[INTERVIEW] Paul Bartel: « Je suis très en retrait du monde du cinéma »

À 22 ans, Paul Bartel a déjà trouvé sa place dans le monde du cinéma. Présent à Cannes pour les Rencontres Cinématographiques, Buzzles en a profité pour lui poser quelques questions sur sa jeunesse, sa carrière et son regard sur le milieu du 7e art.

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Paul Bartel, le renouveau du cinéma français ( crédit photo: Alexandre Le Corre)

 

Paul, tu as débuté par le théâtre avant de te tourner vers le cinéma, penses-tu y revenir un jour ?

J’en ai fait très rapidement avant d’arrêter. En ce moment, j’aimerais bien remonter sur scène. Mais c’est compliqué le théâtre car c’est une période que tu bloques pendant très longtemps, tu prends le risque de passer à côté de quelque chose.

Tu parles de passer à côté de quelque chose, tu es très sollicité en ce moment ?

Très sollicité, tout est relatif. J’ai beaucoup de demandes de lecture de scénario, après, y a pas tout qui se fait bien sûr. Mais c’est cool, on m’appelle assez souvent. Je suis tellement content quand on me propose un truc, que je le lis et que ça me plaise ou non, je vais le faire. Car j’aime mon métier d’acteur.

À 22 ans, tu as déjà tourné dans plusieurs films, elle était comment ta jeunesse ?

Physiquement, je n’étais pas gâté par la vie et du coup, ça m’a rendu un peu « chelou ». J’étais vite hyperactif, il a fallu que je m’écarte de l’école, de tout pour que je me retrouve avec des psys pendant dix ans de ma vie. Aujourd’hui, je dessine très bien les voitures, si tu veux je peux t’en faire une (Rires). À cette époque, je ne pensais pas que je serais là aujourd’hui. Mes profs me voyaient sur une voie de garage et moi aussi. Après avoir arrêté l’école, j’ai fait un CAP Cuisine pendant 5 mois, je gagnais 300 balles par mois, j’étais le mec le plus heureux du monde. Je faisais un truc que je voulais faire, je me levais le matin pour aller bosser, c’était cool et j’adore. Franchement, parfois, j’aimerais trop être serveur. Je te jure ! Je suis fan du contact avec les gens, j’adorerais.

L’école, tu l’as arrêtée à 14 ans, c’est quelque chose qui t’a aidé pour le cinéma ou tu le regrettes ?

On me le demande souvent. Parfois, j’ai des regrets, après je sais lire et compter ! Mais des fois y a des petits trucs qui me font regretter le fait d’avoir arrêté l’école si tôt. J’ai la chance de faire ce métier depuis 10 ans sans vraiment de coupure, j’ai une chance folle. Mais je me dis, si demain je dois arrêter ce métier, je ne sais pas ce que je ferais honnêtement. Avant, je m’en foutais royalement, mais plus je grandis, plus je prends de l’âge plus je me dis que c’était un peu con de ne pas continuer.

Le cinéma, c’est un milieu qui t’a toujours attiré ?

Ah ouais carrément. Mais concrètement, j’avais un problème quand j’étais petit, les gens disaient que j’étais trop atypique. Les profs ne m’aimaient pas en tant qu’élève, ils ne pouvaient pas me voir, mais ils m’adoraient, car j’étais très attachant. Ils m’ont dit que j’aimais bien faire rire les gens, me mettre en avant et j’avoue, j’aime bien. J’ai pensé au théâtre tout de suite et ça m’a fait du bien, car j’ai eu des soucis personnels qui ont fait que j’ai eu besoin d’extérioriser sans pour autant aller voir un psy qui te fait dessiner des voitures pendant une heure et demie. J’ai eu un déclic dans ma tête et je me suis dit « c’est ça que je veux faire ». Je savais avant que je voulais faire un métier du spectacle mais le cinéma c’est venu après.

Depuis que tu es acteur, y a-t-il eu une rencontre clé?

