janvier 23

Foi et sexualité en 2017, récits de jeunes femmes

Au 21ème siècle, le prisme de l’hypersexualisation s’est de plus en plus imposé dans les champs communicationnels. De véritables mouvements sociaux se sont développés, à l’image de la représentation de la femme à la sexualité libre et débridée. Buzzles a rencontré trois jeunes femmes qui pensent leur sexualité différemment, en tentant d’accorder foi, vie sentimentale et sexualité. Elles se confient sur ces sujets parfois tabous.

Elodie, 21 ans, étudiante en L3 Information Communication :

 « J’ai envie de vivre ma vie amoureuse en accord avec mes principes religieux. »

J’ai grandi dans une famille avec une mère catholique et un père athée mais qui n’a jamais empêché ma mère de m’élever dans le catholicisme. Je vais donc à la messe tous les dimanches depuis que je suis toute petite. Au lycée, je me suis investie dans la paroisse des lycéens. Aujourd’hui, je vis ma vie chrétienne et ma vie d’étudiante en totale symbiose, j’ai développé une vie de prière plus forte. Je vis dans un foyer catholique et je suis aussi secrétaire paroissiale. Je vis ma foi de façon totalement naturelle, sans me poser de questions, en conformité avec tout ce qui m’a fait grandir et devenir ce que je suis. Vivre sa foi en 2017 quand on est jeune, c’est difficile par moments. Par exemple, quand tu as une soirée étudiante en même temps qu’une soirée d’aumônerie, c’est compliqué de dire à tes amis que tu ne viendras pas pour aller à l’église, bien souvent ça ne passe pas, les gens ne comprennent pas. Comment j’aborde ma vie sentimentale et sexuelle ? J’ai envie de dire « comme tout le monde », mais je pense que je la vis de façon unique, parce qu’il y a autant de façons de vivre que de personnes. Aujourd’hui, je commence à me dire que mon prochain copain sera l’homme de ma vie, il est certain que je vise le mariage et j’ai envie de fonder une famille le plus tôt possible. J’ai surtout très envie de rester vierge jusqu’au mariage, c’est très important pour moi ; j’ai envie de vivre ma vie amoureuse en accord avec mes principes religieux. Et je sais que ça peut faire peur à beaucoup de garçons de mon âge. Mais ce qui est primordial, c’est d’en parler, de déconstruire les préjugés, désamorcer les murs qu’on pourrait construire entre nous. Et parfois, ça force l’admiration ou suscite la curiosité. Dans ma promo, beaucoup savent que je suis catholique pratiquante, certains me critiquent d’ailleurs. Tant pis, je reste en accord avec moi-même.

Emma, 21 ans, étudiante

 « Maintenant, je prends conscience que ma mère adhère à 100% à une religion qui n’est pas d’accord avec la sexualité de sa fille. »

 Je suis de confession juive, mais j’ai arrêté de pratiquer la religion depuis à peu près trois ans. Pour moi, le poids de ma religion se traduisait surtout sur le plan purement nutritif. C’est à travers cela que j’ai compris que j’étais différente de mes copains et copines. Je devais manger casher, et ça me limitait énormément dans mes sorties, mon quotidien. A dix-huit ans, j’ai compris que tout ce mode de vie était basé sur une croyance religieuse qui concernait mes parents, surtout ma mère qui est très pratiquante, mais pas moi. Mon grand frère est gay et moi je suis bisexuelle. Actuellement, je vis avec une fille dont je suis folle amoureuse. Dans ma famille, nous acceptons les choix de tout un chacun, on a une notion de la sexualité qui est assez ouverte, et puis nous avons réussi à dissocier sexualité et religion. Quand mes parents ont su à propos de ma sexualité, ils ont été choqués, mais ce choc était plus porté au sujet de la norme sociale sexuelle, un homme et une femme, et non pas d’ordre religieux. Enfin, c’est ce que je pensais. Mais, il y a quelques temps, j’ai commencé à lire la Bible, et j’ai compris que ma sexualité pouvait déplaire aux gens de ma famille conformément à ce que supposait la religion juive. J’ai compris que si ça choquait autant ma mère, c’était surtout par rapport à sa religion. J’ai longtemps nié cette dimension.

