Gibi, passeur solidaire arrêté dans la vallée de la Roya

Vendredi 6 janvier, Gérard Bonnet, surnommé Gibi, est arrêté dans la vallée de la Roya avec à bord de son véhicule trois migrants. Il était en compagnie de trois autres militants, qui transportaient en tout neuf Erythréens. Les militants voulaient les mettre à l’abri dans un endroit au chaud quand la police les a interpellés et placés en garde à vue durant 24h.

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Gibi, passeur solidaire arrêté pour avoir transporté des migrants à bord de son véhicule (Crédit photo : Céleste Olivier)

Un chapeau coloré, une fleur séchée dans la bouche, Gibi vit dans un appartement perché sur les hauteurs de la petite commune de Saorge. Le vendredi 6 janvier, Gibi est arrêté dans la vallée de la Roya avec trois migrants à bord de son véhicule, alors qu’il tentait de les amener « au chaud », dans un point d’accueil. L’arrestation se fait dans le calme, Gibi essaye d’abord de discuter avec la police, de leur dire qu’ils peuvent fermer les yeux, ce que les policiers refusent. « Ils étaient jeunes et je pense qu’ils faisaient du zèle… »  confie Gibi. Les policiers l’ont quand même laissé se rendre à la gendarmerie avec sa propre voiture. Il était accompagné de trois autres militants et neuf Erythréens. Les quatre militants ont été placés en garde à vue durant 24h. Leur procès aura lieu au mois de mai.

Mais Gibi « [s]’en fou[t] d’être en garde à vue. C’est peut-être injuste mais ça ne m’a pas troublé, ni fait douter de mon engagement. Je continuerai à héberger les gens dans le besoin et je ne le cache pas. Ils savent qu’il y a actuellement quarante migrants dans le village de Saorge et personne ne vient les chercher. La loi est mal foutue et l’Etat ne fait pas son travail : il nous laisse le faire tout en nous l’interdisant, c’est très hypocrite ».

Un engagement humanitaire et politique

Ce retraité de 64 ans a emménagé à Saorge dans la vallée de la Roya il y a 40 ans, après être tombé amoureux de ce petit village. A l’époque instituteur spécialisé auprès d’enfants handicapés, Gibi a tout laissé tomber pour s’installer à Saorge, où il a racheté le petit bar-tabac du village : « Ici, il y a une autre relation entre les gens. Est-ce-que ça vient du fait que le village soit piéton, donc on est obligé de se croiser tout le temps ? En tout cas, il y a une âme. Saorge est le village qui vote le plus à gauche de tout le département des Alpes-Maritimes. C’est une vieille tradition, même si certains ne savent pas pourquoi ils le font. »

 

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Le village de Saorge, dans la vallée de la Roya (Crédit photo : Céleste Olivier)

 

Engagé politiquement dès l’âge de 18 ans dans l’anti-nucléaire (au début des années 1970), Gibi a consacré beaucoup de temps à manifester contre l’installation des centrales nucléaires et à informer les gens, intervenir dans les lycées. « A cette époque-là on ouvrait facilement notre gueule, maintenant j’ai l’impression que les jeunes s’impliquent beaucoup moins. Ils sont plus dans la recherche d’étude ou de boulot que dans la révolte. ».

Il y a environ un an, Gibi a commencé à voir des gens « crever de froid et de faim au bord de la route », en bas de chez lui. C’est là qu’il a décidé de s’engager dans l’association Roya Citoyenne et de venir en aide aux migrants : « Quand on voit ça, on peut passer et les regarder une fois, deux fois… La troisième on agit ». Il commence alors à participer aux maraudes (distribution de nourriture) à Vintimille, recherche des fonds pour l’association et héberge quelques migrants. Depuis l’automne, Gibi a accueilli six personnes d’origines érythréenne et soudanaise. Elles ne vivent pas avec lui mais dans un autre appartement dont il est propriétaire, appartement auparavant destiné à la location. Ils viennent quand même chez lui pour partager les repas, mais la communication est difficile car ils parlent à peine anglais.

Parmi les neuf Erythréens transportés par les militants, deux ont été considérés comme mineurs et donc remis à l’aide sociale à l’enfance, les autres ont été reconduits à la frontière côté Italie. Le « gag » comme dit Gibi, c’est qu’ils sont retournés à Saorge avant même que les quatre militants ne sortent de leurs 24h de garde à vue.

EIisa Montagnat 

Celeste Olivier

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