Évidemment Alain Tasma, le réalisateur de Fracture. J’ai fait ce film quand j’avais 14 piges, je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais, je ne savais pas où j’étais. Après la diffusion de ce film, il s’est passé un truc complètement fou dans ma vie, c’est qu’on m’appelait, on me demandait sur tel film, mais le fait qu’on me demande, c’était déjà grand et je m’en suis rendu compte, car deux mois après la diffusion, j’étais sur un tournage. Je me suis dit il y a vraiment un truc de lancé. Après, j’ai fait énormément de rencontres, mais des rencontres qui m’ont beaucoup apporté, il y en a pas des masses à part Vianney Lebasque, pour Les Petits Princes et Alain Tasma, je crois que c’est les deux plus grandes rencontres que j’ai faites.

Tu as eu une nomination au César pour ton rôle dans Les Petits Princes, comment l’as-tu vécu ?

J’étais content d’être nominé, mais je savais que je n’allais pas l’avoir. Par contre, je ne pensais pas être dans les cinq derniers et quand je l’ai su, j’étais heureux, mais en même temps, je me suis demandé ce que je foutais là au milieu de tous ces gens. Je n’ai pas espéré l’avoir, mais c’est quelque chose qui t’aide énormément, qui te donne beaucoup plus de crédibilité. Les gens te prennent un peu plus au sérieux et tu passes moins de castings.

Justement, dans ce film, tu es un jeune footballeur souffrant d’une maladie cardiaque, comment l’as-tu abordé ?

 Pour ce film, j’ai eu une préparation physique pendant 6 mois, ça m’a vraiment mis dans l’ambiance. Après, le côté du joueur un peu malade, ça a été compliqué, car quand tu joues quelqu’un de malade dans toutes tes intentions, dans tout ce que tu dis, dans tes gestes, il faut que tu sois quelqu’un de malade. C’est hyper dur, parce que ça se joue sur des détails. Le réalisateur Vianney Lebasque, était très présent parce que j’avais tendance à oublier la maladie. On a tourné sur des terrains de foot pendant 8 heures par jour parfois et un mec malade n’est généralement pas super au top. Mais moi, j’étais hyper content, on me reprenait parfois : « Paul, n’oublie pas que tu es malade ».

Bande-annonce du film:

Tu parlais de la difficulté de jouer quelqu’un de malade, cela a été aussi le cas dans Amis Publics , une maladie encore différente: le cancer.

Ouais, c’était encore plus différent, mais bizarrement, je crois que Les Petits Princes ça a été plus dur à faire. Amis Publics, c’est un contexte différent, dans Les Petits Princes, je suis un sportif. C’est difficile à expliquer, mais dans Amis publics, c’était une maladie incurable, il n’y avait pas vraiment d’efforts physiques à faire. C’est vraiment différent, je ne l’ai pas abordé de la même façon.

 Gardes-tu ton insouciance et ta simplicité quand tu abordes tes films ?

Oui complètement, j’essaye pas de me mettre dans la peau d’un personnage mais plutôt  de le faire à ma sauce. C’est marrant, car on me parlait d’Amis Publics il n’y a pas longtemps et on me disait « comment tu as fait pour rentrer dans la peau d’un enfant malade ? ». Mais c’est une question un peu conne, tu ne rentres pas dans la peau d’un enfant malade… Tu regardes, tu observes. On a été voir des enfants dans des CHU, tu observes et tu essayes de faire ce que tu peux.

Tu as intégré très tôt le monde du cinéma, tu n’as pas peur de te faire pervertir par ce milieu ?

Je suis très en retrait de ce monde-là, je fais peu de soirées mondaines, je rencontre peu de gens. Je préfère rester chez moi avec mes proches parce que je n’ai pas envie de me perdre dans un monde pas très réel. Ce n’est pas prétentieux ce que je dis, mais je suis tellement fan de la simplicité, j’ai besoin de rien, j’ai pas besoin d’aller me montrer, j’en ai rien à foutre. Je me fous un peu de ce qu’il se passe autour de ce monde du cinéma, j’adore mon métier, mais aller serrer des mains et faire des sourires… C’est un truc hyper faux alors que je préfère les vraies choses, c’est trop précieux pour plein de raisons.

