Réfugiés d’hier #1/2 : un boat people vietnamien se souvient

Un million de Vietnamiens ont fui leur pays sur des bateaux de fortune après la victoire du régime communiste en 1975. Jean Bosco Hoang est un survivant de ceux qu’on a appelés les boat people. Installé à Nice depuis bientôt quarante ans, il raconte son histoire pour la première fois.

Avant d’être naturalisé français, Jean Bosco Hoang s’appelait Trung-Thuong Hoang. Il est né en 1938 à Hanoï, dans le nord du Vietnam. Ne supportant pas le régime communiste, il est parti vivre à Saïgon en 1954, où il a travaillé dans le génie civil pour l’entreprise de construction Adrian Wilson Associates jusqu’à la chute de Saïgon. « Je craignais pour ma vie car je suis catholique et je travaillais pour une entreprise américaine. Alors le 14 avril 1978, je me suis enfui sur une embarcation de misère avec mon épouse et mes trois enfants de neuf, dix et douze ans. »

« C’était la deuxième fois que je quittais le régime communiste ! »

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La France a accueilli près de 43 000 boat people vietnamiens entre 1975 et 1990. (Crédit D.R.)

 

Une boîte de sardines en perdition

Jean et sa famille se retrouvent alors entassés avec plus de quatre-vingt dix autres personnes sur un bateau de treize mètres de long et de deux mètres cinquante de large. « C’était une boite de sardines ! Ils avaient fait des étagères pour que tout le monde puisse rentrer. C’était une barque arrondie faite pour le transport de marchandises sur les rivières, pas pour naviguer en mer. » Outre les conditions d’hygiène et de sécurité désastreuses, des pirates attaquaient fréquemment les boat people. Afin de les éviter, les exilés ont décidé de longer les côtes. « À cause de ça on a perdu notre direction. »

« On a mis seize jours pour arriver en Malaisie au lieu de cinq ! Nous n’avions plus de nourri­ture ni de gazole »

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Des centaines de milliers de Vietnamiens ont fui leur pays dans des bateaux de fortune vers les pays voisins. (Crédit D.R)

Heureusement, les migrants arrivent à Singapour avant que la situation ne s’aggrave et bénéficient d’une grande solidarité. « On nous a donné du poisson séché, du riz, des vêtements et assez de fuel pour repartir en Malaisie. » Une fois débarqués dans le pays voisin, ils sont transférés sur l’île de Pulau Bidong. Voici quelques images issues d’un reportage de l’émission d’investigation américaine 60 minutes, réalisé en 1979 :

La famille Hoang y reste cinquante jours avant de s’envoler pour Paris dans un avion affrété gratuitement par la communauté internationale. «Ils nous posaient des questions sur notre métier, nos enfants, puis ils nous sélectionnaient », se souvient le retraité.

Une entraide colossale

En juillet 1979 la conférence de Genève adopte un document stipulant que « tout Vietnamien est automatiquement reconnu comme réfugié politique et a droit à la réins­tallation dans un pays occidental ».

Entre 1975 et 1990 la France a accueilli près de 43 000 réfugiés vietnamiens. Sur les 650 000 boat people rescapés, seulement 1,5% ont choisi la France comme terre d’accueil. La plupart se sont tournés vers les États-Unis (60%), le Canada ou en encore l’Australie.

« À l’époque, nous pouvions être embauchés sans permis de travail, c’était une faveur accordée aux réfugiés »

Une fois en France, ils sont envoyés dans un foyer de migrants de Bourges, dans le Cher. « Il y avait des personnes de toutes nationalités. Ça s’est très bien passé, on était logés, nourris, on avait des cours de Français et on travaillait dans les champs. »

Six mois plus tard la famille Hoang part s’installer sur la Côte d’Azur. « Ma mère habitait à Nice depuis quinze ans et ça nous a permis d’avoir une carte de séjour ». Jean devient responsable des réfugiés vietnamiens et trouve un emploi à l’école catholique Don Bosco, nom qu’il inscrira sur son nouvel acte de naissance français. « J’ai été maître d’internat, surveillant puis j’ai été nommé conseiller d’éducation jusqu’à ma retraite, en 2003. J’ai eu beaucoup de chance, comparé à d’autres ».

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L’ancien réfugié s’est très bien intégré en France et ne souhaite pas retourner vivre au Vietnam. (Crédit : Elsa Hellemans)

A 78 ans, l’ancien boat people ne regrette plus son pays natal. « J’y suis retourné trois fois mais je n’avais jamais l’esprit tranquille. Les communistes peuvent trouver n’importe quelle raison pour mettre quelqu’un en prison. »

Jean est d’ailleurs très fier de ses descendants : « Mon fils aîné a pu faire des études d’informatique, ma fille est préparatrice en pharmacie et la plus jeune travaille dans la gestion administrative. ».

Malgré ce parcours réussi, le chrétien s’inquiète pour les boat people d’aujourd’hui. « La situation est beaucoup plus difficile pour eux car il y a déjà beaucoup de chômeurs en France, alors qu’à mon époque, il y avait du travail pour tout le monde ».

 

Elsa Hellemans

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