puis, lorsque l’on approche sa main du mur, l’encre conductrice réagit et le mur émet un son. Surprenant non ? « Pour l’instant, je n’ai réussi à le faire que sur une surface d’1 m² », indique Alexandre Echasseriau

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Caresser les murs de sa chambre et entendre des cris d’animaux. Enfant nous en avons tous rêvé, Alexandre Echasseriau l’a fait. (Crédit : Alexandre Echasseriau )

Le créateur continue de travailler sur son projet afin qu’un seul boîtier sonore suffise pour mettre en musique une pièce entière.

Toutes ces innovations confirment les prémices d’un chambardement musical. Après la musique sérielle ou la musique électronique, voici le temps de la musique modulaire.

Alexandre Le Corre

 

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