Dans quel registre te sens-tu le plus à l’aise ?

J’aime bien les rôles dramatiques parce que c’est vraiment un truc qu’il faut aller chercher. Les comédies, ça ne m’embête pas, mais comment dire, je trouve ça très simple. Je veux dire que j’aime bien quand le spectateur se dit : « Ah ouais, il est allé chercher quelque chose de fort ». Je ne suis pas trop fan de comédie.

 Pourtant tu as joué dans Amis Publics avec Kev Adams?

Oui et j’ai vraiment voulu faire ce film. J’ai fait Amis publics parce qu’un mois avant, j’ai dit à mon agent que j’avais envie de changer de registre, de faire un film populaire. Deux semaines après, elle me propose ça, je rencontre le réalisateur et ça a fonctionné. Mais je t’avoue que les gens ne m’attendaient pas du tout là-dedans, j’ai eu une espèce de gifle dans la gueule et beaucoup de critiques. Les gens m’ont demandé : « mais pourquoi tu as fait ça ? ». Je suis quand même hyper fier de l’avoir fait parce que j’ai rencontré des gosses qui étaient fabuleux, des vrais enfants malades.

Les gens t’ont beaucoup jugé pour ce film ?

Ouais, mais je les comprends, on m’a dit que c’était un film bourré de sentiments à deux balles. Je ne vais pas me prononcer là-dessus car c’est mon film, mais je peux comprendre l’avis des gens. Ma famille, mes proches ne me ménagent pas, ils m’ont dit des choses sur ce film que je ne pensais pas qu’ils me diraient, ils ont été francs. Le film a fait quand même 800 000 entrées donc tout va bien, Les Petits Princes au cinoche, il a fait 96 000 entrées, c’est que dalle, mais ça a été un carton après, en étant téléchargé plus de 2 millions de fois sur des plateformes. Ce film, on en parle encore tout le temps, c’est affolant. Je suis là aujourd’hui pour le présenter quatre années après.

 

22 ans et en retrait du milieu du cinéma, tu ressembles un peu à n’importe quel jeune finalement ?

Ouais, c’est sûr, après tu ne peux pas dire ça à quelqu’un dans la rue: « J’ai fait vingt films, mais t’inquiète, on est pareil ! ». Parce que forcément, on n’est pas pareil, mais c’est dur de faire comprendre aux gens qu’on n’est pas si différent. Les gens te prennent pour un enculé alors que j’ai une vie hyper simple. Niveau amitié, j’ai très peu d’amis, j’en ai trois quatre dans ma vie. Tu ne peux pas en avoir beaucoup quand tu fais ce métier, car il y a des « cousins » qui arrivent tous les jours. Mon entourage s’occupe de moi. Mon meilleur ami, c’est mon manager, c’est lui qui m’amène partout.

Ta carrière marche plutôt bien, as-tu déjà été approché pour jouer dans des films étrangers ?

Oui pour des films anglais et pour Borgia. Par contre, les trucs américains, je ne pense pas que je ferais, car premièrement, j’ai peur de l’avion et j’ai aussi beaucoup de choses à faire ici. Je n’ai pas du tout le rêve américain. Ça me fait chier les films « ricains ». Si demain, on m’en propose un, on verra. Je veux faire des films pour des petits réalisateurs et pour un peu tout le monde.

Tu as une série ou un film en ce moment à nous conseiller ?

Je ne regarde pas de films, je ne regarde pas de séries. Le dernier film que j’ai vu au cinéma, c’est Harry Potter en 1999. Je déteste regarder les films, je trouve ça tellement ennuyant, du coup, je ne regarde pas.

Quels sont tes projets à venir ?

J’ai un film qui va sortir le 1 mars, La belle occasion, d’Isild Le Besco. Totalement différent d’Amis Publics, et franchement, je pense que ça va être un chouette film. C’est tellement des films qu’il faut voir, un film profond, du vrai cinéma et je ne dis pas ça parce que je suis dedans, mais il y a une vraie profondeur dans ce film, c’est fou…

Lou David

Alexandre Le Corre

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