Shona Thorburn : pour l’amour du basket

Présente aux Jeux de Rio avec l’équipe du Canada, médaillée d’or aux Jeux Panaméricains en 2015, championne des Amériques la même année, la basketteuse Shona Thorburn est une joueuse d’expérience. Rencontre.

 Bonnet à carreaux, regard vers le parquet, une femme regarde un entraînement masculin de basket. Sur ses épaules, on peut remarquer un haut gris. Sur le devant, des anneaux olympiques composent une mystérieuse feuille d’érable. Au dos est inscrit un mot : Canada.

« Hey I’m Shona », lance-t-elle tout sourire. Shona Thorburn. Dans le basketball, ce nom pourrait être associé au mot battant et à l’adjectif courageuse. Shona a 24 ans quand elle foule pour la première fois le parquet de la Women’s National Basketball Association en 2006. L’équivalent féminin de la NBA est connu comme un championnat rude où le niveau est le plus élevé du monde. Malheureusement, cela n’a pas l’air de correspondre à Shona qui part pour l’Europe en 2007. Elle part loin de sa famille, de ses amis, pour tenter sa chance en Europe. Cela représente certes un risque mais c’est un continent où elle a toujours voulu jouer :

« La WNBA était une bonne expérience. Mais pour moi, jouer et vivre en Europe était mon but. Même avant de jouer en WNBA, quand j’étais petite, je m’imaginais vivre en Europe. Le basket était une façon de réaliser ce voeu. J’adore l’Europe, j’adore le basket européen, le style de jeu », confie la meneuse de 34 ans.

Depuis 2007 et ses premiers pas sur les terrains d’Espagne, Shona a arpenté pas moins de neuf équipes. D’Ibiza à Toulouse en passant par Herzliya en Israël. Elle se souvient de ces années espagnoles :

« J’étais en Espagne lorsque le championnat était très bon. Durant les 5 ans où j’étais en Espagne, l’Euroligue a été remportée par 3 équipes espagnoles. C’était très compétitif, il y avait les meilleures étrangères, les meilleures basketteuses espagnoles jouaient en Espagne. C’était génial. Puis l’économie a changé, la crise est arrivée et le niveau a baissé. J’ai donc décidé de partir pour jouer en France. »

 

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Shona Thorburn Nantes : « J’ai travaillé dur dans ma carrière. J’ai eu de la chance d’avoir du succès, mais ce succès n’est possible qu’avec un travail d’équipe ». (Crédit : T.W)

 

En 2012-2013, elle pose ses valises en France où elle rejoint l’équipe du Pays d’Aix. Elle joue en compagnie de Lizanne Murphy, une des meilleures joueuses de l’équipe canadienne. Il faut dire que les Canadiennes semblent être tombées en amour avec le championnat français. Dans l’alignement d’Équipe Canada, 50 % de l’effectif joue dans un club français.

« Pour nous, joueurs canadiens, le championnat français est bon. Je pense qu’il est le deuxième ou troisième meilleur d’Europe facilement. Les joueurs français ont un très haut niveau en comparaison avec d’autres pays. Cela est bon pour la Fédération Française de Basketball. Cela montre qu’ils produisent de bonnes choses. Il est vrai que le championnat français n’a pas d’équipe numéro un comme le championnat russe ou turc. Mais quand on compare les douze équipes du championnat en France, je pense qu’elles sont aussi compétitives que les équipes de Russie ou de Turquie. Nos 12 équipes peuvent facilement se mesurer face au milieu de tableau de ces championnats », assure Shona.

 

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Coéquipières sous le maillot canadien, Shona Thorburn, à gauche, et Lizanne Murphy, à droite, jouent toutes deux en France présentement. (Crédit : Olympique.ca)

 Outre le championnat français, Shona est la joueuse vétéran d’Équipe Canada. En 1998, elle porte pour la première fois le maillot de la feuille d’érable à l’âge de 15 ans aux Jeux Olympiques de la Jeunesse à Moscou. 17 ans plus tard en 2015, Shona va vivre un des moments les plus importants de sa vie.

« J’ai revu des gens que je n’avais pas vus depuis 20 ans »

Toronto. 2015. Les Jeux Panaméricains. Là-bas, Shona va affronter avec l’Équipe Canada, l’équipe des Américaines. Qui plus est, en finale. La Canadienne se souvient :

« C’était une expérience pour nous toutes. Je jouais au Canada, à 45 minutes de là où j’avais grandi. J’avais encore beaucoup d’amis là-bas. Mes grands-parents étaient vieux et pouvaient venir me voir jouer. Je n’ai jamais eu l’opportunité de jouer au Canada aussi proche de ma maison auparavant. C’était incroyable. Après les matchs, j’entendais des gens crier « Shona, Shona ! », des gens que je n’avais pas vus depuis 20 ans.

 

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Shona Thorburn, au centre, célèbre la médaille d’or obtenue lors des Jeux Panaméricains avec ses coéquipières. (Crédit : Nathan Dentte / The Canadian Press)

 Les Canadiennes gagnent 81-73. Au Ryerson Athletic Center, c’est la folie. Le Canada est champion pan-américain de basket pour la première fois de son histoire : « Je suis si heureuse d’avoir vécu ça. Je n’aurais jamais pu le vivre. Toronto n’aurait pas pu être l’hôte des Jeux Panaméricains, et j’aurais pu jouer dix ans supplémentaires dans l’Équipe Canada sans jamais jouer à la maison », assure Shona.

Outre cette médaille d’or, Shona a connu par deux fois – à Londres en 2012 et à Rio en 2016 – l’événement que tout sportif rêve de vivre : les Jeux Olympiques.

« C’est sans conteste le moment fort de ma carrière. Petite, j’ai eu du succès, dans mon lycée et en université, j’ai eu une équipe qui a eu du succès, je n’oublie en rien ceci. J’ai pu jouer aux deux dernières Olympiades grâce à cela. Mais quand on parle de moment fort de ma vie, c’est effectivement ces moments-là. Il n’y a rien de comparable à porter le maillot de ton pays sur tes épaules. C’est difficile de trouver les mots pour décrire ceci. C’est très émouvant. »

 

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Leader dans l’âme, Shona dégage une incroyable détermination et une grande sympathie. (Crédit : Basketball.ca)

Certes, l’Équipe Canada décroche comme meilleur classement une septième place mais participer à cet événement est une belle récompense pour Shona. Elle qui, il y a 10 ans est partie des États-Unis, royaume du basket, pour exercer son talent sur le vieux continent.

 

Canada vs Cuba

Shona Thorburn découpe le filet d’un panier de basket après la médaille d’or du Canada lors du championnat d’Amérique en 2015. (Crédit : Onpointbasketball.com)

Dorénavant, Shona se sent en France comme à la maison : « La France est un pays que j’aime de tout mon cœur. C’est un pays très important pour moi. Je connais quelques-unes de mes coéquipières qui adoreraient jouer ici. C’est un pays fabuleux ».

Elle ponctue cette phrase d’un sourire. Serre la main, puis part se changer. Shona est une athlète entièrement dévouée à son sport. Talentueuse et récompensée. En somme, une sportive qui a le mérite de s’être élevée en haut du panier…

 

Thomas Woloch

 

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