Place au musée pour le street art

Nicolas Laugero, collectionneur français, a installé 150 œuvres d’artistes issus du graffiti dans une école d’informatique parisienne.

Plus de 50 artistes, dont certains mondialement connus, 150 œuvres de collection, 15 murs peints, plus de 200 photos de street art et 4000 m2 d’exposition. Le premier musée de France dédié au street art a ouvert ses portes dans le XVIIe arrondissement de Paris le premier octobre, à l’occasion de la Nuit Blanche 2016. « Art 42 », n’est en réalité pas tout à fait un musée, mais plutôt un lieu d’exposition permanente consacré au street art. « On joue avec le terme, en réalité le « musée » se trouve au sein de « 42 », l’école d’informatique créée par Xavier Niel en 2013. C’est dans les bâtiments de l’école que sont exposées les différentes œuvres.», explique Nicolas Laugero, collectionneur et instigateur du musée. Il ajoute : «Quand j’ai entendu parler de cette école à son ouverture, j’ai tout de suite proposé d’y exposer des œuvres. »

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Une collection de Nicolas Laugero exposée dans une des salles de cours de l’école « 42 ». (crédit : Lionel photographe Baptiste)

«Le street art, ce sont des créations urbaines et des revendications. Mais il y a aussi un travail d’atelier. Les artistes ont toujours un travail à côté dans leur atelier. C’est un travail plus secret, mais il y mettent la même énergie, c’est quelque chose qu’il faut montrer », estime Nicolas Laugero qui a prêté 150 œuvres de sa collection pour donner naissance à ce « musée » . Pour lui, les productions exposées sont aussi atypiques que l’espace, puisque ces œuvres de plusieurs milliers d’euros sont accrochées au milieu des salles de cours de l’école d’informatique 42 où environ 3000 étudiants apprennent à coder. Raison pour laquelle les visites ne se font que deux fois par semaine, le mardi et le samedi, et uniquement accompagnées d’un guide, souvent un étudiant formé aux subtilités du street art. L’idée étant de faire découvrir les œuvres autant que le lieu.

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Le musée « Art42 » permet à la fois de découvrir l’école et les œuvres (crédit photo : Lionel photographe Baptiste)

Le paradoxe d’un musée pour le street art

Le street art est bien connu du monde des cultures urbaines. Son essence même est d’être dans la rue. Mais cette forme d’art est aussi éphémère. Une création sur un mur, un banc, un skatepark ou encore un métro est destinée à être un jour effacée par les services publics. Pourtant, certains graffeurs estiment toujours que s’il y a bien un musée du street art, c’est la rue. « Les musées veulent des graffitis sur toile, mais la rue, l’objet sur lequel on graffe fait partie de la création, tout comme le dessin d’un autre graffeur qui viendra s’ajouter au nôtre. Le street art, c’est la liberté », clame Olivier Nkumu, graffeur amateur. Aujourd’hui, de plus en plus d’expositions sont consacrées en France et dans le monde au street art. D’Invader à Obay, en passant par le populaire et mystérieux Banksy, nombreux sont les artistes qui ont su se faire un nom dans le milieu. A l’instar des différents arts des cultures urbaines, comme le hip-hop ou le rap, les techniques ont évolué, partant du simple marqueur, pour terminer à des sculptures peintes à la bombe ou bricolées avec des collages.

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Un graffiti, ici dans un musée, que l’on pourrait aussi bien retrouver dans la rue (crédit photo : Lignel Photographe Baptiste)

Pour un art destiné à être dans la rue, avoir un lieu d’exposition fermé n’est-il pas un peu paradoxal ? Est-ce l’heure de la reconnaissance pour un mouvement qui a souvent été vu comme celui de la banlieue ou simplement le signe d’une démocratisation de cet art ?  «Avant le street art était réprimé, maintenant il est exposé. Les œuvres doivent être exposées dans les rues, pas enfermées dans des galeries. On est en train de figer le street art à un état donné, et ça le rend moins intéressant.», pense Olivier Nkumu.

Apparu pendant les années 60, le street art a longtemps été lié au vandalisme, à la dégradation et porteur d’un message contestataire. Mais aujourd’hui, la création artistique importe plus que le message qui lui est associé. Ce qui lui a fait perdre une partie de son image sulfureuse. Une évolution renforcée par l’ouverture d’un musée. Mais pour Nicolas Laugero, ce musée a justement ouvert pour faire découvrir le street art : « L’idée est de démocratiser l’art urbain, qu’il soit accessible à tous, à ceux qui n’y ont jamais été formés. C’est quelque chose de totalement nouveau pour certains. »

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Une oeuvre très rare de Banksy, achetée aux enchères par le collectionneur. (crédit photo : Nicolas Laugero)

Un public qui répond présent

Un mois et demi après son ouverture, quelque 20 000 personnes ont déjà foulé les couloirs de cette « école-musée 42 » où se trouve une collection de sérigraphies, photos ou pièces réalisées en atelier par des artistes comme Obey, Blu, connu pour avoir recouvert de peinture noire une de ses fresques à Berlin pour éviter de favoriser la spéculation immobilière, de Space Invader, ou encore de l’incontournable Banksy. Mais ces célébrités sont aussi mêlées à des artistes plus jeunes et moins connus du grand public. « Ce qui est bien, c’est que le public est très large, pas seulement des gens qui viennent du monde du street art, mais aussi beaucoup de familles et de jeunes. Le monde s’intéresse de plus en plus à cet art, on a aussi quelques seniors, même si la plupart de nos visiteurs se situent entre vingt et quarante ans », conclue Nicolas Laugero.

Thibault Sadargues

 

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