Maintenant, je prends conscience que ma mère adhère à 100% à une religion qui n’est pas d’accord avec la sexualité de sa fille. La première fois que je lui ai dit que j’aimais les filles et que j’étais avec une fille, elle a levé les yeux au ciel et a demandé à ce Dieu – que je ne connais pas – : « Mais qu’est-ce que je t’ai fait ? » Maman ne cautionne pas le fait que j’aime les filles, elle respecte ma copine, mais on ne se comprend pas. Même si un jour je lui présente une juive, elle préférerait que je sois avec un homme non juif. Parce que quand je marche dans la rue, main dans main avec ma copine, on voit la différence selon elle. Alors que si j’étais avec un homme qui n’est pas juif, « on pourrait croire qu’il l’est ». Il y a cette notion du « qu’en-dira-t-on ?» très présente dans la communauté juive. Dans ma famille, on pratique le judaïsme de façon assez culpabilisatrice : on a un lien avec les traditions et les pratiques très fort. Si on ne vient pas aux fêtes, on est très vite culpabilisé. Moi je suis encore pratiquante à ce niveau-là, mais simplement parce que je suis profondément attachée aux traditions. Même si j’ai cessé de pratiquer la religion comme je le faisais plus jeune, ce n’est pas fini pour moi, je vais à la synagogue, c’est quelque chose qui est en moi, c’est mon histoire. Ma copine est catholique mais pas pratiquante, elle a une culture bretonne, moi israélo-algérienne. Notre richesse, c’est ça. On a décidé de créer notre propre fête : Hanouel, un mélange entre Hanouka et Noël. Plus tard, j’inculquerai les traditions religieuses à mes enfants, dans le partage.

Aïda, 25 ans, vendeuse de prêt à porter

 « Je me demande encore qui je suis, et si j’accepte vraiment tous ces principes religieux parce que je suis en accord avec eux, ou parce que c’est tout ce que l’on m’a appris. »

Mes parents sont immigrés marocains. Ils sont arrivés en France dans les années 80. Je suis née en France, et j’ai grandi dans une culture majoritairement marocaine et musulmane. Je mentirais si je disais que mes parents se sont bien intégrés. Chez moi, on n’a jamais fêté Noël, ma mère porte le voile, et j’ai fait la prière de mes dix ans à mes vingt et un an. J’ai arrêté de la faire, parce que je n’avais plus le temps ni l’envie. J’ai deux grands frères de 30 et 36 ans, qui sont déjà mariés. Le mariage, on m’en a souvent parlé dès que j’ai eu dix-huit ans. Mais mes parents m’ont toujours laissé le choix. J’ai toujours été très coquette, séductrice. Toutefois, je ne leur ai jamais présenté un homme. Je suis partie de la maison il y a un an et demi. Et cela fait quatre mois que je suis avec un homme qui est de confession catholique. Je n’en n’ai pas parlé à mes parents, parce que je ne sais pas ce qu’ils en penseraient. Mes frères sont avec des musulmanes. J’aimerais pouvoir me dire que l’exercice de ma religion n’est pas un obstacle au bon fonctionnement de ma vie personnelle, mais parfois, il l’est. Mon copain accepte ma religion, mais il ne peut pas concevoir une vie de couple sans sexe. Or, je me réserve pour le mariage, et pour l’instant, ni lui ni moi ne l’envisageons. Parfois, je me dis que pour régler tous ces problèmes de religion, il faudrait être avec un homme qui est musulman, comme moi. Mais cette idée m’énerve, parce que je suis pour le partage de culture, de religion, l’échange. Et d’un autre côté, je ne suis pas prête à abandonner mes principes religieux pour un homme. Alors que faire ? Qui être ? J’ai 25 ans mais je suis encore et toujours dans cette tourmente existentielle, comme lorsque j’avais dix-huit ans. Même si je suis partie de chez mes parents, que je mène ma vie seule et comme je l’entends, j’ai toujours cette sensation de traîner le poids de cette religion. Je me demande encore qui je suis, et si j’accepte vraiment tous ces principes religieux parce que je suis en accord avec eux, ou parce que c’est tout ce que l’on m’a appris…

 

Propos recueillis par Sarah Mannaa

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